Sommes-nous dirigés par des sauveurs ou des fossoyeurs ?

Sommes-nous dirigés par des sauveurs ou des fossoyeurs ?

Par Max Chaleil

 

Dupés par le grand show macronien aux postures gaulliennes, aux effets de style cataclysmique : « Nous sommes en guerre… Nous sommes en guerre… », les Français plébisciteraient le Président. Réaction à laquelle on pouvait s’attendre de la part d’un peuple apeuré, désemparé, qui, face à une situation dramatique, a besoin d’un sauveur.

 

Certes, il s’agit aujourd’hui de faire face, de prendre des mesures draconiennes et de rassembler toutes nos ressources et toute notre énergie pour enrayer, sinon contenir l’épidémie. Ainsi a-t-on fermé cafés, restaurants, commerces, crèches, écoles, lycées, universités, théâtres, cinémas, salles de concerts, musées, entreprises diverses… mettant la France à genoux. Paris, aujourd’hui ville morte, offre le même aspect désolé que sous l’Occupation. Pourtant, la fréquentation indispensable des pharmacies, cabinets médicaux, magasins d’alimentation, marchés…, ne comporte-t-elle pas elle aussi des risques de contamination ? On a parallèlement raréfié les transports en commun sans toutefois les arrêter complètement sous peine de paralyser complètement la vie de Paris et du pays.

Véran, le nouveau ministre de la Santé (Agnès Buzyn qui, en service commandé, lui avait, avec réticence, cédé sa place pour une poignée de figues électorales, révèle aujourd’hui avoir alerté Macron en vain le 10 février) a déclaré que le confinement « durera autant qu’il faudra », voire qu’il allait se durcir. Alors, pourquoi le même Véran affirmait-il, le 24 février, « qu’il n’y a pas ce soir de circulation de virus sur le territoire national » !

Que va-t-il rester de l’économie française déjà mal en point après les délocalisations sauvages qui, mondialisme oblige, ont détruit notre industrie et bien d’autres secteurs économiques, et nous a soumis à la Chine qui produisait, à bas prix, nos masques et nos médicaments génériques ? Mais, du fait de l’épidémie en Chine, les exportations ont cessé durant des mois. D’où notre cruelle carence en matière de protection. Une précarité que le gouvernement tente de faire oublier en ranimant quelques entreprises subsistant en France, en raclant de vieux stocks, et en commandant des masques à l’étranger qui devraient arriver incessamment sous peu.

Face au confinement, des voix discordantes se font entendre : ainsi Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, invitait récemment les libraires à rouvrir, sans doute pour obéir à son maître qui, dans son discours guerrier, évoquait « le caractère essentiel du livre et de la culture », alors qu’en 2017, il affirmait qu’il n’y avait pas de culture française. Mais la culture n’étant pas forcément leur tasse de thé, nos piètres politiques pourraient s’interroger sur ces lecteurs que, tout à coup, ils adulent. Alors, sont-ils capables d’imaginer que ceux-ci attendent la réouverture des librairies pour découvrir les livres ou pour en posséder ? La réponse des libraires fut cinglante : comment rouvrir alors que la pénurie de masques les obligerait à travailler sans protection ? Exit de la posture culturelle.

Le 20 mars, Bruno Le Maire, assisté de Macron, sonne le rappel des troupes dans les entreprises, et le chef de l’État, qui avait demandé aux Français de rester chez eux, exhorte maintenant les entrepreneurs et leurs salariés à poursuivre leur activité. C’est clair, le pouvoir veut remettre la France au travail et éviter un arrêt de l’économie déjà bien malade. De plus, le confinement de tout un pays ne saurait se prolonger au-delà de quelques semaines.

Le lendemain, dans un entretien remarquable au Figaro, Henri Guaino qui, lors de la crise de 2008, avait joué un rôle important dans le sauvetage des économies européennes, souligne l’extrême fragilité de nos sociétés où, comme en 2008, « la peur et la panique, la violence qu’elles peuvent engendrer sont un risque épidémique tout aussi dangereux que celui de la maladie ». Il rappelle qu’à la différence de « l’économie de guerre qui mobilise toutes les ressources qui peuvent produire, l’économie du confinement [où nous sommes désormais] qui retire de plus en plus de ressources à la production » risque de conduire à « l’effondrement de l’économie [qui] ajouterait la catastrophe à la catastrophe ». Et, conclut-il, « quelque chose comme La Peste de Camus qui aurait quitté l’imaginaire romanesque pour s’installer dans notre vie quotidienne ». Une situation pouvant déboucher sur des affrontements barbares, impitoyables.

Combien de temps, en effet, l’État pourra-t-il maintenir la France en perfusion : aides aux innombrables PME en difficulté, aux agriculteurs, aux éleveurs, aux pêcheurs (encore que certaines mesures restrictives laissent de côté nombre d’entreprises, ou se contentent de reporter les échéances), aux salariés mis en chômage technique, sans parler du budget Santé en explosion… ? Sans doute en s’endettant un peu plus et franchir sous peu la barre de 3 000 milliards d’euros. Parallèlement, l’UE annonce un plan d’urgence de 750 milliards d’euros pour soutenir l’économie face au Coronavirus. La planche à billets fonctionne mais risque à terme de dévaluer l’euro.

Si les libraires soulignent l’absence de protection due à la pénurie de masques, que dire des récriminations du personnel soignant, admirable de courage et de dévouement, dont les questions sont restées longtemps sans réponse, des policiers, des pompiers, des militaires, du personnel des magasins d’alimentation, des ouvriers d’entreprises encore en marche ?… Bravo la prévoyance car, pour gagner une guerre, encore faut-il la préparer.

Certes, Emmanuel Macron n’est responsable qu’en partie de cette pénurie. En effet, en 2005, après la grippe aviaire et l’épidémie grippale, avait été constitué un stock d’un milliard de masques chirurgicaux et de 600 millions de masques FFP2. Mais le gouvernement Sarkozy a sans doute estimé que ces stocks ne s’imposaient plus, la production, notamment chinoise, étant jugée suffisante. En 2011 il fut décidé que l’État n’avait pas à renouveler les stocks, mais plutôt à les réduire, mission confiée au ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand, aujourd’hui satrape des Hauts-de-France (avec la complicité de la gauche), politicien parfaitement représentatif des combinazione pour garder le pouvoir et ses privilèges. Ce même Xavier Bertrand, qui a sonné le glas de la prévention, n’hésite pas, dans Le Figaro du 21 mars, à se dédouaner sur ses successeurs en prophétisant que « les moments les plus difficiles sont devant nous ». Ne les aurait-il pas quelque peu préparés ?… Mais ni Hollande ni le Macron de 2017 n’ont eu un instant l’idée de renouveler ces stocks, si bien qu’Olivier Véran avouait n’avoir trouvé, en 2020, que 145 millions de masques chirurgicaux (sur un milliard) et des stocks nuls de FFP2 (sur 600 millions).

Quant au traitement de la crise, il est lui aussi ubuesque : dans un premier temps, le pouvoir laisse faire et maintient les vols et les entrées sur le territoire (il est vrai que le Président est un fervent défenseur de l’Europe de Schengen et un fourrier de la mondialisation), alors que d’autres pays européens ont fermé leur territoire.

Le docteur Véran ironise sur le fait que le virus se rit des frontières ; sans doute, mais quid des entrants – migrants compris – qui peuvent être contaminés et contaminer, ce qu’il oublie de dire. Il n’est qu’à voir la façon dont la Corée du Sud, le Japon, Singapour, Taïwan ont fait face : 1/ en fermant les frontières, 2/ en généralisant le port du masque, 3/ en pratiquant systématiquement le test de dépistage pour écarter les personnes positives et les placer en quarantaine. Bilan : ces pays ont enrayé l’épidémie. Nous, en revanche, manquons cruellement de masques, de matériel de dépistage, de gel hydroalcoolique, sans parler du matériel d’assistance respiratoire… et laissons nos frontières ouvertes. On attend que les Français soient massivement infectés et malades pour faire le tri, alors qu’il fallait le faire avant. Résultat : une contamination vertigineuse alors que seul l’endiguement eût été efficace et eût évité la mise en quarantaine de tout un pays pour seulement quelques milliers de cas. Ce qui semble une mesure de bon sens, mais nos politiques savent-ils seulement ce que c’est ?

Pourtant les systèmes d’alarme n’ont pas manqué, ce que rappelait Le Figaro du 20 mars :

  • En 2008, le Centre d’analyses prospectives de la CIA et de la Communauté de renseignement américain alertait sur « l’émergence d’une maladie respiratoire humaine hautement transmissible et pour laquelle il n’y aurait pas de contre-mesure adéquate [et qui] pourrait déclencher une « pandémie mondiale » […] Elle apparaîtra probablement dans une zone densément peuplée, où les animaux et les hommes vivent à proximité les uns des autres, comme en Chine ou en Asie du Sud-Est. […] Dans un tel scénario, une capacité de surveillance sanitaire insuffisante au sein de la nation d’origine empêcherait probablement l’identification précoce de la maladie. La lenteur de la réaction de la santé publique retarderait la prise de conscience de l’émergence d’un agent pathogène hautement transmissible. […] Malgré les limites imposées aux voyages internationaux, des voyageurs présentant des symptômes bénins ou asymptomatiques pourraient transporter la maladie vers d’autres continents. »
  • La même année, en France, le Livre blanc de la Défense évoque « les désorganisations sociales que peuvent provoquer de nouveaux types d’épidémies où les accidents climatiques violents font partie des risques d’ampleur nouvelle qui pèsent sur la collectivité nationale et peuvent provoquer de nouveaux types d’épidémie ».
  • Le Livre blanc de 2013 enfonçait le clou, le risque s’étant amplifié : « En matière sanitaire en raison de « la circulation des personnes et des marchandises, la concentration des populations dans les mégapoles et les défaillances des systèmes de santé dans certaines zones [qui] favorisent la survenue de crises majeures. Le risque existe d’une nouvelle pandémie fortement pathogène et à forte létalité, résultant par exemple de l’émergence d’un nouveau virus franchissant la barrière des espèces ou d’un virus échappé d’un laboratoire de confinement. »
  • La revue stratégique en 2017 reprendra ces analyses. Et la même année, Bill Gates, milliardaire recyclé en militant humanitaire, lançait un cri d’alarme à la Conférence sur la sécurité de Munich : « Une chose est à peu près certaine, une pandémie mondiale fortement mortelle arrivera durant notre vie. » Et il importe de s’y préparer « comme les militaires se préparent à la guerre ».

Mais, bien sûr, les différents pouvoirs n’ont rien vu, rien entendu, préférant donner la priorité aux porte-parole du lobby LGTB, du mariage pour tous, de la PMA, de la GPA, aux adorateurs du transgenre, de l’écriture inclusive, à l’écolo-potiche Greta, aux militants bien-pensants EELV, aux féministes radicales, aux multiculturalistes, aux racialistes, aux Indigènes de la République, tout en s’acharnant sur l’école, la famille, l’histoire et la culture nationales, les retraites, en menant la guerre aux Gilets jaunes, en endormant, en intoxiquant…

Il faut dire que ces prévisions alarmistes remettaient en cause le mythe de la « mondialisation heureuse » révérée par Son Excellence élyséenne et vénérée par la Communauté européenne dont l’action dans la crise sanitaire est pourtant d’une exceptionnelle inefficacité. Ce qui montre une fois encore (cf. la crise migratoire et les pressions d’Erdogan) que « l’Europe qui protège » est plutôt une Europe de profiteurs et de prédateurs, un « machin » bureaucratique qui ne sert à rien sinon à détruire les États qu’il emprisonne dans ses dogmes absurdes. Prévisions inacceptables visant la vache sacrée mondialiste, bien plus grave à leurs yeux que les risques d’épidémies ou d’attaques bactériologiques, l’augmentation vertigineuse de la délinquance, du deal et de la violence, l’islamisation de la société…

L’argent et la paix sociale d’abord, la nation et les Français ensuite. Ce faisant, notre pays comme d’autres pays européens s’est offert en pâture à la pandémie, comme il s’offre aujourd’hui, dans les quartiers sensibles (désignation politiquement correcte des territoires perdus de la République), aux attaques des voyous et dealers qui profitent de l’épidémie pour affirmer leur domination et exercer leur business en toute impunité.

Alors, sauveurs ou fossoyeurs ?…

Les Algériens, eux aussi frappés par le virus, ont gardé le sens de l’humour, du moins les citoyens lucides, attachés à la laïcité et à la liberté de conscience, à des années-lumière des bigots de l’islam et autres fanatiques arriérés avec lesquels, pourtant, ils doivent cohabiter. Algériens qui font preuve d’un étonnant courage : peut-on comparer un seul instant les positions des écrivains Samsal et Daoud, de la journaliste Zineb El Rhazoui, tous menacés de mort, avec nos collabos thuriféraires de l’islam : Plenel, Badiou, Ben Bassa et autres ennemis de la République et de la laïcité ? Comme me le confiait au téléphone un ami algérien pince-sans-rire, l’épidémie du Coronavirus ne doit pas faire oublier celle du Coran-à-virus qui elle aussi progresse, contamine et risque de profiter du grand chambardement pour poursuivre sa conquête de l’Occident.

Crise sanitaire, crise civilisationnelle

Crise sanitaire, crise civilisationnelle

Par Michel Maffesoli

 

Au-delà de nos humeurs, craintes, convictions, réactions, consentement, toutes choses étant de l’ordre de l’opinion, il convient d’aller à l’essentiel. C’est-à-dire, qu’au-delà des apparences, ce que le poète nomme bellement « le clapotis des causes secondes », revenir à l’être des choses. En-deçà des « médiations », de ces évidences déversées ad nauseam par l’intelligentsia, revenir à ce qui est immédiatement évident. Ce que la sagesse populaire a su formuler d’une manière lapidaire : tout passe, tout casse, tout lasse !

En la matière fin d’une Modernité en bout de course. Saturation d’un ensemble de valeurs de plus en plus désuètes. 

Rappelons-nous, ici, d’une des étymologies du terme crise : « krisis » comme le jugement porté par ce qui est en train de naître sur ce qui est en train de mourir. Cela, on l’oublie trop souvent, en réduisant la crise à son aspect économique. Simple dysfonctionnement de ce que mon regretté ami, Jean Baudrillard, nommait « la société de consommation », que quelques ajustements d’ordre politique ne manqueraient pas de corriger pour le plus grand bien de tous. 

C’est ainsi que l’on peut comprendre la « crise sanitaire » comme une modalité d’une crise sociétale en cours, d’un changement de paradigme bien plus profond.

En d’autres termes, la crise sanitaire comme expression visible d’une dégénérescence invisible. Dégénérescence d’une civilisation ayant fait son temps. Civilisation dont le paradigme n’est plus reconnu. La matrice de l’être-ensemble est devenue inféconde.

Le rationalisme à courte vue peut concéder qu’il s’agit là d’une allégorie quelque peu mystérieuse, voire mystique. Mais l’histoire ne manque pas d’exemples en ce sens. Il y en a même à foison. Je me contente de rappeler la grande peste corrélative de la fin de l’Empire romain. La fameuse peste « antonine » en 190, tout en causant des millions de morts marqua le début de la décadence romaine. 

Et que dire de la « peste noire », appelée également « mort noire » qui au XIVème siècle fut corollaire de la fin du Moyen-Âge ? La Renaissance devait lui succéder. Ce que les historiens nomment Black Death exprime bien le deuil qu’il convenait de faire vis-à-vis d’un ensemble de valeurs n’étant plus en adéquation avec un nouvel esprit du temps en gestation.

Terminons-en avec la métaphore. Mais voilà fort longtemps qu’avec quelques autres, tout en subissant les foudres d’une intelligentsia apeurée, je pointe, souligne, analyse la décadence de la modernité. La fin d’un monde n’étant plus défendu que par des castes fières de leur supériorité illusoire continuant à seriner leurs fallacieuses élucubrations. Il s’agit là d’une « société officielle » de plus en plus déconnectée de la vie réelle. Et donc incapable de voir la dégénérescence intellectuelle, politique dont les symptômes sont de plus en plus évidents. 

Dégénérescence de quoi, sinon du mythe progressiste ? J’avais montré dès 1979 que corrélativement à l’idéologie du service public, ce progressisme s’employait à justifier la domination sur la nature, à négliger les lois primordiales de celle-ci et à construire un monde selon les seuls principes d’un rationalisme dont l’aspect morbide apparaît de plus en plus évident. La Violence totalitaire[1] d’un progressisme à la fois benêt et destructeur.

J’ai dit qu’il convenait de s’attacher à l’essentiel. Le point nodal de l’idéologie progressiste, c’est l’ambition voire la prétention de tout résoudre, de tout améliorer afin d’aboutir à une société parfaite et à un homme potentiellement immortel. 

Qu’on le sache ou non, la dialectique, thèse, antithèse, synthèse est le mécanisme intellectuel dominant. Le concept hégélien de « dépassement » (Aufhebung), est le maître mot de la mythologie progressiste. C’est stricto sensu, une conception du monde « dramatique », c’est-à-dire reposant sur la capacité à trouver une solution, une résolution à ce qui peut faire obstacle à la perfection à venir.

Il est une formule de K. Marx qui résume bien une telle mythologie : chaque société ne se pose que les problèmes qu’elle peut résoudre. Ambition, prétention de tout maîtriser. C’est l’économie du salut ou l’histoire du salut d’obédience judéo-chrétienne qui, dans les grands systèmes socialisant du XIXe siècle deviennent « profanes », et vont inspirer tous les programmes politiques, gauche et droite confondues. 

C’est bien cette conception dramatique, donc optimiste qui est en train de s’achever. Et, dans le balancement inexorable des histoires humaines, c’est « le sentiment du tragique de la vie » (Miguel de Unanumo) qui à nouveau, tend à prévaloir. Le dramatique, je l’ai dit, est résolument optimiste. Le tragique est aporique, c’est-à-dire sans solution. La vie est ce qu’elle est.

Plutôt que de vouloir dominer la nature, on s’accorde à elle. Selon l’adage populaire, « on ne commande bien la nature qu’en lui obéissant ». La mort, dès lors, n’est plus ce que l’on pourra dépasser. Mais ce avec quoi il convient de s’accorder.

Voilà ce que rappelle, en majeur, la « crise sanitaire ». La mort pandémique est le symbole de la fin de l’optimisme propre au progressisme moderne. On peut le considérer comme une expression du mystique pressentiment que la fin d’une civilisation peut être une délivrance et, en son sens fort, l’indice d’une renaissance. « Index », ce qui pointe la continuité d’un vitalisme essentiel ! 

La mort possible, menace vécue quotidiennement, réalité que l’on ne peut pas nier, que l’on ne peut plus dénier, la mort qu’inexorablement l’on est obligé de comptabiliser, cette mort, omniprésente, rappelle dans sa concrétude que c’est un ordre des choses qui est en train de s’achever.

Ce qui est concret, je le rappelle : cum crescere, c’est ce qui « croît avec », avec un réel irréfragable. Et ce réel, c’est peut-être ? réellement ? la mort de cet « ordre des choses » ayant constitué le monde moderne ! 

Mort de l’économicisme dominant, de cette prévalence de l’infrastructure économique d’origine marxiste, cause et effet d’un matérialisme à courte vue. Outre la « société de consommation », Jean Baudrillard a fort bien montré en quoi toute la vie sociale n’était qu’un « miroir de la production ». Ce qui est la réduction d’un être-ensemble essentiel à un « étant » on ne peut plus abstrait, uniquement préoccupé par le matériel que l’on ne maîtrise plus. On ne possède plus les objets, l’on est possédé par eux !

Mort d’une conception purement individualiste de l’existence. Certes, les élites déphasées continuent à émettre des poncifs du type « compte tenu de l’individualisme contemporain », et autres sornettes de la même eau. Mais l’angoisse de la finitude, finitude dont on ne peut plus cacher la réalité, incite, tout au contraire, à rechercher l’entraide, le partage, l’échange, le bénévolat et autres valeurs du même acabit que le matérialisme moderne avait cru dépasser.

Même « confinés » dans leur appartement, il est intéressant de noter que les chants patriotiques ou celui du répertoire populaire, sont repris en commun. Et ce afin de conjurer, collectivement l’angoisse propre au sentiment de finitude et, ainsi, d’exprimer la solidarité devant la mort. 

Encore plus flagrant, la crise sanitaire signe la mort de la mondialisation, valeur dominante d’une élite qui, toutes tendances confondues, reste obnubilée par un marché sans limite, sans frontière où, là encore, l’objet prévaut sur le sujet, le matériel sur le spirituel.

Souvenons-nous de la judicieuse expression du philosophe Georg Simmel, rappelant que le bon équilibre de toute vie sociale est l’accord devant exister entre le « pont et la porte ». Le pont nécessaire à la relation, et la porte relativisant cette relation afin d’accéder à une harmonie bénéfique pour tout un chacun.

Cette mondialisation à outrance est, c’est difficile à le reconnaître, l’héritage de l’Universalisme propre à la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle. Et la saturation d’un tel état de choses va valoriser le localisme. Ce que l’École de Palo Alto, en Californie, a nommé avec justesse, la « proxémie ». C’est-à-dire l’interaction existant entre l’environnement naturel et l’environnement social. 

Ce que j’ai appelé « Ecosophie », sagesse de la maison commune, ou, en termes plus familiers, reconnaître que « le lieu fait lien ». Toutes choses rappelant qu’à l’encontre du leitmotiv marxiste : « l’air de la ville rend libre », formule archétype du déracinement, la glèbe natale retrouve une force et vigueur indéniables.

Enracinement dynamique rappelant que, comme toute plante, la plante humaine a besoin de racines pour pouvoir croître, avec force, justesse et beauté ! Ainsi face à la mort on ne peut plus présente, est rappelé la nécessité de la solidarité propre à un « idéal communautaire » que certains continuent à stigmatiser en le taxant, sottement, de communautarisme. 

Certains ? Qui sont-ils ? Tout simplement ceux qui ayant le pouvoir de dire et de faire, continuent à défendre bec et ongles l’économicisme, l’individualisme, le mondialisme, le matérialisme dont il a été question.

La consanguinité des élites est chose évidente. Leur endogamie est chose mortifère. Cet entre-soi est, on ne peut plus, manifeste dans les poncifs moraux dont les oligarques se gargarisent. Lieux-communs cachant mal, leur culte atavique de l’argent, leur orthodoxie économiciste et leur célébration d’une échelle de valeurs de fait dépassée. Tout ceci à coup d’incantations : démocratie, valeurs républicaines, laïcité, progressisme, etc.

Tout cela s’exprimant dans des formules alambiquées où les esprits aigus et le bon sens populaire repèrent aisément les amphibologies et les cercles vicieux. Formules stéréotypées ne traduisant que l’essence de leurs pratiques et le fondement de leur désir profond, celui d’une « suradministration » leur assurant un pouvoir indépassable sur un peuple indécrottablement débile. 

Ces élites ayant oublié que commander c’est servir. Ce que traduit l’adage exprimant au mieux la cohésion sociale : regnare servire est. En bref, l’équilibre devant exister entre la puissance de l’instituant et le pouvoir de l’institué, c’est-à-dire des institutions économiques, politiques, sociales.

C’est parce qu’elles ne saisissent pas que la mort quotidienne, se rappelant à notre bon souvenir, signe inéluctablement, la mort de la matérialiste civilisation moderne, qu’il va y avoir ce que le sociologue Vilfredo Pareto nommait, justement, la circulation des élites.

Circulation qui, Internet aidant, prend acte de la mort de la verticalité du pouvoir au profit de l’horizontalité de la puissance sociétale. Je l’ai souvent rappelé, la postmodernité n’est rien d’autre que la synergie de l’archaïque et du développement technologique. Autre manière de dire le retour du partage, de l’échange, de la solidarité et autres valeurs premières, fondamentales que la paranoïa des élites modernes avait cru, dialectique aidant, pouvoir « dépasser ». 

La mort de la civilisation utilitariste où le lien social est à dominante mécanique, permet de repérer la réémergence d’une solidarité organique. Organicité que la pensée ésotérique nomme « synarchie ». Ce qu’avait également bien analysé Georges Dumézil en rappelant l’interaction et l’équilibre existant, à certains moments, entre les « trois fonctions sociales ».

La fonction spirituelle, fondant le politique, le militaire, le juridique et aboutissant à la solidarité sociétale. Ainsi, au-delà de la suradministration déconnectée du Réel, c’est bien un tel holisme que l’on voit resurgir de nos jours. 

Mais la prise en compte d’une telle synarchie organique nécessite que l’on sache le dire avec les mots étant le plus en pertinence avec le temps. Il est amusant, il vaudrait mieux dire désolant, de lire sous la plume d’un éditorialiste bien en cour, que la situation est dramatique et quelques lignes plus loin parler de son aspect tragique.

La formule de Platon, toujours d’actualité : « la fraude aux mots », est le signe inéluctable d’une dégénérescence achevée. La conception « dramatique » est le propre d’une élite croyant trouver à tout une solution opportune. Le « tragique », bien au contraire, s’accorde à la mort. Il sait, d’un savoir incorporé, savoir propre à la sagesse populaire, vivre la mort de tous les jours. 

Voilà en quoi la crise sanitaire porteuse de mort individuelle est l’indice d’une crise civilisationnelle, celle de la mort du paradigme progressiste ayant fait son temps. Peut-être est-ce cela qui fait que le tragique ambiant, vécu au quotidien, est loin d’être morose, conscient qu’il est d’une résurrection en cours.

Celle où dans l’être-ensemble, dans l’être avec, dans le visible social, l’invisible spirituel occupera une place de choix.

 

A paraître : La nostalgie du sacré, éditions du Cerf, 2020

[1] M.Maffesoli, La Violence totalitaire (1979) in Après la modernité, CNRS Éditions, 2008.

Le « Coronavirus » rend-il fou ou idiot ?

Le « Coronavirus » rend-il fou ou idiot ?

Le billet d’Eric de Verdelhan

 

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés / On n’en voyait point d’occupés / A chercher le soutien d’une mourante vie / Nul mets n’excitait leur envie… »

(Jean de La Fontaine ; « Les animaux malade de la peste »)

Nous savions déjà que l’avorton présidentiel était nul en géographie : n’a-t-il pas déclaré jadis, avec le ton sentencieux et donneur de leçons qu’on lui connait, que la Guyane était… une île ?

Nous savions aussi qu’ignorant tout de NOTRE passé, il est également nul en histoire : il ne voit, dans le rôle « colonisateur et pacificateur » (1) de la France, que des « crimes contre l’humanité » et des motifs à repentance. Dernièrement, il a osé comparer la colonisation de l’Algérie à la Shoah ; excusez du peu ! (2). Avec ce genre de déclaration irresponsable il ne fait que creuser, un peu plus chaque jour, le fossé entre les « Français de papier », ces Franco-algériens vivant massivement au crochet de la France, et les Français de souche, « Gaulois réfractaires » qu’il déteste. 

Dans son discours-fleuve du 12 mars, notre « Fidel Castré » – qui se prend pour Castro – a enfilé les perles, les fadaises et les lieux communs avec, je dois l’avouer, un certain talent.

On se dit que, finalement, les cours de théâtre que lui prodiguait la sémillante Brigitte Auzière (née Trogneux) n’ont pas été inutiles (3) : dire n’importe quoi devient un art quand on sait y mettre les intonations dramatiques qui permettent d’émouvoir les gogos, les naïfs et les imbéciles. 

On retiendra, de ce pathos verbeux, que le vrai danger, ce n’est pas le Coronavirus mais le « nationalisme » et le « repli sur soi ». La solution, c’est davantage d’Europe ; laquelle Europe n’est d’accord sur RIEN quant aux méthodes à mettre en œuvre pour tenter d’endiguer la pandémie.

Et si le Coronavirus était la réponse au « mondialisme heureux » prôné par les financiers apatrides dont Macron est le grouillot zélé ? Un retour de manivelle des accords de Schengen ?

Comme le Sida a été une réponse cinglante au vagabondage sexuel et aux amours débridés, vantés et encouragés par les bobos post-soixante-huitards. 

Dans le dernier prêche macronien, on admirera, au passage, la quintessence du « et en même temps » : on ferme les écoles, les garderies, les crèches etc… etc… On isole les personnes âgées dans leurs EHPAD-mouroirs, « et en même temps » on refuse de fermer nos frontières car c’est contraire à la doxa européiste. Notons d’ailleurs qu’on ne dit pas un mot au sujet des sympathiques migrants que le non moins sympathique Recep Tayyip Erdogan (en Turc : ɾɛd ʒɛp ˈtaːjip ˈɛɾdoan) est en train de nous envoyer. Soyez sans crainte, aucun d’eux n’a le Coronavirus (et aucun d’eux n’est un terroriste en puissance) sinon notre « Leader minimo » nous le dirait… 

Dès le début de son discours, il nous assénait SA vérité : jamais nous n’avions connu pire fléau. Faut-il rappeler à cet ignare la grippe dite « espagnole » ? Une pandémie due à une souche (H1N1) particulièrement virulente de grippe qui s’est répandue dans le monde de 1918 à 1919. Bien qu’ayant pour origine probable la Chine pour le « virus père » et les États-Unis pour sa mutation génétique, elle prit le nom de « grippe espagnole » car l’Espagne — non impliquée dans la Première Guerre mondiale — fut le premier pays à publier les informations relatives à ce terrible mal.

Cette pandémie a fait 50 millions de morts selon l’Institut Pasteur, et peut-être 100 millions selon certaines réévaluations récentes, soit 2,5 à 5 % de la population mondiale. 

En 1956 et 1957, nous avons connu la « grippe asiatique », née dans les provinces du Guizhou et du Yunnan. Virus identifié par les chercheurs des laboratoires de Melbourne, Londres et Washington. L’épidémie s’étend à Singapour en février 1957, pour atteindre Hong Kong en avril avec 250.000 malades en peu de temps. Elle touche les États-Unis en juin, provoquant 69.800 décès.

Le virus suit les routes terrestres et maritimes et gagne la totalité du monde en moins de six mois. Le nombre total de décès, dans le monde, serait de l’ordre de 3 ou 4 millions. En France, le virus a contaminé 9 millions d’individus et en a tué 100.000.

Oublions la grippe de 1968-1969, beaucoup moins meurtrière, pour passer à celle de 2009. 

Une pandémie qui va durer de 2009 à 2010 et faire encore environ un million de victimes.

Une fois de plus, Macron s’est comporté en pompier-pyromane : son discours démagogique et racoleur, pour « rassurer les Français » et les caresser dans le sens du poil en louant leur sang-froid, leur civisme, leur attachement aux « valeurs républicaines » (à l’approche des municipales, l’occasion était trop belle !) aura été totalement contreproductif : dès le lendemain, le Français – égoïste, hédoniste et champion de la débrouille – s’empressait d’aller piller les rayons de denrées alimentaires des grandes surfaces…En voulant rassurer, Macron a créé la panique ! 

Il sait pourtant, comme vous et moi, que dans le monde, la simple grippe « saisonnière » tue chaque année entre 250.000 et 500.000 personnes. En France, la grippe tue entre 10.000 et 15.000 personnes par an. Elle ne tue cependant que la fraction de la population la plus fragile : les personnes âgées, celles atteintes d’affections de longue durée ou les plus jeunes enfants. Ce profil de létalité semble se dessiner pour le Coronavirus, mais n’étant ni chercheur ni médecin, je n’ai pas d’avis sur la question. En revanche, sans être devin, je sais déjà que cette pandémie va provoquer une énorme crise économique, (et son corollaire inéluctable : une gravissime crise financière). 

Quel intérêt avait Macron à jeter de l’huile sur le feu ? A faire intervenir dès le lendemain Edouard Philippe puis Olivier Veran -ministre de la santé- pour en rajouter une couche ?

Ou bien ce type est fou, ou il est irresponsable (voire, les deux ?).

Euréka ! J’ai trouvé la réponse ! Elle était dans « l’Obs », ce torchon de gauche – créé par Daniel Bensaïd dit « Jean Daniel » (4) – qu’il m’arrive parfois de feuilleter dans les salles d’attente de toubib (5) depuis qu’une calvitie précoce et bedonnante de notaire de province m’a fait déserter les salons de coiffure. « L’Obs » disait ceci : « Un virus susceptible de nous rendre stupides, ou du moins d’altérer nos capacités cognitives, a été découvert par des chercheurs américains… 

Nommé « Chlorovirus ATCV-1 », il affecte le cerveau humain, entraînant un affaiblissement des fonctions visuelles et de la capacité à se situer dans l’espace…Les gènes de la mémoire et de l’émotion seraient également touchés, selon l’étude des scientifiques de l’école de médecine Johns Hopkins et de l’université du Nebraska aux Etats-Unis… ».

En fait Macron confond le Coronavirus avec le Chlorovirus dont il semble atteint.

A moins que, simple marionnette d’un ordre mondial qui le dépasse, il ne fasse qu’appliquer les directives de ses maîtres. 

Une chose est certaine : il ne suffit pas de prendre les intonations de Churchill au début de la bataille d’Angleterre pour emporter l’adhésion d’un peuple. En fustigeant le refus du « repli sur soi-même », il n’aura convaincu personne.

 

A part, peut-être… Benjamin Griveaux?

 

 

Notes :

1)- C’est l’avis de Jules ferry, Franc-maçon laïcard, mais aussi celui, entre autres, d’Arthur Conte dans son « Épopée coloniale de la France » (Plon ; Paris ; 1992). Un gros livre magnifiquement documenté et qui devrait faire partie des programmes scolaires.

2)- Je l’invite à lire mon « Hommage à NOTRE Algérie française » (Dualpha ; Paris ; 2019).

3)- Ceci devrait claquer le bec des médisants qui affirment que sa prof de français ET de théâtre lui a surtout appris à jouer à papa-maman, au docteur ou à « la bête à deux dos ».

4)- Cette belle conscience de gauche, pro-FLN durant la guerre d’Algérie et dont Macron est allé honorer la dépouille dans la cour des Invalides le 28 février dernier.

5)- C’est fou le nombre de médecins au sein de la gauche-caviar ! Mais il est vrai que le portefeuille est à gauche.

Philippe Conrad (TV Libertés) revient sur l’épisode endémique de la peste que connut Marseille en mai 1720, faisant près de 120.000 victimes sur un bassin de population de 400.000 habitants. Des marchandises contaminées dans la cargaison d’un bateau en provenance du Proche-Orient, accostant dans le port français, fut à l’origine du fléau véhiculé par les puces et les rats. L’épidémie ne fut surmontée qu’en 1722 avec la levée de la dernière quarantaine.

« Réactionnaire » : est-ce une injure ?

« Réactionnaire » : est-ce une injure ?

Le billet d’Eric de Verdelhan

 

« Réactionnaire : qui appartient à la réaction (au sens politique)… »

(Définition du « Petit Larousse illustré »)

 

Qu’est-ce qu’un réactionnaire ? Et suis-je moi-même un réactionnaire ?

Ce qualificatif, qui, de nos jours, est presque une insulte, ne saurait se résumer à la définition sommaire du « Petit Larousse ». Alors faisons appel à « Wikipédia » qui est devenu, au fil du temps, l’outil indispensable de la sous-culture branchée : l’encyclopédie des gens qui n’ont plus le temps de lire (et encore moins d’étudier) mais qui vont chercher, en quelques clics sur Internet, le vernis superficiel et monocouche qui leur tient lieu de culture. Mai 68 a intellectualisé des imbéciles, Internet leur a fait croire qu’ils savent tout. 

Donc, que dit « Wikipédia » ?

« Une réaction désigne la politique prônant un retour à une situation passée réelle ou fictive, révoquant une série de changements sociaux, moraux, économiques et politiques. Un partisan de la réaction est nommé « réactionnaire ». Le terme s’oppose à révolutionnaire, à progressiste, ces derniers employant de façon raccourcie le mot « réac », pour désigner péjorativement toute personne identifiée comme réactionnaire qui s’oppose aux idéaux qui se veulent progressistes. Réactionnaire s’apparente aussi à conservateur… »

Même si c’est mal torché, je suis assez d’accord – une fois n’est pas coutume – avec la définition de « Wikipédia » : le mode de pensée réactionnaire rejette souvent un présent perçu comme « décadent » et prône un retour vers un passé parfois idéalisé.

Le terme serait apparu – mettons ça au conditionnel ! – au cours de la Révolution, pour qualifier les gens opposés aux idéaux révolutionnaires, et qui rêvaient à un retour à la Monarchie d’Ancien Régime. 

Les religions – et en particulier le Catholicisme – sont souvent qualifiées de réactionnaires par ceux qui se réclament d’un progressisme généralement athée.

Ces derniers clament leur opposition à tous les philosophes « religieux » (comme Louis de Bonald, Joseph de Maistre ou François-René de Chateaubriand).

Karl Popper parle de « croyance progressiste », laquelle conduit non pas à construire la connaissance mais à identifier la religion comme génératrice de préjugé et donc, au final à chercher à abolir la religion. Les loges maçonniques ont joué un rôle prépondérant dans la lutte contre le Catholicisme, en France, en 1789, mais on peut en dire autant de l’Espagne ou du Portugal… 

Le terme « réactionnaire » est donc, en général, utilisé pour désigner de manière péjorative une personne s’opposant aux changements de la société, au progressisme, aux idées nouvelles…

Bref, la réactionnaire serait une sorte de ringard, passéiste, vieux jeu, réfractaire au progrès de la science. Dans les pays communistes, c’était déjà une insulte adressée aux dissidents (et aux démocraties occidentales). L’insulte a été reprise depuis par presque toute la classe politique : la gauche, les centristes et les libéraux. 

Dans « L’Opium des intellectuels » (1955), Raymond Aron note que le mot « réaction » peut servir à forger un ennemi imaginaire pour faciliter la cohésion d’un camp politique progressiste.

Il écrit, par exemple, que « Radicaux et Socialistes ne se sont réellement accordés que contre un ennemi insaisissable, la réaction ». Reconnaissons que Macron a bien retenu la leçon !

Le terme a été utilisé par Daniel Lindenberg, dans « Le rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires » (2002), pour qualifier – ou disqualifier – certains intellectuels qui ne buvaient pas comme du petit lait la doxa socialiste. 

Au-delà de ce (mauvais) livre, l’expression « réactionnaire » sert à désigner, à critiquer, à diaboliser une frange d’individus – intellectuels, décideurs, hommes politiques – qui osent faire l’apologie de l’ordre moral, de la sécurité, du patriotisme et de l’identité nationale.

Le plus amusant c’est que le terme « réactionnaire » stigmatise généralement ceux que la gauche considère comme des renégats du fait de leur conversion à des croyances nostalgiques et qui, inquiets de la dégénérescence de notre société, prônent un retour à l’ordre moral, à l’autorité, à la restauration des valeurs, voire au culte du passé, des racines et des identités. 

Maurice Maschino, en bon commissaire politique, désigne à la vindicte populaire : Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Elisabeth Levy, Ivan Rioufol, Pascal Bruckner… et quelques autres, ainsi que des auteurs comme Michel Houellebecq et Maurice Dantec.

Il est vrai que ces gens-là viennent presque tous de la gauche.

J’y vois, pour ma part, une évolution normale et très positive chez des gens intelligents.

En 2007, Pierre-André Taguieff, a répliqué dans : « Les Contre-réactionnaires. Le progressisme entre illusion et imposture ». Selon lui, les vrais réactionnaires sont ceux qui utilisent le terme pour disqualifier leurs opposants. Il parle, à juste titre de « terrorisme intellectuel » voire d’« inquisition ».

Pour lui, « le progressisme, c’est la foi dans le progrès sans l’esprit critique ni le sens de la tolérance, avec la conviction dogmatique de posséder la vérité et d’être installé dans le bien…. Si les réactionnaires n’avaient pas existé, les progressistes les auraient inventés… »

Le philosophe Rémi Brague pose la question qui tue : « Le prétendu « réactionnaire » est-il le seul vrai « progressiste » ? » Et il a parfaitement raison, car le réactionnaire n’est pas réfractaire au progrès. C’est un individu – je suis de ceux-là – qui place le bon sens avant tout, se méfie de la nouveauté, des effets de mode, de ce qui est « tendance », sans pour autant tout condamner.

Il est partisan d’un ordre moral – base de toute civilisation – et ne se jette pas aveuglément vers les nouvelles idéologies. Il est adepte de l’« empirisme organisateur » tel qu’il a été défini par Charles Maurras : connaître et comprendre notre passé pour mieux envisager l’avenir. 

Je pense, sincèrement, être un réactionnaire, un « affreux réac », car je me définis souvent comme « un homme de progrès, pas de changement pour le changement ».

Je pense que notre société s’est bâtie, au fil des siècles, sur le décalogue chrétien qui a inspiré le « Code Napoléon » et qui reste, qu’on le veuille ou non, la base de l’Ordre social-chrétien qui a permis à notre société de fonctionner – plutôt bien – durant 1800 ans. 

En tuant « le Trône et l’Autel » les révolutionnaires de 1789 ont tué aussi cet ordre social qui nous évitait de nous comporter en barbares. Les philosophes des Lumières, qui furent les maîtres à penser des dirigeants de cette époque funeste – tous ou presque instruits en Loges maçonniques – ont réussi à faire disparaître la notion du bien et du mal au profit de la seule raison

Leurs héritiers, socialistes ou assimilés, ont fait évoluer ce concept mortifère : si l’homme, débarrassé de « la superstition » ne fait plus la différence entre le bien et le mal, s’il ne suit que ses instincts et ses désirs, il n’a plus aucun devoir, il n’a plus que des droits.

 

On voit où nous a mené cette idéologie fumeuse !!!

La vie privée des hommes publics

La vie privée des hommes publics

Le billet de Franck BULEUX

 

Il y a bien longtemps que les hommes publics sont privés de vie privée. Et alors ?

 

Les médias font aujourd’hui semblant de s’offusquer que l’absence de vie privée soit liée à un déni de démocratie. Mais l’homme (ou la femme) agit dans un cadre global, non en fonction de la nature de sa vie. L’exercice public n’est que la représentation de la vie privée

Lorsqu’Antoine Pinay, président du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) et fondateur du Nouveau franc (NF) fut empêché de se présenter contre le Général en 1965, c’est parce que les services gaullistes avaient des informations sur la vie privée du maire de Saint-Chamond. 

Lorsque Georges Pompidou, Premier ministre de Mon Général, fut inquiété dans l’affaire Markovic, avec Alain Delon, sans doute par les mêmes services (Service d’action civique, SAC), il s’agissait bien de la vie privée de l’élu du Cantal. 

Plus tard, Mitterrand comme Giscard ont alimenté les ragots et les histoires sentimentales, les sous-entendus comme les réalités politiques, la Francisque pour l’un délivrée par le Maréchal Pétain, le soutien de l’extrême droite pour l’autre en 1974. 

L’homme public devient propriété du peuple, c’est ainsi. La figure du président de la République, depuis la réforme constitutionnelle de 1962, avec l’élection au suffrage universel direct, en fait une représentation du peuple, une incarnation même.

Mais au-delà du président de la République (le divorce de Sarkozy, la séparation de Hollande puis son changement de compagne), chaque homme ou femme publique devient possession du peuple. 

Toute notoriété entraîne un contrôle populaire, dans le plus pur style anglo-saxon. Les réseaux sociaux n’ont pas mis en place ce processus, ils l’ont accéléré.

Dès 1988, Jean-Marie Le Pen était traîné dans la boue car son épouse contestait les conditions financières de leur rupture et apparaissait, en tenue de soubrette, dans Play-Boy mais c’était Le Pen, et contre le leader du Front national, tout était permis.

Aujourd’hui, plus de 30 ans après, les médias condamnent les révélations de ces mêmes-médias contre les élus de la République. Logique… Paris-Match est invité à l’arrestation des personnes ayant permis de démontrer l’obscénité crasse de Benjamin Griveaux mais les médias condamnent la levée de ce secret. Mais enfin qui est en cause ? La personne qui dévoile son intimité (l’ancien ministre grivois) ou la personne qui reçoit des photos, des « nudes » comme l’on dit ? 

Dans la République En marche ! la personne qui reçoit des « nudes » est mise en examen. Mais ne s’agit-il pas d’un abus de machisme, de testostérone ? Où sont les associations de défense des femmes ? Entendons-nous, vous adressez des photos pornographiques à des tiers et c’est le tiers qui est responsable ! Mais quelle est cette conception de la société, tout-à-fait contraire aux droits des femmes ?

La conception du droit selon Benjamin Griveaux permet donc d’adresser toute sorte de photo à d’autres et à porter plainte si ces personnes en font état… 

Il s’agit véritablement d’un abus caractérisé permettant à nos édiles d’assouvir leurs besoins les plus primaires. C’est Benjamin Griveaux qui devrait être mis en examen, pour exhibition, pour provocation sexuelle, pour comportement indigne d’un représentant de la République.

Faut-il que notre société soit tombée bien bas pour qu’elle ne réagisse pas à ce fait divers, préférant s’interroger sur la Russie, Vladimir Poutine plutôt que sur le comportement inadapté d’un des proches du président Macron… 

Le complot est une tarte à la crème permettant de s’exonérer de sa propre responsabilité. Il n’est question, ici, que de l’attitude d’un homme envers une femme, une attitude désobligeante et dénuée de toute relation sociale « normale ». Vous savez, cette relation que tous appellent « parité ».

La vie privée de Griveaux n’existe plus. Elle n’est que la vitrine de ses choix publics. Il serait probablement temps de s’intéresser à lui plutôt qu’à sa victime, qui n’a fait que recevoir ses propres désirs pour les assouvir.

La République et ses représentants n’ont plus d’ambition pour les citoyens, il ne reste plus que la satisfaction d’intérêts primaires, grégaires. Griveaux est le représentant emblématique de ce type d’homme politique dont l’intérêt pour la chose publique se limite à son plaisir personnel. 

Le plus grave n’est pas là mais il est intéressant, voire consternant, que la plupart des politiques, plutôt que de s’indigner contre ce type de fait, préfèrent soutenir le Griveaux grivois. Pourquoi ? Parce que ce type de méthode est l’expression de la vie politique ?

 

Alors si cela est le cas, il est grand temps de faire le ménage dans notre personnel politique.