C’est dans son cours sur Héraclite que Martin Heidegger déclare en 1943 : « La planète est en flamme ». L’essence de l’homme est sortie de ses gonds. Une fois l’homme érigé en « gardien de l’étant » et dominateur de la terre, on entre dans une logique qui conduira peu à peu à l’abolition de la raison objective, celle qui est encore fondée sur un idéal (la République, le Progrès, les Droits de l’homme), au profit de la raison instrumentale.

L’homme moderne innove sans cesse mais, désormais, sans savoir pourquoi ni en vue de quoi, en vertu de quelle finalité plus haute, si bien qu’il est devenu le « fonctionnaire de la technique » selon la formule qu’on trouve dans les Chemins qui ne mènent nulle part.

La question que pose la Ligue du Midi et qui se manifeste par la crise de l’idéologie du progrès est de savoir si ce progrès technique dé-finalisé, si ce « procés sans sujet » comme disait dans le même sens Althusser à propos du capitalisme, apporte véritablement liberté et bonheur.

Si le monde nous échappe, si l’Histoire n’a plus de sens, ni de grand dessein en perspective, alors se pose la question cruciale de savoir comment reprendre la main sur ce monde qui paraît nous échapper .

« Les Hommes sont sans racines ». Parce que le déracinement cartésien fait en permanence table rase du passé, La Ligue du Midi a pour ambition de contrecarrer la déréliction du monde, son effondrement dans l’affairisme et le productivisme planifié.

Un enracinement dynamique * :
le commencement se tient devant nous

Le recommencement qui est le nôtre n’est pas un retour en arrière vers un passé connu, mais un projet qui surgit, par notre volonté, devant nous.

La splendeur et la grandeur de cette ré-appropriation, nous la comprenons pleinement si nous portons en nous le sang-froid profond et vaste que l’antique sagesse grecque a exprimé par cette parole « Toute grandeur est dans l’assaut ».

La lutte pour « le règne de la terre » est désormais seule susceptible de fonder de nouvelles tables de valeurs et de redonner un sens sacré à l’existence de la conscience. La conscience humaine comme partie in détachable de la nature.

Nous avons perdu l’émerveillement. De Homère et Virgile jusqu’à la naissance du moteur, il nous habitait. Mais depuis, nous avons changé de civilisation. Pendant toute la durée de leur vie, certains individus n’auront vécu que dans le béton, le bitume, le gaz carbonique. Des saisons, ils ne connaîtront que les feuilles qui tombent des quelques arbres qui restent dans la rue.

Il s’agit d’une rupture anthropologique et ontologique : la fin des campagnes, la mort des provinces et de la paysannerie au profit d’une hyper cérébralisation.

Les Assises que la Ligue du Midi organisent ont pour thème : l’ Enracinement , pour une politique de Civilisation. C’est de ré-enchantement du monde dont il s’agit. Sur notre chemin, nous sommes guidés par une lumière, celle du matin.

C’est un peuple, nos racines, qu’il convient de « pro-duire », et non pas une nouvelle technologie.

Ligue du Midi

 

* Michel MaffesoliPresses Universitaires de Lille, 1978.

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