Le billet de José de Altemir

 

Une recension par notre érudit contributeur de l’ouvrage d’André Bercoff récemment paru.

 

Présenter un tel ouvrage, c’est donner envie de le lire, c’est aiguiser l’appétit en énonçant le menu et en faisant goûter les plats…. sans plus.

L’objet de cet ouvrage est simple et sa lecture aisée et distrayante (ce qui nous change de…. ou des….). Il s’agit de re-affirmer et de signifier ce qui témoigne du retour des peuples et d’examiner l’exemple, jugé probant par l’auteur, du mouvement des Gilets jaunes en la matière (ce qui renvoie à Jean-Claude Michéa qui mérite une lecture en parallèle).

Il s’agit aussi de décrire, et le style sarcastique donne à la caricature mise en scène une allure jouissive, la réalité kaléidoscopique de la société spectaculaire-marchande et du boboland qui en jouit et l’entretient.

Je vais donc me borner à exciter vos sens…. critiques et intellectuels (pléonasme) en livrant quelques citations.

 

Commençons par ce sujet, le Pacte de Marrakech :

Et André Bercoff de rappeler que le rapport de l’ONU de 2001 s’intitule « Les migrations de remplacements » et conseille à l’Europe, supposément en voie de dépopulation, d’accueillir d’ici 2050 plus de 75 millions d’immigrés.

« Sans remonter à Socrate ou à Tibère, il convient d’exposer comment, chaque fois qu’une partie de la population se met à murmurer parce qu’elle n’en peut plus ou qu’elle en veut plus, le pouvoir crée immédiatement les situations qui la font regarder ailleurs. Pendant la guerre froide, un rideau de fer sépara irrévocablement bons et méchants, liberté et tyrannie, aisance et misère.
Ce tableau idyllique fut quelque peu perturbé par le quadruplement du prix du pétrole par l’OPEP en 1974. Date éclairante. C’est exactement à cette époque que l’Europe en danger d’asphyxie signa avec l’ISESCO (l’UNESCO islamique) un pacte signifiant clairement que les populations d’Afrique du Nord et subsaharienne pouvaient servir de main-d’œuvre à bas salaire pour un patronat logiquement amoureux des marges et des profits, à une condition : qu’il ne soit pas question d’intégrer et encore moins d’assimiler, et que les identités culturelles et cultuelles des nouveaux arrivants soient absolument préservées. Ce qui fut exécuté à la lettre. Cerise sur le ghetto : l’année suivante, en toute lucidité, les visionnaires au gouvernail Instauraient le regroupement familial, transformant ainsi l’immigration de travail en immigration de peuplement. Quarante ans plus tard, le résultat est là. Un communautarisme exacerbé se répand dans une Europe qui n’en demandait pas tant; des millions-de musulmans qui ne demandent qu’à mieux vivre sont pris en otage par une idéologie totalitaire qui cherche à régenter la vie quotidienne dans tous ses états, de l’utérus au cercueil. L’alliance objective des dealers et des barbus a créé ces zones de non-droit où la police n’ose plus rentrer, où les pompiers se font caillasser où les filles sortent bâchées dans le silence quasi assourdissant des médias et la complicité plus ou moins active de maires en mal de réélection ».

 

Continuons avec les Gilets jaunes…

 

… qui depuis des mois interdisent au Spectacle de produire ses séries favorites (sportives, politicardes etc…) et qui, espérons-le, vont défraîchir le prochain épisode électoral, sinon en révéler l’absence de sens.

 « Mais l’on constate une différence marquée entre le traitement envers les  Gilets Jaunes  et celui que connaissent les voyous de banlieues, dont chacun sait qu’ils sont beaucoup plus agressifs envers les flics que les visiteurs de la France périphérique.

La raison est simple. Les Gilets Jaunes emmerdent parce qu’ils troublent le jeu, brouillent les pistes, dérangent les codes et ne se contentent pas de détruire les radars mais aussi et surtout la mécanique traditionnelle des conflits sociaux.
Pas de bannière faucille-et-marteau, pas de drapeaux algériens, marocains ou tunisiens mais le bleu-blanc-rouge ou certains fanions régionaux traditionnels avec fleur de lys, que des crétins assermentés, déguisés en chercheurs, ont pris pour un signe d’extrême droite. Pas de syndicalistes brevetés, pas de dirigeants politiques essayant, comme d’habitude, de récupérer les morceaux, pas de lutte finale et encore moins de travailleurs, travailleuses, mais une envie farouche d’avoir sa place au soleil et une plus juste répartition de la manne étatique et privée. Simplisme ? Caricature ? Peut-être.
Mais on peut comprendre qu’ils ont beaucoup moins envie d’être assistés que d’assister, impuissants, au spectacle de leur propre disparition.
Partant, ils s’agitent dans tous les sens, veulent exister par tous les moyens, et le font savoir.

Et c’est là, précisément, qu’ils dérangent, en n’entrant pas dans les catégories déjà existantes et en obligeant les professionnels de la profession à penser en dehors de la boîte ; ce qui représente, pour nos experts et autres sachants, un exercice cérébro-spinal qu’ils ne pratiquent plus depuis des années. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’Érythréens jetés sur nos rivages par des embarcations de  fortune, de Syriens ou de Somaliens cherchant, ô combien légitimement, des abris; il ne s’agit pas de délinquants de droit commun qui hurlent à la persécution raciale dès qu’on veut les mettre en garde à vue, de pilotes d’Air France en demande d’augmentation, de cheminots SNCF nostalgiques de la prime charbon ou de bons polygames dont le parcours touristique préféré se déroule entre l’Aide médicale d’État et la caisse d’Allocations familiales. Tout cela est connu et répertorié, sinon accepté même avec quelques réticences. Là, pour la première fois depuis longtemps, il s’agit de petits Blancs qui ont, depuis toujours, vécu et travaillé au pays et dont beaucoup sont des Français de souche ».

 

Et pour finir la mise en appétit (entrée-plat-dessert) …

 

… voici l’enjeu majeur de la réalité actuelle, aboutissement de deux siècles de système marchand, décrite vigoureusement.

« De fait, la population française qui continue d’appuyer les Gilets Jaunes se sent, à tort ou à raison, prise dans un étau : en bas, l’immigration de masse extra-européenne qui lui paraît en passe de changer l’Histoire et l’identité du pays en proposant un nouvel ordre des mots et des choses.
En haut, la précarité galopante et un avenir incertain qui lui paraissent orchestrés par une finance toute-puissante et un capitalisme surcodé sur lesquels les non-initiés n’ont aucune prise.
Tout se passe donc, dans la marche présente du monde, en dehors d’eux et dans leur dos. À partir du moment où, du grand gâteau de la croissance ils n’ont plus reçu que les miettes, dès qu’ils ont pris conscience que les politiques, de tous bords, prisonniers impuissants de la mécanique des marchés, ne pouvaient plus grand-chose pour eux, ils se sont, à leur tour, mis en marche.

Nous voici au cœur de l’enjeu. Ce qu’un certain nombre de peuples en Europe et ailleurs viennent de mettre fondamentalement en question, ce n’est pas l’économie de marché en tant que telle, qui a gagné la partie depuis-longtemps, mais bien le capitalisme de connivence qui, dans le silence ouaté de complicités multiples, continue de faire des ravages non négligeables. Libéralisme, que de crimes on commet en ton nom. Surtout quand on feint d’oublier que dans une société ouverte, c’est souvent «la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » (Lacordaire).

Tout se passe comme si le système régnant était celui des copains d’abord, et des condisciples, des épouses, des maîtresses, des rejetons, 1 des obligés, des complices et des exécuteurs des 1 hautes et basses œuvres, des échangistes de bons procédés, des employeurs fictifs, des fournisseurs compréhensifs, des facturiers complaisants, des prestataires de services à ma personne, passe- moi le séné et je te donnerai la rhubarbe. Nous nous sommes connus à l’ENA à l’X à HEC à Normale sup, on s’est retrouvés à l’Inspection des finances, à la Cour des comptes, au Conseil d’État, on a baguenaudé en sous-préfecture, flirté avec la directrice de cabinet d’un député compréhensif, on est de la même génération, on partage les mêmes ambitions, on suit de prestigieux mentors, on veut bouffer le monde avant, qu’il nous phagocyte, et d’abord – condition nécessaire sinon suffisante -, on a le dress-code. La carte maîtresse, le fil d’Ariane ».

A charge pour chacun d’accéder à la totalité des saveurs de l’analyse – et de la révolte.

Mais pour finir : un petit digestif.

 

« Le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines. »

Christopher Lasch

Historien et sociologue américain, Christopher Lasch (1932-1994) écrit dans son grand livre-testament, la Révolte des élites ou la trahison de la démocratie (1995) : « Naguère, c’était « la révolte des masses » qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses ».

 

Un spectre hante le monde : le spectre du populisme. Toutes les puissances de la vieille planète se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et Juncker, Macron et Merkel, les radicaux du Venezuela et les policiers d’Algérie. Quelle est l’opposition qui n’a pas accusé de
populisme ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas balancé à
ses adversaires, de droite ou de gauche, l’épithète infamante de populiste ?

Le populisme, c’est l’auberge espagnole des fantasmes de tous les pouvoirs qui ne pensent, depuis des millénaires, qu’à aller au bout de leur auto-perpétuation.

La rengaine est connue :

« Je suis là par la volonté d’un peuple fatigué, qui ne sait plus à quel vote se vouer, et je n’en sortirai même pas par la force des baïonnettes puisque celles-ci doivent m’être fidèles : ne suis-je point, de par la Constitution, le chef des armées ?
Et surtout : je sais mieux que vous ce qu’il faut faire pour votre bien, je suis le sachant, l’expert, le guide, et n’œuvre – tous mes valets de plume et d’image vous le répéteront à satiété – que pour votre bonheur, vos intérêts et le destin de ce cher et doux pays que mes prédécesseurs – ces pelés, ces galeux d’où nous vient tout le Mal-, ont vendu par appartement. Mais pas moi, chers compatriotes. Jamais moi. »

 

Dans la préhistoire, labourage et pâturage furent les deux mamelles de la France. C’était il y a mille ans. Aujourd’hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Mais qu’importe la tristesse, pourvu qu’on ait la PAC. Et la grande distribution. Et les riches céréaliers. Et le Salon de l’agriculture où la démagogie organisée passe son temps, de divertissante façon, à flatter le cul des vaches. Aujourd’hui, dans certaines contrées, le chômage est à près de 20 de la population active, on le masque à coups de catégories A, B, C, et plus si affinités. Mais de quoi vous plaignez- vous, bandes de gueux ingrats, faquins d’estrade, beaufs bouchés à l’émeri ? Le RSA est là qui t’invite et qui t’aime, et la CMU qui te dorlote et te soigne, et la retraite qui pousse ta chaise roulante.
Tous ces bienfaits que l’Etat providence te prodigue avec cette générosité que seule peut offrir une vraie démocratie comme la nôtre.

Pendant des décennies, le spectacle fonctionna peu ou prou. Raconte, grand-père, raconte encore quand la France, pour ne parler que d’elle, avait moins de cent mille chômeurs, que Monsieur et Madame Emploi n’avaient pas encore accouché de leur fils Paul, que la dette n’existait pratiquement pas et que le budget était à l’équilibre. Que la République était belle sous l’an pire d’aujourd’hui !

André Bercoff

André Bercoff

A lire absolument  «  Le retour des peuples » André Bercoff aux éditions Hugo Doc (www.hugoetcie.fr)

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