Le billet “santé” de José Altemir :

        La victoire de François Fillon lors de la primaire de la droite a produit une ébauche de ce qui nous attend en matière de campagne présidentielle. sans attribuer au sus nommé des vertus politiques qui ne sont pas les siennes et dont, au demeurant, il ne se targue pas, son programme, fruit d’une concertation avec les protagonistes de terrain témoigne d’une certaine fermeté…sous réserve que sa réalisation, si François Fillon devenait Président de la République, soit effective.

        Deux aspects de ce programme ont d’ores et déjà suscité de vigoureuses polémiques, réformes annoncées des systèmes éducatifs et de santé. C’est de ce dernier que nous allons traiter.

        La santé pour utiliser un syntagme contemporain est particulièrement clivante. Elle l’est, car considérée comme un droit naturel, qui légitime une solidarité (de financement), laquelle étant obligatoire devrait cesser d’être appelée ainsi. Le reproche fait à François Fillon est devouloir briser avec cette exigence naturelle au travers de mesures que nous allons évoquer.

        Soulignons tout d’abord que le candidat aborde la question avec l’énoncé suivant : « tous les français doivent pouvoir se soigner ». Son programme, bien qu’inspiré en partie par celui de l’UFML (Union Française pour une Médecine Libre, syndicat contestataire et hors système né en….. Occitanie, pour tout dire, à Fronton) respire le compassage et l’asepsie des cercles technocratiques.

        Celui-ci a pour principal objectif de réduire les coûts, de maintenir une offre de soins décente et adaptée, de redistribuer les cartes entre public obèse et privé au régime sec (hôpital/clinique). Cela se traduira par une règle d’or exigeant l’équilibre des comptes de la SS (qui survit en ayant recours à des emprunts sur les marchés financiers internationaux).

– Par la limitation de l’assurance publique universelle aux affections graves et/ou de longue durée…le reste étant transféré aux assurances privées (mais les plus modestes bénéficieront d’une contribution à ce financement …ce qui existe déjà).
-Par la création d’une agence de contrôle et de régularisation de ces assurances privées (1°)
-Par le rétablissement des 39 heures à l’hôpital… et une meilleure rémunération du personnel.
-Par la création de maisons médicales et structures de proximité facilitant l’accès aux soins et le dés-engorgement des services d’urgence, avec en parallèle le développement de l’hospitalisation à domicile.

-Et enfin par une rémunération plus juste des médecins et un renforcement des mesures d’incitation à l’installation dans les zones dites « déserts médicaux ».

        En somme il n’y a là aucune mesure radicale de « dévastation des acquis » (telle que dénoncée par les hystériques de la bien-pensance) mais un désir de rationalisation du système de soins en vue de sa pérennisation. En effet, il convient de rappeler que la France traverse une crise sanitaire sans précédent. Selon l’Ordre des Médecins, la part des praticiens de plus de 60 ans s’élève à 28%. En l’état 17% de médecins libéraux cumulent retraite et emploi (remplacements, mi-temps etc..). Selon la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins Français), il existe une réelle menace de pénurie de médecins dans les cinq prochaines années (estimée à 30%). Les déserts médicaux sont souvent ces déserts de vie de la France ban-localisée et paupérisée ou des campagnes désertifiées.

        Il convient également de savoir que le tarif de consultation est en France de 23 euros pour une moyenne de 49 euros en Europe de l’ouest, que le tiers payant, que Marisol Touraine (dite MST) veut systématiser, complique à outrance la gestion administrative des cabinets (avec des délais de paiement de la SS de 5 à xxx jours, en sus des oublis etc). Ceci explique que parmi les jeunes médecins nouvellement formés, seuls 9% déclarent vouloir s’installer en libéral, ce qui est loin de suppléer à une démographie médicale qui s’étiole (2°).

        Et pour comprendre la situation quelques données et réflexions :

– La rémunération des médecins n’entre que pour 11% dans les dépenses de l’Assurance maladie (le personnel de la SS, les frais d’entretien des hôpitaux, le remboursement de la dette…représentent des parts plus significatives).
-L’implantation des médecins en zones rurales désertifiées ne saurait se concevoir hors la réintroduction des services publics et des commerces de première nécessité. Cela éviterait par exemple l’afflux de patient vers les urgences à un cout élevé (250 euros par passage) et sans prise en charge de bonne qualité.

-Enfin cela se passe par une remise en cause du mode de pensée de l’accès à la santé enté sur le « j’ai droit » et l’irresponsabilité de la carte vitale conçue comme seul moyen de paiement.

        Aussi le débat sur les questions de santé, ainsi que celui sur le système scolaire, posera t-il les questions fondamentales du modèle social auquel nous aspirons et exigera t-il une réflexion de fond sur les prétendues valeurs universelles d’égalité, solidarité…..

 

PS : nous réservons à un autre billet la question de l’AME (Aide Médicale d’Etat/et des soins gratuits alloués aux remplaçants du peuple européen).

(1°) qui investissent sans aucun contrôle des sommes versées par les cotisants au titre de la santé dans des circuits économiques externes au secteur sanitaire (publicité, immobilier, sport-spectacle etc….)

(2°) à Paris même, qui concentre les charges les plus lourdes, aucun médecin ne s’est installé en libéral en 2014.

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