affaire Ben Barka

 

Le billet d’Éric de Verdelhan 

 

« Si l’on supprimait les hypocrites et les traîtres, il resterait peu d’hommes en ce monde » Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville ; « Le livre des pensées » (1861)

 

 

Le vendredi 29 octobre 1965 à 12h30. L’opposant marocain Mehdi Ben Barka est interpellé, en plein Paris, devant le drugstore Publicis par deux hommes qui présentent des cartes de police. Ils font monter le Marocain dans une Peugeot 403 banalisée qui disparaît dans la circulation. Dès lors, Ben Barka ne sera plus jamais revu.

Dans notre France avachie et socialisante, depuis longtemps déjà, les médias ne remplissent plus leur rôle d’information : ils polluent les esprits, ils interprètent, ils servent la soupe au pouvoir, ils travestissent la vérité et se complaisent dans le sensationnel, le sordide ou le crapoteux.

L’important pour eux n’est pas de relater honnêtement un évènement mais de l’interpréter car, de nos jours, tout journaliste se doit d’être « engagé » (toujours à gauche bien sûr) : chacun veut sa place au Bal des faux-culs ! La récente affaire Khashoggi en est une illustration.

Depuis le début du mois d’octobre, pas un jour ne passe sans amener son lot de révélations sordides sur la mort de Jamal Khashoggi, ce journaliste saoudien, qui, pour son malheur, pénétra -pour solliciter un passeport – dans le consulat d’Arabie Saoudite d’Istanbul.

Ce type aurait été torturé, puis démembré, par des nervis des services secrets saoudiens.

Cette affaire est atroce et toute la presse s’en émeut, joue les vierges effarouchées et fait semblant de découvrir la barbarie de pays dans lesquels on coupe la main des voleurs, on lapide les femmes adultères, on brûle vif celui qui insulte le prophète… Depuis le temps que ces braves gens nous expliquent, avec force, que l’Islam est une grande religion « de tolérance, d’amour et de paix », on avait fini par oublier comment on punit les traîtres – ou présumés tels – en terre d’Islam.

Ce que la presse omet de nous dire, c’est que Jamal Khashoggi n’était pas tout à fait un journaliste ordinaire. Il connaissait beaucoup de secrets sur la dynastie au pouvoir dans son pays.

Il fut, dans sa jeunesse, le correspondant d’« al-Majalla » et couvrit, en Afghanistan, la fin de la guerre menée contre l’Armée rouge  et la guerre civile qui lui succéda. Il était alors l’ami d’un jeune chef de guerre, un certain…Oussama Ben Laden. Il le suivit à Khartoum, lors de l’exil de ce dernier au Soudan. C’est lui qui organisa la rencontre du fondateur d’Al Qaïda avec Robert Fisk, seul reporter occidental à avoir interviewé Ben Laden.

Plus tard, il devint l’homme de confiance de Turki Al-Fayçal, qui dirigeait les services secrets saoudiens : un conseiller de l’ombre, chargé de retisser les liens avec l’Amérique après l’attentat du 11 septembre. C’était donc une sorte de « barbouze », d’agent ou d’« honorable correspondant » des services secrets saoudiens.

Il se détournera de son pays tardivement, sans qu’on sache exactement pourquoi. Il disait partager les visées réformatrices du prince héritier Mohamed Ben Salman, mais jugeait ce dernier trop autoritaire, trop imprévisible et trop sanguin. Savait-il qu’en s’engageant dans cette nouvelle vie d’exilé, il signait son arrêt de mort ? Que les articles virulents qu’il écrivait dans le « Washington Post » ne lui conféraient pas un statut d’intouchable ? On suppose que oui. Quand on grenouille dans le monde trouble des services secrets, quand on côtoie des Ben Laden et consorts, on en mesure les risques : en principe « pour souper avec le diable, il faut une longue cuillère ».

Kashoggi a peut-être mésestimé la rage du prince héritier dès lors que l’on n’obtempère pas à ses désirs ?  Nous n’en saurons rien ! La mort de cet homme énigmatique, parti avec son lot de mystères, met à mal la coalition contre nature entre Israël, l’Amérique et l’Arabie Saoudite, dont la seule visée est d’affaiblir l’Iran. Khashoggi avait raison sur un seul point : son cadavre empoisonne maintenant les relations entre l’Arabie et les États-Unis.

Mais, après cette histoire tragique, Je demande à nos parangons des vertus démocratiques, aux inconditionnels des « droits-de-l’homme », ces éternels donneurs de leçons, de la fermer et de se remémorer l’affaire BenBarka. Une affaire bien française et tout aussi sordide !

Rappel des faits : Le vendredi 29 octobre 1965 à 12h30. L’opposant marocain Mehdi Ben Barka est interpellé, en plein Paris, devant le drugstore Publicis par deux hommes qui présentent des cartes de police.

Ils font monter le Marocain dans une Peugeot 403 banalisée qui disparaît dans la circulation. Dès lors, Ben Barka ne sera plus jamais revu.

Le lendemain, des journalistes se renseignent auprès de la préfecture de police au sujet d’une éventuelle arrestation du leader marocain. Le 2 novembre, une instruction est ouverte par le juge Zollinger. Le lendemain, un certain Antoine Lopez se présente à la police et est placé en garde à vue. Lopez est un « honorable correspondant » du SDECE (ex DGSE). Il est également « indic » de la Brigade mondaine. Il entretient parallèlement des relations suivies avec de hauts dignitaires marocains, dont le général Oufkir. Plusieurs truands parisiens comptent parmi ses amis. Les services qu’il leur rend lui vaudront plus tard d’être qualifié d’« agent triple ». Lopez reconnaît avoir organisé l’enlèvement de Ben Barka à la demande des services spéciaux marocains.

Il pensait organiser un entretien « pacifique » entre Oufkir et Ben Barka. En récompense de ce service, les Marocains lui auraient fait miroiter un poste à la compagnie Royal Air Maroc.

C’est Lopez qui a sollicité l’intervention de deux policiers. Il était à bord de la 403 banalisée où sont montés Ben Barka et les deux policiers. Un nommé Julien Le Ny était également à bord.

Lopez a guidé le véhicule vers une villa de Fontenay-le-Vicomte appartenant à Georges Boucheseiche, pour qui travaillent Le Ny, Jean Palisse et Pierre Dubail. Tous quatre sont des repris de justice, plusieurs fois condamnés. Ils sont également des « barbouzes » gaullistes qui ont œuvré dans la lutte anti-OAS et la chasse aux partisans de l’Algérie Française.

Boucheseiche est un ancien gangster. Il a fait partie de la Gestapo française et a rejoint en 1946 le « Gang des Tractions avant », en compagnie de Pierre Loutrel (dit Pierrot-le-fou) et Jo Attia. Il a fait plusieurs années de prison pour avoir racketté un diamantaire pendant l’occupation. Dans les années 1950, il s’est converti dans les maisons closes, à Paris et au Maroc. Il est réputé « avoir rendu des services au SDECE lors de l’indépendance du Maroc et la guerre d’Algérie ».

Lopez indique qu’il a informé Oufkir de la présence de Ben Barka à Fontenay-le-Vicomte, puis l’a conduit chez Boucheseiche. Le commandant Dlimi, directeur de la sûreté marocaine était arrivé peu de temps auparavant. Une perquisition est entreprise dans la villa de Boucheseiche à Fontenay-le-Vicomte.  Les policiers apprennent que l’intéressé a pris l’avion pour Casablanca le 1er novembre.

Il ne sera plus jamais revu sur le territoire français.

Puis on va découvrir, dans les jours suivants, qu’un certain Georges Figon, et son avocat Pierre Lemarchand, ont trempé dans l’enlèvement de Ben Barka. Lemarchand, un ancien de la lutte anti-OAS, n’est pas n’importe qui, Il est député UNR (gaulliste) de l’Yonne et proche du ministre Roger Frey. Le 10 janvier 1966, « L’Express » publie le témoignage de Georges Figon sous le titre « J’ai vu tuer Ben Barka ». Figon explique que le leader marocain a été séquestré dans la villa de Georges Boucheseiche et que le général Oufkir et le commandant Dlimi lui ont fait subir les pires tortures.

Figon donne les noms des acolytes de Boucheseiche qui ont participé à la séquestration.

Le 17 janvier, Figon est localisé par la police dans un studio du XVIIe arrondissement. Il y est retrouvé mort, apparemment suicidé…Un suicide aussi peu crédible que celui de l’escroc Stavisky.

Dès le 19, Marcel Le Roy-Finville, chef d’études du SDECE, est suspendu de ses fonctions. Il sera écroué à la prison de la Santé le 10 février et y restera jusqu’au 8 juin.

On ne retrouvera jamais le corps de Mehdi Ben Barka.  Plusieurs des « barbouzes » et autres protagonistes de cette sale affaire mourront de mort violente.

 

Alors, messieurs les maîtres-censeurs, avant de donner des leçons d’« humanisme » à des pays certes barbares, balayez devant votre porte !

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