Par Jean-baptiste Santamaria

 

 

Introduction :

 

Notre propos, d’un abord philosophique, sera de préciser les spécificités du Politique

en l’opposant ici au judiciaire.

On aurait pu faire de même en l’opposant à d’autres valeurs ou institutions (morale, religion, science etc.).

La tentative de subordonner le politique au judiciaire avec une nouvelle mouture de l’Etat de droit se déploie dans tout le monde occidental.

Cette tentative a pour objet de techniciser l’action politique au sens de la ramener à une simple application formelle de lois.

Après avoir dans un premier temps rappelé l’institution du Politique dans la Cité grecque nous analyserons de manière critique la démarche du droit positif prétendant faire dériver de principes neutres l’édifice juridique.

Nous tenterons ainsi de rappeler le caractère essentiellement tragique du Politique.

 

1- L’institution imaginaire du Politique dans les cités grecques (son invention)

 

L’imaginaire de la Polis (cité grecque) est structuré autour de l’opposition Nomos (usages, lois) et Phusis (nature, ce qui jaillit spontanément).

Le Nomos est ce qui est institué (mis debout) par les citoyens de la Cité à l’exclusion, des xenoi (hôtes, étrangers) des métoikoi (métèques, étrangers résidants), des femmes, des enfants ou esclaves (païdoi). Ces lois instituées témoignent de l’autarcie (liberté de se gouverner en tant que Cité (« Nous citoyens d’Athènes décidons… »). Le Politique est donc cette sphère de la décision car libre Nomos).

En opposition à cette sphère du Nomos est celle de la Phusis. Sphère de la Nature, de ses besoins à satisfaire. C’est le règne de la nécessité, du travail. C’est le domaine du foyer (oikos). Là règne le travail de la terre et des tâches domestiques. Au foyer règne le despotes (chef de famille). Il ne peut y avoir dans cette sphère de liberté (ni d’égalité) c’est la partie animale de l’homme. L’économique (dans l’oikos) ne saurait donc être la sphère de la liberté.

En opposition à la sphère économique, au règne naturel : la liberté d’abord de la Cité puis du citoyen ne peut s’épanouir que dans la sphère du politique. En s’illustrant par sol logos (verbe, raison, calcul) dans les assemblées puis dans les guerres décidées par ces assemblées le Citoyen échappe au domaine de la nécessité pour atteindre celui de la liberté. Si cette action politique est particulièrement élevée elle sera mémorable et le citoyen accèdera par la mémoire de la Cité à l’immortalité. Il sort ainsi de l’animalité (l’économique reflet des nécessités naturelles) pour atteindre non seulement l’humanité du Politique mais le statut de Héros (mixte du dieu et de l’homme).

Notons pour l’instant que le politique relève de l’impalpable, du complexe, « quelle est la bonne résolution concrète d’un problème particulier concernant la Cité (peste, guerre civile-stasi-, guerre –polemos-, départ de colonie etc.) ? »

Problème sollicitant des valeurs différentes voire inconciliables.

2- La loi, le judiciaire, le formalisme juridique :

La loi peut être dérivée de plusieurs principes ou fondements : Dieu, les ancêtres, la nature, la race, la classe etc.

Aujourd’hui c’est le droit positif (corpus de textes) en opposition au droit naturel qui prédomine.

La décision juridique se veut une simple technique consistant (après qualification donc action éminemment subjective) en une mise en correspondance de l’acte incriminé à des canons inscrits dans des codes ou jurisprudences.

L’acte de juger ne relèverait alors pas de l’Action (comme le politique) mais d’une techné neutre. D’une simple rationalité et non d’une Praxis ‘activité de l’homme l’engageant entièrement dans toutes ses strates) avec tous ses aléas (moraux, métaphysiques, politiques etc). Tout système logique démontrable repose cependant sur un fondement indémontrable mais postulé.

Ainsi les codes juridiques en France sont censés non seulement compatibles avec la constitution et ses préambules mais déduits logiquement de ceux-ci.

De plus les tenants de ce système prétendent à la neutralité ou la non-questionnabilité (politique, métaphysique de ces fondements).

3- La dérive judiciaire de l’état de droit :

Comme on le voit dans tout l’occident, le politique est désormais placé sous la gouverne du juridique. Au niveau national (conseil constitutionnel, conseil supérieur de la magistrature etc.) comme au niveau européen (cour de justice européenne, cour européenne des droits de l’homme). Ces organismes ne sont pas élus mais cooptés généralement par des techniciens non élus.

Les pouvoirs nationaux (exécutifs, législatifs) voient leur action (politique) contrecarrée par l’Autorité (le judiciaire).

Le politique comme émanation de la liberté d’un peuple souverain se voit subordonné à du non politique (le judiciaire ou l’alliance médiatico-judiciaire).

4- Le Politique comme d’essence tragique, un exemple : le conflit entre légalité et légitimité :

Les systèmes politiques donc juridiques en Occident proviennent de coups d’état (Ve république, révolution française). Au fondement du droit se trouve l’illégalité. A un moment donné certains pensent que telle action est légitime (avortement, résister à l’occupation, refuser de céder à l’Islam trois départements français, rejeter un scrutin perçu comme faussé etc.) et rentrent dans l’illégalité.

Cette décision est complexe à prendre, difficile, dangereuse etc. Souvent les actions débouchent sur le contraire du but envisagé (hétérotélie) et témoignent de l’aspect pratique (relevant de la praxis) et non d’une rationalité poïétique (d’un faire, d’une techné).

Conclusion :

Ce texte est politique, il ne prétend pas démontrer mais montrer quelque chose.

A contrario dans les idéologies des deux siècles passés ou la dérive juridico-judiciaire comme d’ailleurs l’idéologie indigéniste-LGBT-intersectionnelle cette prétention au caractère scientifique des tentatives d’hégémonisation opérées par certaines couches sociales occidentales et leur alliance avec l’Ennemi doivent être démontées et combattues par une remise au centre du jeu du Politique).

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