rassemblement national

La tribune libre d’Éponine

 

Les textes publiés en « Tribune Libre » ne reflètent pas forcément, en partie ou en totalité, les analyses et les points de vue de la Ligue du Midi. Ces Tribunes Libres ouvrent un espace de débat dans notre camp. 

 

La curiosité et, disons-le, mon nationalisme chevillé au corps, m’ont poussée, vendredi dernier, jusqu’au Palace, cet ancien cinéma sétois transformé en salle de réunion. La raison ? L’annonce, sur les réseaux, de la venue de Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen, et Gilles Pennelle, président du groupe FN, pardon, RN de Bretagne.

J’avoue avoir été alléchée par l’idée d’en apprendre plus, et si je puis dire, en direct, sur cette fameuse refondation, suivie du non moins fameux Rassemblement. La France une fois de plus moribonde dans son Histoire allait-elle trouver dans un nouvel élan les forces propres à la débarrasser des oripeaux islamo-gaucho-mondialistes ? Après tout, Gilles Pennelle, renseignements pris -merci internet- n’est-il pas un ancien du MNR¹, ayant largement prêté sa plume à la revue Terre et Peuple de l’identitaire Pierre Vial ?

Quant à Philippe Olivier, on peut en attendre le meilleur quand on sait qu’il a été l’un des artisans du MNR, considéré comme plus mégrétiste que Mégret, qualifié de « quartier maître félon » par Jean-Marie Le Pen et de « pur produit de l’extrême droite nationaliste » par l’Obs. Et c’est lui qui a écrit pour Marine Le Pen le discours de Brachay, point de départ d’un espoir de renouveau identitaire du FN.

Ces gages d’engagement à la défense de la culture enracinée de France et d’Europe me mettant l’eau à la bouche, je m’installai dans un confortable fauteuil d’une salle pleine à craquer. Encore un bon augure ! Comme aurait dit ma mère-grand, je m’apprêtais à boire du petit lait…

Peut-être attendais-je trop, dans ma naïve propension à vouloir du « lourd », du concret. Peut-être aussi que mon idéalisme éloigné des arcanes politiciennes me berçait de l’illusion que des cadres RN galvaniseraient mes espoirs de lutte contre ce qui devrait nous animer en priorité : la défense des Français, des Occidentaux, contre une islamisation porteuse d’une dramatique et croissante insécurité, sans compter la perte de nos racines. Toujours est-il que je suis descendue assez vite de mon nuage.

Car l’essentiel du message s’est concentré sur un thème : les élections.

Européennes, d’abord. Je résume :  Dupont-Aignan va finir par nous rejoindre et donc bla-bla-bla nous allons gagner, les LR sont finis, et donc bla-bla-bla, nous allons gagner, les Insoumis perdent de l’influence, et donc bla-bla-bla, nous allons gagner.

Puis les municipales et les départementales héraultaises : l’Hérault est un département gagnable. Pourquoi pas ? Les résultats précédents permettent d’y croire. Mais pour gagner un département, il faut gagner des cantons. Et pour gagner un canton, il faut gagner sa ville principale. Je ne veux pas être défaitiste, mais aux élections précédentes, les candidats FN arrivés en tête au premier tour ont perdu au deuxième. Faute de souplesse politique ? Faute de communication ? Erreurs de casting ? Force est de constater que seuls les candidats « ménardistes » ont su remporter la victoire.

En quelques mots, Pennelle et Olivier, les ex-identitaires purs et durs se sont mués en duettistes d’une stratégie électorale dont l’optimisme ne peut cacher la légèreté.

Après la réunion, je me suis mêlée à la foule des participants, pour la plupart adhérents et sympathisants. Un verre de blanc -pas mal du tout, d’ailleurs- à la main, j’ai échangé comme on peut le faire entre patriotes. Beaucoup de ferveur, le plaisir d’avoir été « regonflé » mais un malaise sous-jacent. Quelques inconditionnels, des marinistes fervents, enthousiastes, quasiment aveuglés… et beaucoup de dubitatifs. Le fameux débat de l’entre-deux-tours, dont Pennelle avait dit qu’il fallait l’oublier et passer à autre chose a de toute évidence laissé des cicatrices douloureuses et les pansements n’y font pas grand-chose. Et puis des voix carrément réformatrices : il faut que Marion revienne, elle seule peut gagner.

En résumé, j’ai perçu un potentiel militant important, mais un certain désarroi. Et un brave homme a bien synthétisé la situation : en se disant « regonflé » il a exprimé le grand coup d’abattement qui a succédé aux présidentielles.

Que peut-on en conclure sur le plan national ?

 

L’analyse des derniers mois au FN-RN a été une succession d’annonces de réformes, de grands changements, en particulier vers le cap du nécessaire rassemblement. Certes, mais parler rassemblement en refusant le rassemblement des droites sous prétexte que c’est trop restrictif, mais sans parler de populisme -comme Salvini en Italie- n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied ?

Et Marine Le Pen ? En tant que femme, je la perçois comme quelqu’un qui ne se remet pas de son échec. Elle a très bien compris son refus d’obstacle (le deuxième dans sa carrière politique) et se rassure par un surcroît d’autorité. Son entourage est à l’image de l’ancienne scission : les « historiques », avec en tête le compagnon bien-aimé de Marine, Louis Aliot, les « traîtres » du MNR comme les appellent encore les premiers. Chacun défendant ses pions sur le terrain, et tentant de dézinguer ceux des autres.

La présence des mégrétistes, indispensables à la colonne vertébrale du RN, sert Marine et en même temps l’inquiète : et s’ils la débordaient ? Du coup sa personnalité déjà virile penche vers une volonté de domination et de contrôle de plus en plus serré. Et elle verrouille sa position « le RN c’est moi » dans une « lepénisation » que les Français rejettent. Tout ceci expliquerait l’édulcoration des discours de Pennelle et Olivier à Sète, coincés entre des convictions intactes et la peur d’être éjectés.

Cependant cela laisse craindre que les victoires électorales ne soient pas à la hauteur des ambitions et les Européennes vont être un test style quitte ou double. Quand Philippe Olivier dit « finalement Dupont-Aignan se ralliera sinon il passera pour celui qui casse l’union », on peut penser que Rassemblement National signifie « venez chez nous », et qu’au RN on ne sait pas s’allier sans vampiriser.

Hypothèse : et si Dupont-Aignan refuse l’alliance avec le RN mais monte une liste cohérente, avec des personnalités moins politiques mais plus nettes dans leur engagement que Marine qui juge l’immigration inéluctable ?

 

Je sens que 2019 va être une année passionnante.

 

 

Note

(1) MNR : Mouvement National Républicain fondé en 1999, suite à une scission du Front National conduite par Bruno Mégret, ex-Secrétaire Général, emportant la majorité des cadres.

 

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