Mayotte[2]
A Mayotte, après les soulèvements du mois dernier, le préfet a été changé. Les “Natifs”, las de voir les jugements d’expulsion des clandestins restés lettre morte, les ont exécutés eux-mêmes avec vigueur. le nouveau préfet n’a pu que prendre en compte cette “bonne volonté” de la population. Que se passerait-il si, en métropole, la population de souche appliquait, elle-même, les lois? Sachant que grâce à Sarkozy, Mayotte est désormais un département français. Comme quoi la République n’est plus une et indivisible. (NDLR) 

Michel Lhomme, politologue –Métamag-

        Le nouveau préfet de Mayotte a déclaré lundi vouloir « intensifier la lutte contre l’immigration clandestine » contre lesquels ses prédécesseurs n’ont jamais rien fait sauf servir sous Sarkozy la politique du chiffre pour cacher le grand remplacement français. Sur cette île française de l’océan Indien, ce sont donc les locaux eux-mêmes, la population qui est quasiment chargée de faire le travail à la place de la PAF (la Police de l’Air et des Frontières).

        Ainsi des centaines de familles étrangères de neuf villages de Mayotte ont reçu dimanche « des invitations à partir » de la part de collectifs d’habitants. Dans certains villages, des expulsions ont encore eu lieu , dans d’autres, les collectifs d’habitants ont enjoint aux étrangers de partir avant le début du ramadan, soit début juin. Depuis quelques semaines, ce sont un millier d’étrangers, des Comoriens pour la plupart mais aussi de nombreux Malgaches et quelques Africains qui ont ainsi été chassés. Le Préfet a indiqué que la surveillance maritime entre le nord de Mayotte et Anjouan ainsi qu’entre le sud de Mayotte et Madagascar sera renforcée grâce à l’arrivée d’un Falcon et de la frégate Nivôse, appareils en provenance de l’île de La Réunion et opérationnels sur le territoire « pour une dizaine de jours ». Seulement ?…

        On avait relevé l’autre jour l’envoi d’une quinzaine de légionnaires sur l’îlot de Mtzamboro au nord de l’île au Parfum, lieu d’un de leurs « stages » obligatoires. L’îlot Mtzamboro est le lieu d’arrivée des kwassa chargés d’Anjouanais. C’est un îlot inhabité cultivé par les mtzamboriens d’en face avec des orangeraies. Les illégaux s’y cachent avant de trouver une opportunité pour filer sur l’île mais faut-il ici écrire comment se passe une arrivée de kwassa-kwassa, ces embarcations de futurs décasés sur l’îlot ? La plupart du temps, il y a dans ces barques des femmes enceintes, prêtes à accoucher, de graves malades ou des fracturés. Quand ils arrivent sur l’îlot, les passeurs – pourquoi d’ailleurs ne pas d’abord inculper les passeurs, tous connus des services de police ? – téléphonent avec leur I-Phone dernier cri à l’Hôpital de Mamoudzou et  indiquent  à leurs interlocuteurs urgentistes les malades embarqués, décrivant même (ils en ont maintenant l’habitude) les pathologies concernées pour qu’ensuite, le samu local viennent récupérer les malades ou les femmes enceintes. La couverture médicale universelle suit et le droit du sol enregistre automatiquement les nouveaux français à l’état civil (28 par jour). Voilà la réalité crue de Mayotte.

        C’est très logiquement du côté des réfugiés qu’on attend le verdict qui tue : « il faut se défendre soi-même » puisque le préfet explique aux expulsés que « les forces de l’ordre veillent à ce qu’il n’y ait pas d’atteinte à l’intégrité des personnes mais cherchent à éviter de provoquer un désordre qui serait plus important» c’est-à-dire qu’en clair, elles ne s’opposent pas aux expulsions. Pire, les pouvoirs publics acceptent et entérinent la situation en profitant des expulsions des Mahorais parce que cela leur facilite la tâche.  De fait, on notera que le Défenseur des droits, Jacques Toubon en a appelé lundi à l’État et à l’Europe face aux « expulsions sauvages » des Comoriens de Mayotte. Le Défenseur des droits a rappelé que ces pratiques sont illégales et que le traitement réservé aux enfants dans ce cadre n’est ni admissible ni conforme aux principes de la Convention internationale des droits de l’enfant que la France a ratifiée mais il ne dit rien bien sûr sur le comportement de la préfecture.

        Cette chasse aux étrangers d’un nouveau genre, entérinée par l’Etat n’est en fait qu’un avant-goût de ce qui arrivera en France dans quelques décennies. Mayotte est effectivement un vrai cas d’école, la préfiguration de notre avenir. On y teste la réalité des seuils démographiques chère à Claude Lévi-Strauss. On y relève avec étonnement que, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la xénophobie antimigrant n’est pas l’apanage des Européens ?

        Quant à Nicolas Sarkozy, responsable de la décision de départementaliser Mayotte, il a eu récemment le culot à la Réunion de vouloir revenir sur le droit du sol  sans même faire un petit saut à Mamoudzou. On sent la droite embarrassée par Mayotte puisque Mayotte est aussi, depuis Giscard, le résultat de ses choix politiques mais il faut aller plus loin. En effet, ces discussions démagogiques qu’on entend maintenant à droite sur le droit du sol ne sont tout bonnement plus d’actualité. Depuis Mars 2016, la France n’est plus régi ni par le droit du sol, ni par le droit du sang mais par un nouveau droit, le droit de la fratrie  et de cela, de ce nouveau droit, de ce nouveau code de l’immigration, tous les députés du Parti des Républicains se sont bien gardés d’en parler. Ils n’ont pas et ne veulent pas en soulever le débat puisqu’ils ont été trop contents de voter « pour » en catimini  avec les socialistes pour continuer la marotte de Macron, faire baisser les salaires français.

        L’État français se retrouve en fait totalement affaibli face à l’immigration illégale par ce nouveau code de l’immigration de mars 2006 qui a fait l’objet d’une véritable omerta politique et médiatique. Rappelons que lors du vote final de cette loi à l’Assemblée nationale, l’hémicycle était quasiment vide : un seul député de l’opposition pour une dizaine de socialistes, tandis que les deux députés d’extrême droite brillaient par leur absence. Or, l’article 59 de cette loi élargit le droit du sol puisqu’il stipule que les enfants nés à l’étranger, arrivés dans l’Hexagone avant leur 6ème année et résidant depuis dans le pays, pourront devenir français. Il leur faudra seulement avoir une sœur ou un frère ayant, auparavant, acquis cette même nationalité pour devenir français. Il s’agit bien d’un nouveau code de la nationalité reposant sur un nouveau droit : le droit de fratrie.

        La loi de mars 2016 a bien créé une nouvelle forme d’acquisition de la nationalité française, un droit du sol dérivé, indirect, transmis par le lien de fratrie qu’aucun code de la nationalité n’avait auparavant inscrit et ce, dans aucune constitution au monde.

Tous les politiques qui nous parlent  à propos de Mayotte du droit du sol nous trompent. Nous n’en sommes plus au droit du sol. Nous sommes beaucoup plus loin dans la légalisation de l’immigration, dans la légitimation de la conquête.

        Le renforcement des effectifs des forces de l’ordre à Mayotte est la seule mesure concrète annoncée par le gouvernement qui soit de nature à améliorer  la sécurité dans l’île.  Globalement, ce plan « Mayotte Sécurité pour Tous » reste largement inadapté à la situation.

        Nonobstant, il confirme, sans le vouloir, tout ce que nous avons écrit sur la crise de l’île aux parfums. Nous remercions donc  les autorités de corroborer nos sources et nos dires. En consultant la version complète du plan , le lecteur apprendra  la confirmation qu’il n’y avait aucune vedette opérationnelle de la PAF dans les eaux mahoraises, qu’il y a bien une forte immigration malgache dans les kwassas et qu’existent des réseaux mafieux à Anjouan alimentés par les cambriolages de l’île française. De fait, le plan parle peu de la Justice et n’indique pas comment il rétablira l’état de droit à Mayotte et par exemple, fera appliquer l’assurance des scooters et des deux roues pourtant obligatoire dans les départements français. En matière de lutte contre l’immigration clandestine, aucune des actions envisagées n’est de nature à freiner sensiblement les flux migratoires parce que tout simplement l’État n’a toujours pas pris la mesure véritable des enjeux. Toutes les 24 heures, c’est l’équivalent d’une classe de primaire qui naît à Mayotte. Il y a plus et c’est un événement : pour la première fois dans un texte officiel, le plan entérine le nouveau code de l’immigration, le code de la fratrie du 7 mars 2016, code de la haute trahison  des élites françaises.

        Cette loi  ouvre ce que nous avons appelé la logique des camps. C’est par exemple le nouveau visage « haïtien » de la place de la République à Mamoudzou. Le « parc » qui contient les expulsés a été désormais complètement bâché, afin de tenter de préserver l’intimité de ces personnes pour en quelque sorte le pérenniser. Or que ce soit à Mayotte ou ailleurs, ces mesures folles  ne pourront pas  être endiguées par un «accompagnement » fut-il dérisoire. La loi du 7 mars 2016 exigera un effort sans précédent et sans cesse croissant d’éducation, de santé publique et de sécurisation du territoire qu’en l’état actuel, la France comme aucun autre pays ne pourra jamais honorer.

Mayotte reste donc bien d’actualité

        Un reportage d’Envoyé spécial vient même d’y être consacré avec un titre éloquent : « Mayotte, histoire d’une faillite ». Il a rappelé l’historique de Mayotte et  montré comment la départementalisation électoraliste voulue par Nicolas Sarkozy fut mal préparée et faite à l’arrache. Les magistrats de la Cour des Comptes avaient décrit en janvier avec anticipation la situation financière du département et des communes mahoraises comme étant « proche de l’impasse ».

        Les mesures du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer ne sont donc pas suffisantes car c’est le Ministère des Affaires étrangères, le Quai d’Orsay qu’il faut mobiliser. C’est lui qui doit proposer des mesures concrètes et immédiates pour renforcer les relations diplomatiques avec les Comores et Madagascar. Il faut redéfinir au plus vite un socle commun de négociations et  la politique régionale de la francophonie dans l’Océan Indien. Ces mesures sont indispensables pour que la France et les Comores puissent construire une politique de contrôle des migrations, de coopération régionale et de développement durable commun.

        Il faut en finir avec la balkanisation des Comores, supprimer le décret Balladur instauré en 1995, instaurant des visas de circulation entre les deux pays. Le problème dépend de la diplomatie de la France qui doit en prendre l’initiative mais également de l’Union des Comores qui vient de se doter – et c’est une chance pour la France – d’un nouveau président, ouvrant une fenêtre de tir très opportune pour remettre les compteurs à zéro. Il faut enfin réunir les États environnants qui font partie de la Commission de l’Océan Indien pour statuer définitivement et collectivement sur le canal du Mozambique.
Faites connaitre notre site, partagez !