Chronique des jardiniers 2

 

On nous rebat les oreilles depuis quelques années déjà avec les plantes dites « invasives », simple anglicisme correspondant à « envahissantes », la première en date ayant sans doute été la renouée du Japon, Reynoutria japonica, introduite à la fin du XIXe siècle pour son caractère ornemental ; malgré son titre décerné par la Société d’agriculture et d’horticulture d’Utrecht de « la plante la plus intéressante de l’année 1847 », il a suffi d’un siècle pour qu’elle devienne la bête noire de tous les cultivateurs et jardiniers ! L’ambroisie à feuilles d’armoise, Ambrosia artemisii folia, a suivi, venue d’Amérique du Nord en même temps que des plantes fourragères importées en France, et là encore, il a suffi d’un siècle pour que cette plante fasse des ravages de tous ordres, en particulier pour la santé : au moins dix pour cent de la population française serait allergique à son pollen et toutes les mairies des moindres villages distribuent depuis quelques années un document permettant de reconnaître la plante pour la détruire.

La suite est exponentielle, et on la connaît, hélas ! Mais comment font ces plantes pour se disséminer puis s’installer dans des milieux qui ne sont pas les leurs, s’adapter à de nouveaux climats puis réussir à dominer des territoires entiers ?

Un exemple banal, proprement européen, permettra d’abord de comprendre le mécanisme de la plante qui prolifère à la conquête d’un terrain au point de réussir à éliminer progressivement toutes les autres espèces en les étouffant : le bouton d’or, Ranunculus repens, bien-aimé des promeneurs du dimanche peut en à peine deux ans détruire une prairie destinée à nourrir des chevaux. A l’instar des fraisiers qui se reproduisent grâce à leurs stolons produisant des racines hors de terre avant de s’y fixer, la plante lance au printemps ses multiples bras, les stolons, qui vont s’enfoncer en terre et créer chacun à leur tour plusieurs autres plantes, ce à une vitesse extraordinaire ! évidemment le bouton d’or va s’immiscer de façon privilégiée d’abord aux pieds des fraisiers et tout bon jardinier l’éliminera sans se poser de questions. Il suffit d’un plan de cette « belle mauvaise herbe » pour envahir tout un espace potager ou autre : la laisser se développer signifie se résigner à perdre les autres espèces, car le fraisier étant moins fort, moins productif que le bouton d’or, il se laissera étouffer avant de disparaître. Comment se débarrasser de ces mauvaises herbes ? Avec des produits chimiques ? Non, car ils détruiront les autres espèces ! Il « suffit » de prendre son courage à deux mains, et, à l’époque d’activité de la plante, si possible avant que la lune ne redescende, d’arracher un à un tous les plants susceptibles de se développer. Travail de titan, mais seul efficace.             

Quelle que soit la plante sauvage indésirable envahissante, elle procédera de la même façon : elle s’immisce au plus près des racines de l’espèce cultivée, puis se développe, la circonscrit pour envahir son espace vital, ce qui conduit à son élimination pure et simple. On observera que lorsque le bouton d’or occupe un territoire, le trèfle rampant ne s’y risquera pas, et inversement, sauf en cas de début de conquête de territoire !

Il suffit donc d’un peu d’attention pour vérifier combien ce véritable remplacement de « population naturelle » est vivant et efficace dans la nature.             

Amis jardiniers, ne devriez-vous pas faire part de vos observations, si terre à terre soient-elles, aux hommes politiques hélas souvent déracinés des réalités au point

  • qu’ils se laissent envahir par trop d’élucubrations utopistes,
  • qu’ils ne voient pas l’évidence, faute de réalisme et de connaissance des mécanismes concrets du monde vivant,
  • et tout le reste ?
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