Le billet cinéma de Daniel Pollett

 

Avec le film « Les heures sombres », Joe Wright met en scène Gary Oldman dans le rôle de Winston Churchill. Un personnage historique difficile à imiter. Comment rendre crédible un homme vieillissant, à la démarche incertaine, à la réputation dégradée, amateur d’alcool et de cigares, au parler déconcertant ? Tel fut le grand Churchill, tel Gary Oldman nous le restitue à l’écran.

On pourrait se demander, après la lecture de l’excellente biographie écrite par Carlo d’Este « Churchill seigneur de guerre », de 1.046 pages, ce que pourrait encore apporter ce film. Mais si l’on aime le personnage, si l’on reconnaît à ses phrases pertinentes une actualité dans nos propres heures sombres, on savoure cette belle réalisation cinématographique pourtant presque toute en discours et conversations. Les excellentes prestations de Kristin Scott Thomas (Clémentine Churchill) de Lily James (la secrétaire Elizabeth Layton) et de tous les autres acteurs servis par une mise en scène soignée et des décors très réalistes nous offrent le spectacle en raccourci des événements qui amenèrent au pouvoir, à un moment si crucial, ce grand homme du siècle passé.

On le voit, sarcastique, mépriser les lâches, dédaigner les considérations opportunistes, repousser les compromissions, refuser catégoriquement la soumission, déjà entreprenant la lutte contre le nazisme quand beaucoup hésitent encore. Ce qui n’est pas dit dans le film, c’est qu’en plus de sa lourde charge de Premier ministre d’un empire en guerre, il prit rapidement aussi le poste de ministre de la Défense. À 65 ans, Winston Churchill, le paria de la politique britannique, allait engager son pays sur la voie de la victoire. Plus tard au cours de cette même guerre, un autre homme atypique dont personne ne voulait à un poste important, nommé lui aussi par défaut, allait conduire l’armée britannique en retraite vers la reconquête de l’Afrique du Nord, et plus tard de l’Europe : le maréchal sir Bernard Law Montgomery of Alamein.

Les manœuvres de politiciens veules et frileux pour faire échouer Churchill furent vaines, mais l’une faillit réussir quand, face à la menace d’invasion du Royaume-Uni par l’armée nazie, il lui fut demandé d’accepter des négociations avec Hitler par l’intermédiaire intéressé de Mussolini. Churchill fut sur le point d’accepter, malgré sa célèbre phrase : « On ne discute pas avec un tigre quand on a la tête prise dans ses mâchoires ». Très déprimé, il échappa brusquement à son escorte pour aller dans le métro londonien. Là, tout le monde le reconnut et chacun se présenta, comme il se faisait en ce temps-là. Churchill demanda alors à ces gens utilisant le métro ce qu’ils pensaient de la situation, si l’on devait se battre. Tous répondirent avec ferveur que oui, l’on devait se battre. Alors, fort de cet avis populaire spontané, ayant même noté les noms de ses interlocuteurs qu’il cita, Churchill s’adressa au Parlement par son célèbre discours où il dit « … Nous nous battrons sur les plages… Nous nous battrons sur les terrains d’aviation… Nous nous battrons dans les rues… Nous nous battrons dans les bois… Nous ne nous rendrons jamais ! … »

Lorsque le film se termine, on n’a pas vu le temps passer, on en voudrait encore. En sortant de la salle, on voudrait aussi avoir à nouveau des dirigeants tels que lui, être d’un peuple tel que l’étaient les Britanniques en ce temps-là. Aujourd’hui, qui serait capable, au Parlement, d’imiter Churchill s’adressant à Chamberlain après les accords de Munich en disant : « Entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre » ?

Concluons avec cette belle citation d’Horatius dont Churchill partage l’énoncé avec des passagers du métro : « Comment mieux mourir qu’en affrontant un grand péril pour défendre les cendres de ses pères et les temples de ses dieux ? » À quoi Churchill ajoutera parmi ses célèbres phrases :

« Le succès ne dure pas, l’échec ne tue pas, ce qui compte c’est d’avoir le courage de continuer. »

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