Le billet de José Altémir
Mais avant d’évoquer celui-ci, sans basculer dans l’illusion de l’attente du “messie américain” venant libérer l’homme européen de l’emprise du démon bruxellois ( la Commission européenne, voire l’Europe tout court diabolisée par les descendants pacsés de Maurras et de Marchais), il y a lieu de songer aux limites qui attendent le nouveau Président ou procèdent de lui.
Tout d’abord, à la Convention de Cleveland qui l’avait désigné comme candidat républicain, n’étaient présents ni la famille Busch, ni le gouverneur John Kasich, ni John Mac Cain ni les vénérables du Great Old Party ( le Parti républicain). Cela témoigne de l’isolement du candidat désormais président dans son propre camp, à tel point que son vice-président, même, a pris ses distances lors de la polémique sur la misogynie “trumpiste” . Donald Trump avait dit, entre autres délicatesses que si Mme Clinton n’avait su satisfaire un seul homme, elle ne pouvait pas satisfaire l’Amérique. Ainsi donc, peut se poser la question de savoir quel sera le prix de la réconciliation, lequel des deux camps fera le plus de concessions dans les domaines les plus sensibles.
Puis, il ne faut pas oublier ou méconnaitre le parcours de Trump, son système de pensées et de valeurs. Donald Trump est un affairiste et fier de l’être, qui ne s’en est jamais caché. L’immobilier -des immeubles de locations, des casinos et hôtels- est sa drogue, et son héritage familial. Du Plaza de Central Park à la “Trump Tower” défile la route de son existence….et de son addiction aux milliards constitutifs d’un patrimoine qui le libère et le ligote simultanément.
Il fût l’ami des Clinton, présents à son dernier mariage où paradaient également Lady Gaga et autres vedettes de l’industrie de l’hébétude. Enfin, Paul Manafost, l’âme damnée de Trump, et son directeur de campagne, est aussi à l’origine de la fondation de “BMS et K”, un bureau de lobbying au service des plus importantes compagnies et personnalités du milieu financier américain et international (pour faire dans l’histoire de ces dernières décennies de Mobutu à Marcos en passant par Reagan).
Venons en maintenant à cet espoir que nous évoquions plus avant et à ce qui le constitue. Donald Trump veut lutter énergiquement contre l’immigration, renégocier tous les accords de libre échange (Tafta, TTIP…) mettre un terme au financement de l’OTAN, construire un mur entre banques de dépôts et banques d’affaires et lutter à mort contre le terrorisme musulman (pardon islamique) en s’alliant, toutes réserves faites, avec Poutine voire Al Assad etc. Tout cela ne peut, sous réserve de réalisation, que soulever la chape de plomb (ou d’amiante pour le côté toxique en sus d’étouffant) qui nous écrase.
Pour en finir, citons la réponse de Mr Trump à la question d’André Bercoff : « N’exagérez-vous pas en pensant que l’Europe est finie? » Réponse : « Je pense que si vos dirigeants ne font rien pour changer la donne, l’Europe ne sera plus jamais la même. Ces gens qui arrivent par millions ont une autre culture, une autre mentalité, d’autres us et coutumes, opposées aux vôtres. La plupart n’ont aucune envie de s’assimiler, de s’intégrer ou de s’adapter, mais veulent faire en sorte que le pays d’accueil s’adapte, lui, à leur mode de vie. Certains veulent l’instauration de la charia qui ne correspond pas précisément, c’est le moins que l’on puisse dire, aux valeurs européennes et occidentales. je pense que vous allez au-devant de bouleversements dont vous ne mesurez pas l’ampleur si vos dirigeants politiques n’agissent pas de façon intelligente, rapide et énergique. Sans peur ni compromission. »
Mais tout de même, in fine et au-delà de tout cela, qu’observe-t-on? Le sérail politique cède la place à la Ferme des Célébrités, aux USA comme en Europe avec Bepe GRILLO, TAPIE? BERLUSCONI etc… A la politique proprement dite dont la dignité s’est progressivement perdue au fil des décennies succède dans l’assomption du mauvais gout et de la vulgarité le show médiatique. De programme il est à peine question, il faut divertir, émouvoir, exciter, provoquer même négativement. Il faut envahir la sphère du spectacle, mobiliser le son et les images. A l’idée, aux idées, ont succédé le slogan, l’enseigne et la marque. La démocratie reste le commerce des idées chosifiées et le temps des soldes et du low-coast est désormais permanent.
À lire: Donald TRUMP, “Les raisons de la colère” d’André BERCOFF chez First Editions
