Chronique de Paysan Savoyard

Zemmour a obtenu 2,48 millions de voix, soit 7,07 % des suffrages exprimés. Ce résultat en demi-teinte appelle les réactions suivantes :

 

  • Eric Zemmour doit être chaleureusement remercié pour sa campagne brillante et courageuse

Zemmour a mené la campagne « identitaire » qu’il avait annoncée. Il mérite pour cela l’immense reconnaissance de tous les patriotes attachés à la survie de la civilisation française et européenne et atterrés par la perspective du grand remplacement. Il a dit la vérité, ce que personne, à part Jean-Marie Le Pen, n’avait fait avant lui. Il a utilisé les mots et les concepts les plus nets et les plus importants, grand remplacement et remigration, ceux que le Système fait tout depuis cinquante ans pour tenir à l’écart du débat public. Non seulement. E. Zemmour a prononcé ces mots interdits et évoqué ces concepts prohibés mais il les a mis au cœur de sa campagne, sans jamais reculer ni affadir son discours. Pour la première fois dans le cadre d’une élection présidentielle, les analyses « identitaires » ont été représentées et brillamment mises en avant. Les positions identitaires étaient jusqu’alors moquées, ridiculisées et criminalisées : maintenant qu’elles ont été endossées par quelqu’un comme E. Zemmour, le Système pourra moins facilement les ostraciser.

Comme c’était à prévoir E. Zemmour a été le seul à se prononcer comme il l’a fait. Tous les autres candidats ont soit pris des positions favorables à la poursuite de l’immigration, comme Macron et Mélenchon, soit adopté les habituels discours lénifiants et mensongers, comme Pécresse et Le Pen. Nous reviendrons dans un prochain article sur le cas de Marine Le Pen, qui a passé toute sa campagne à critiquer les positions « extrémistes » d’E. Zemmour

En outre, contrairement à ce qu’on dit ses détracteurs, E. Zemmour ne s’en est pas tenu à un discours monothématique sur l’immigration. Son programme était complet et charpenté. Il s’est prononcé fortement contre la mondialisation et pour la réindustrialisation, assortie si nécessaire de mesures de protection. Il a condamné l’Europe de l’UE vassale des Etats-Unis et souhaité une Europe des Etats, de l’Atlantique à l’Oural, indépendante des Américains. Il s’est prononcé contre l’assistanat et la massification des études supérieures bidon, et pour une revalorisation du travail. Il a plaidé pour une baisse d’impôts massive, afin d’améliorer le niveau de vie des Français. Il a souhaité une profonde réforme de l’Etat, assaini et allégé de toute sa mauvaise graisse, renforcé là où il est devenu beaucoup trop faible. E. Zemmour n’a donc pas parlé que d’immigration : il a tenu un discours anti-Système, global, puissant et enthousiasmant.

  • La candidature d’Éric Zemmour se solde cependant par un échec

Zemmour a bénéficié de la plus forte mobilisation militante, sur le terrain, dans les meetings, sur les réseaux sociaux. Lui seul a été en mesure de réunir des foules nombreuses et enthousiastes à chacun de ses nombreux meetings partout en France. Ses interviews télévisées obtenaient les meilleures audiences. Ses initiatives et ses prises de position lui ont permis de rester pendant toute la campagne sur le devant de la scène.

Le résultat de cette campagne remarquable est pourtant un échec. Certes E. Zemmour, en partant de zéro, a réussi à fédérer et à mobiliser la droite identitaire, en réunissant près de 2,5 millions d’électeurs. Le parti qu’il a créé a vocation à devenir le parti de droite de référence, en lieu et place de LR. En revanche E. Zemmour n’a pas réussi à affronter Macron au second tour. Par là-même il n’a pas réussi à démonétiser le RN, comme il a su le faire avec LR, et à devenir ainsi le principal parti d’opposition de droite au Système.

Le bilan électoral se résume d’un mot : E. Zemmour a rassemblé autour de lui les marcheurs de la Manif pour tous, ce qui est déjà excellent, mais il n’a pas été au-delà. Il n’a réussi à convaincre ni les milieux populaires habitués au vote RN ; ni les abstentionnistes ; ni les retraités, c’est à dire la partie de l’électorat macronien qui pouvait être sensible aux mises en garde sur le thème de l’immigration et de l’insécurité. 

  • Éric Zemmour était l’ennemi du Système : son succès était donc probablement hors de portée

On ne peut reprocher à Zemmour d’avoir axé sa campagne sur le grand remplacement et le danger de mort qui menace les Français, puisqu’il s’agit là des enjeux essentiels de notre temps. Il est également injustifié, comme on l’a vu plus haut, de lui reprocher d’avoir conduit une campagne monothématique : rien n’est plus faux.

Il faut bien, cependant, essayer de tirer des leçons de ce triste échec et tenter d’identifier les faiblesses de la campagne. E. Zemmour a été remarquable en meeting et a réussi, de façon tout à fait inattendue, à se transformer en tribun capable de galvaniser. Par sa sincérité, son engagement, son intelligence, sa gentillesse également, il a réussi à susciter un attachement réel pour sa personne de la part de ses militants et électeurs, ce à quoi aucun autre candidat n’est parvenu à part, peut-être, Mélenchon. En revanche on peut dire qu’E. Zemmour n’a pas été très bon à la télé, ce qui surprend de la part du professionnel qu’il est. Or c’est évidemment à la télé que l’essentiel se joue, et pas dans les meetings.

Première faiblesse de la campagne d’Éric Zemmour à la télé : il n’a pas su trouver le ton et la posture présidentiels. Dans ses nombreuses confrontations avec les journalistes, qui lui étaient tous hostiles cela va sans dire, il a choisi de multiplier les sourires et les paroles aimables à leur égard, de les appeler par leurs nom et prénom. Il a ainsi donné à penser qu’il continuait d’appartenir au monde des médias davantage qu’à celui des hommes d’Etat. De même il a accepté de participer à des émissions « populaires » qui n’étaient pas de nature à le « présidentialiser ». Même s’il ne pouvait s’agir de singer De Gaulle, E. Zemmour aurait sans doute dû adopter un ton plus présidentiel, plus grave, plus retenu, plus surplombant, en bannissant les sourires, les mimiques et les gestuelles intempestives et en conservant une certaine distance avec ses interlocuteurs.

La seconde faiblesse de la campagne télévisuelle tient à son contenu. Eric Zemmour a fait le choix d’accepter de répondre de façon sincère, détaillée et argumentée à toutes les questions posées par les journalistes, lesquelles ont porté systématiquement sur les épisodes polémiques de sa campagne et sur les points de son programme pouvant donner lieu à controverse. Le but des journalistes était évidemment de l’enfermer dans les détails et dans le registre de la polémique, afin de l’empêcher de développer son discours sur les points majeurs de sa campagne : ils y sont globalement tout à fait parvenus et E. Zemmour est tombé dans leur piège.

Il aurait sans doute dû refuser de répondre aux questions subalternes et polémiques, en renvoyant les auditeurs à la consultation des détails de son programme. Il aurait sans doute dû profiter des interviews pour s’adresser plus directement et plus frontalement aux électeurs, en mettant plus explicitement devant leur responsabilité tous les Français qui prenaient des prétextes pour fuir le vote Zemmour (« Il n’a pas l’expérience… Il n’a pas la personnalité qui convient… De toute façon la politique qu’il préconise est impossible à appliquer… S’il est élu il va déclencher la guerre… »). E. Zemmour aurait sans doute dû dire et répéter à ces Français, sans les ménager : « En apportant votre appui à la politique suivie depuis quarante ans ou en continuant de vous abstenir, vous serez complice de l’invasion migratoire qui va se poursuivre et vous porterez une responsabilité personnelle dans les catastrophes qu’elle va provoquer. Les coupables ne seront pas seulement les dirigeants : vous le serez-vous aussi, personnellement ». Les quatre ou cinq occasions où E. Zemmour a été interviewé dans le cadre des journaux télévisés des trois principales chaînes étaient décisives parce qu’il s’agit des seules séquences que suivent de nombreux retraités et électeurs des milieux populaires : E. Zemmour n’a pas su les utiliser pour s’adresser à eux frontalement, afin de les mettre devant leurs responsabilités. En un mot Zemmour aurait sans doute dû refuser de répondre à toutes les mises en cause contre sa personne, sa campagne ou son programme, s’adresser aux Français plutôt qu’aux journalistes et leur déclarer sans ambages : « Le problème ce n’est pas moi c’est vous. Moi j’ai dit la vérité et j’ai pris mes responsabilités : à vous de prendre les vôtres ».

Les quelques critiques qu’il est possible d’adresser à la campagne d’E. Zemmour doivent cependant être relativisées. Il était sans doute tout simplement impossible pour E. Zemmour d’obtenir un score très supérieur pour la raison simple suivante : tout le Système, dont il était le seul véritable adversaire, était ligué contre lui. Dans la propagande anti-Zemmour bombardée pendant six mois, deux éléments ont sans doute été décisifs. Le premier est l’Ukraine : à la faveur de l’affaire ukrainienne, le Système a pris appui sur les positions adoptées depuis des années par E. Zemmour en faveur d’un rapprochement avec la Russie, pour ruiner sa candidature. Marine Le Pen avait, elle-aussi, adopté à différentes reprises ces dernières années des positions favorables à la Russie mais elle n’en a pas souffert car le Système l’a délibérément épargnée, afin de la favoriser. Le deuxième élément décisif a été les sondages : qu’ils aient été fabriqués ou établis de façon honnête, ils ont quoi qu’il en soit suscité un réflexe de vote utile en faveur de le Pen, bien mieux placée dans la dernière partie de la campagne.

**

Et maintenant ? Le parti Reconquête va-t-il survivre ? Ce n’est pas assuré. De gros calibres proches de ses idées sont restés à LR, tels que Bellamy, Ciotti ou Wauquiez, avec le désir sans doute de se présenter eux-mêmes en 2027. Pour ce qui est de Marine le Pen, elle peut ambitionner de réussir dans cinq ans la même opération qu’en 2022 et 2017, sa présence au second tour lui offrant de façon automatique le statut de principale opposante. Un dernier élément négatif doit être souligné : le rapport de forces démographiques ne va cesser de s’aggraver au détriment des Français de souche, rendant de plus en plus difficile l’élection d’un candidat, quel qu’il soit, qui se proposerait d’arrêter l’immigration.

Le point majeur à retenir de cette séquence électorale nous paraît être le suivant. On pouvait dire jusqu’alors que les Français, de façon tout à fait antidémocratique, n’avaient jamais été consultés sur la politique d’immigration de masse choisie par la classe dirigeante depuis cinquante ans. Ce n’est plus vrai. Pour la première fois, les Français ont eu devant eux un candidat potentiellement présidentiable qui leur a tenu en toute clarté ce discours : « Nous sommes en danger de mort parce que nous sommes envahis. Si vous m’élisez j’arrêterai l’invasion ».

La grande majorité des Français ont choisi de ne pas donner leur confiance à ce candidat, préférant voter pour la poursuite de la politique à l’œuvre ou continuer à s’abstenir. Ils ne pourront pas dire à l’avenir : « Je ne savais pas ».

C’est en toute conscience que la majorité des Français ont choisi leur destin. Il sera probablement tragique.

Faites connaitre notre site, partagez !