Le billet d’Éric de Verdelhan

 

« L’union fait la force. Oui, mais la force de qui ? »

(Émile-Auguste Chartier dit « Alain », Philosophe)

« Le plus solide et le plus durable trait d’union entre les êtres, c’est la barrière. »

(Pierre Reverdy)

 

On me dit que l’avorton présidentiel, qui est tout sauf idiot, consulte beaucoup en vue de la fin du confinement. Bien sûr, il a toujours en tête le vieux rêve de Giscard : être un jour Président des États-Unis d’Europe, mais « en même temps » il prépare sa réélection en 2022.

Il a compris que, face à une Marine Le Pen, il ne risque pas grand-chose sauf si les Français – qui n’en peuvent plus – venaient à lui demander des comptes sur la gestion calamiteuse de la crise du Coronavirus. Aussi est-il prêt à sacrifier le triste Edouard Philippe et sa barbe mitée pour nous faire le coup d’un gouvernement d’ouverture, d’ « Union nationale », mieux d’« Union sacrée ».

Et, au sein de mes amis, quelques naïfs (1) trouvent ça très bien, pour, entre autres, éviter les querelles fratricides qui pourraient nuire à la reprise économique ; réconcilier les Français pour les faire adhérer à un projet fédérateur : bâtir une nouvelle France, dans une nouvelle Europe.

La presse nous apprend que divers tocards en mal de mandat auraient été approchés : Geoffroy Didier, Nathalie Kosciusko-Morizet, Stéphane Le Foll…On parle même d’un retour du crétin des Pyrénées, François Bayrou, qui s’ennuie dans sa ville de Pau.

Or nous savons que « faire de la politique autrement » pour Macron, c’est un savant dosage : un cocktail explosif fait d’un tiers d’incompétents, un tiers de voyous et un tiers de traîtres à leur parti, qu’il faut recycler (ce qui est assez logique pour…des ordures !).

La semaine dernière, en loucedé, en catimini, sans faire de bruit, Macron, qui ne jure que par les « valeurs républicaines » et la laïcité, a consulté « tous les cultes » nous dit une presse complice. L’énumération des cultes par la dite-presse vaut son pesant de moutarde : « Les représentants des obédiences maçonniques, des Musulmans, des Juifs, des Bouddhistes, des Catholiques et des Protestants… » Les pointillés laissent supposer qu’il y en a eu d’autres.

Je ne savais pas que la Franc-maçonnerie était une religion. Pour les « frères la gratouille » honnêtes (s’il en existe ?) c’est une spiritualité, pour les autres, une « association de malfaiteurs » et pour moi, une secte néfaste (2). Les Chrétiens – catholiques ou protestants – sont cités en dernier, mais dans un pays dans lequel l’Islam est devenu, par la faute de ses dirigeants, la religion la plus pratiquée – et de loin ! – c’est assez logique. Pour nous rassurer, la presse « catho de gauche » nous dit que Macron consulte beaucoup le Pape, et qu’ils ont des « convergences idéologiques ».

Ça, merci, on le savait : le chef de l’Eglise catholique œuvre, avec la plupart des dirigeants européens, pour une arrivée toujours plus massive de migrants musulmans. A ce stade, ce n’est plus de la convergence, c’est de la complicité ! N’épiloguons pas, ce n’est pas l’objet de cet article !

Je suppose que Macron a également consulté les « Adorateurs du dieu Priape » : on m’a dit qu’il écoutait beaucoup Dominique Strauss-Kahn, vous savez, le copain de « Dodo la Saumure ».

Pour justifier un gouvernement d’« Union nationale », je pressens déjà qu’on va invoquer les grands moments de notre histoire. Ceux où des Français ont su oublier leurs dissensions, leur opposition, leurs divergences politiques pour s’unir, tel un seul homme, contre un péril grave. Nous avons tous en mémoire l’« Union Sacrée », ce rapprochement qui a soudé les Français de toutes tendances lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le terme a été utilisé pour la première fois au Parlement, le 4 août 1914, par le Président Raymond Poincaré. Les organisations syndicales et politiques se rallièrent toutes au gouvernement. Nous avons opposé aux Allemands une armée de 8 millions d’hommes ; nous en avons fait tuer 1,4 million.

Il est regrettable que les Français connaissent aussi mal leur histoire, car, depuis l’« Union Sacrée » de 1914, les alliances « citoyennes », les unions apolitiques, les comités de salut public, et autres rassemblements de gens de tous bords confondus, se sont avérés être des « couillonnades » dans lesquelles la droite française a toujours laissé des plumes.

Souvenons-nous de la mémorable raclée de juin 1940. Dans la panique générale, il a fallu trouver un sauveur. Le 10 juillet 1940, les parlementaires français donnaient les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain : 670 votent (426 députés et 244 sénateurs) ; 176 parlementaires sont absents.

Sur 649 suffrages exprimés : 80 parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) votent contre les pleins pouvoirs. 569 approuvent (357 députés et 212 sénateurs) soit 87,67 % des suffrages exprimés. 20 autres s’abstiennent. Sur les 569 votants en faveur des pleins pouvoirs, 286 ont une étiquette de gauche ou de centre-gauche et 46 sont sans étiquette. L’histoire, si elle n’était pas pipée, aurait dû retenir – primo – que le Maréchal Pétain est arrivé au pouvoir de façon parfaitement légale et – secundo – qu’il a été porté au pouvoir par une majorité…de gauche.

Le vieux Maréchal, dans sa grande naïveté, a voulu jouer l’ « Union nationale » en confiant des ministères à des gens venus d’horizons politiques différents, à commencer par le socialiste Pierre Laval, chef du gouvernement. On a un peu oublié que les ministres ou les collaborateurs du Maréchal les plus ouvertement partisans d’une collaboration « totale et entière » avec le régime nazi venaient souvent de la gauche : Paul Marion, Marcel Déat, Jacques Doriot, Victor Barthélémy…etc…

Les partis les plus collaborationnistes furent le « Parti Populaire Français » créé par Jacques Doriot, ancien député-maire communiste de Saint-Denis, et le « Rassemblement National Populaire » du député socialiste Marcel Déat, ministre de l’aviation en 1936, sous le « Front populaire ». Le lecteur qui voudrait se faire une idée objective de cette période, doit absolument lire l’« Histoire critique de la Résistance » (3) et, l’« Histoire de la Collaboration » (4) de Dominique Venner, « La droite était au rendez-vous » (5) d’Alain Griotteray, et la série de 13 ouvrages écrits par Henri Amouroux sous l’intitulé générique de « La grande histoire des Français sous l’occupation ».

Parlons aussi du « Conseil National de la Résistance » (CNR), créé par De Gaulle en 1943 pour préparer la Libération. Le premier Président du CNR sera Jean Moulin, homme de gauche et franc-maçon. De Gaulle disait vouloir rassembler au sein du CNR des patriotes venus de tous les partis politiques, et la droite patriote et résistante l’a cru, or quels étaient les hommes d’influence du CNR ? Pierre Villon, du FNR (communiste), Louis Saillant (CGT), Gaston Tessier (CFTC), André Mercier (PCF), André Le Troquer (SFIO), Marc Rucart (Radicaux), Georges Bidault (Démocrates-Chrétiens : centre gauche) et Jacques Debû-Bridel (Fédération Républicaine : droite conservatrice et catholique). Mais Debû-Bridel, député, puis sénateur, finira chez les gaullistes de gauche.

Parlons encore du « Gouvernement Provisoire de la République Française » (GPRF), présidé par De Gaulle à la Libération : Pour l’histoire officielle, un gouvernement de coalition. Mais il suffit de voir à qui sont confiés les grands ministères : ministre de l’Armement : Charles Tillon (PCF), ministre du Travail : Ambroise Croizat (PCF), ministre de la Production industrielle : Marcel Paul (PCF) ; Ministre de l’Économie : François Billoux (PCF). Les socialistes seront également bien lotis : ministre de l’Intérieur : Adrien Tixier (SFIO), ministre de l’Agriculture : Tanguy Prigent (SFIO), ministre des Transports et Travaux publics : Jules Moch (SFIO), ministre des PTT : Eugène Thomas (SFIO).  André Malraux aura (déjà !) le ministère de la culture. Vincent Auriol (SFIO) sera ministre d’Etat, tout comme le déserteur Maurice Thorez (PCF).

Et puis, quand la 4ème République s’enlise dans le conflit algérien (6), un véritable coup d’Etat ramène aux affaires « l’ermite de Colombey » qui n’en peut plus de sa longue traversée du désert.

Le putsch du 13 mai 1958 est monté par les gaullistes mais la droite nationale s’y associe, persuadée que De Gaulle est le garant de l’Algérie française. Même l’UDCA de Pierre Poujade, qui n’est au Parlement que depuis 1956, se fait rouler dans la farine. « De Gaulle, c’est l’Empire ! » disait-on à l’époque. On sait, depuis, ce qu’il en a fait !

En 1968, on reviendra chercher la droite nationale pour sauver le régime. Et celle-ci marchera encore puisqu’on lui promet, en échange de son soutien, l’amnistie totale des partisans de l’Algérie française (et la libération de ceux qui sont encore en prison).

Passons à 1974. Georges Pompidou est mort. La « droite-cachemire » s’entiche de Giscard dit « d’Estaing » (7) et une partie de la droite nationale se fait encore avoir. Giscard entendait « vider le programme commun de son contenu » et prétendait que « deux Français sur trois (aspiraient) à être gouvernés au centre ». Libéral en matière de mœurs, on lui doit entre autres :

– La légalisation de l’avortement, qui depuis 1975, à raison de 240.000 avortements annuels, aura assassiné légalement plus de 9 millions de petits Français.

– Le « regroupement familial » qui remplaçait une immigration de travail et qui est à l’origine de l’invasion afro-maghrébine incontrôlée que nous subissons aujourd’hui.

Depuis Giscard, la France n’a plus jamais connu un budget en équilibre.

On pourrait aussi parler du cataclysme de 2002, quand la France pétocharde se jetait dans les bras de Chirac par peur de la « peste brune » incarnée par Le Pen. Ou encore, de 2007 où Sarkozy se faisait élire par des voix de droite pour faire aussitôt le contraire de son programme (et confier des ministères « d’ouverture » à des socialistes qui, TOUS, sans exception lui tiraient dans le dos quelques années plus tard).

Pourquoi la droite française est-elle « la plus bête du monde » ? D’abord parce qu’elle est sensible aux accusations (fausses) dont on l’accable. Elle a très peur, par exemple, de s’avouer « nationaliste ». On la culpabilise en la matraquant de formules creuses. Romain Gary a utilisé une tirade célèbre, reprise plus tard par De Gaulle : « Le Patriotisme, c’est l’amour de sa patrie ; le Nationalisme, c’est la haine de l’autre ».

En fait, la droite française se comporte avec la gauche comme les cathos progressistes devant l’Islam : depuis Vatican II, ils rêvent d’un œcuménisme de Bisounours : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », « les religions monothéistes sont faites pour s’entendre »…etc…etc… Mais cet œcuménisme, ceux d’en face n’en veulent pour rien au monde !

Quant à Macron, qui rêve de ce que j’appelle un « extrême centre », il caresse dans le sens du poil tous ceux qui peuvent servir ses ambitions : le lobby LGBT, le lobby pro-immigration, les féministes, la « diversité », les « frères la gratouille », les socialos repentis, les vieilles nymphos séduites par ce jeune bellâtre, les retraités aisés (assez stupides pour voter majoritairement pour lui), les cathos de gauche, les gogos, les naïfs et, également, hélas, un ramassis d’imbéciles émasculés qui osent encore se dire « de droite ». L’un d’eux m’a même asséné un argument-massue : « Après tout, Israël a bien un gouvernement d’ « Union nationale »… ».

C’est vrai, après 16 mois de gouvernement de transition et trois élections législatives, Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz ont scellé « un accord pour la formation d’un gouvernement national d’urgence ». Mais n’oublions pas qu’Israël est un état foncièrement nationaliste ; qu’il est entouré de gens qui ne lui veulent pas que du bien ; que la gauche israélienne est quasiment morte ; et, enfin, que l’accord Nétanhahou-Gantz est une coalition entre la droite dure et la droite molle.

Or, une union des droites dans notre pays n’est pas pour demain ! Macron l’a bien compris. Il sait que le marigot centriste attire les veaux, lesquels deviennent des bœufs bien dociles, rarement des taureaux de combat.

Alors, de grâce, qu’on ne vienne pas me bassiner avec la cohésion du troupeau !

 

 

Notes :

1)- D’habitude, j’amalgame les naïfs et les imbéciles, mais je suis brouillé avec suffisamment de gens pour ne pas traiter certains de mes amis d’imbéciles.

2)- A l’origine de TOUS les scandales depuis plus de deux siècles.

3)- « Histoire critique de la Résistance » de Dominique Venner ; Pygmalion ; 1995.

4)- « Histoire de la Collaboration » Pygmalion ; 2000.

5)- « La droite était au rendez-vous » Laffont ; 1985.

6)- C’est le socialiste Guy Mollet qui enverra le contingent en Algérie.

7)- Son père, le banquier Edmond Giscard, a acheté sa particule en…1929.

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