D’après Cédric de Valfrancisque

« Belmondo a attiré dans les salles, en cinquante ans de carrière, près de 160 millions de spectateurs ; il a joué à quatre reprises dans les films les plus vus de l’année en France : « Le Cerveau » (1969), « Peur sur la ville » (1975), « L’Animal » (1977), « L’As des as » (1982), égalant le record de Fernandel et n’étant dépassé sur ce point que par Louis de Funès. »

(Commentaire sur le Net).

Depuis le 6 septembre, date du décès de Jean-Paul Belmondo, tous les médias ou presque y vont de leurs éloges et autres commentaires dithyrambiques.

Nous savons d’ores et déjà qu’aujourd’hui l’avorton présidentiel, en berne dans les sondages, va nous gratifier d’un sermon-fleuve dont il a le secret : cet art de parler pour ne rien dire, avec le regard fixe d’un halluciné ou d’un gourou, le même que celui de ce démocrate allemand dont j’ai oublié le nom. Ça va plaire aux imbéciles ; il y gagnera 4 ou 5 points dans les sondages…

Je n’ai nullement l’intention de me joindre au chœur des pleureuses et des thuriféraires car je suis scandalisé, outré, choqué, indigné, que l’on rende un hommage national, aux Invalides, à un saltimbanque, aussi doué soit-il, alors qu’on a refusé cet honneur au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc. Et pourtant…et pourtant, je l’aimais bien « Bébel » mais pas forcément pour les mêmes raisons que les gens qui le pleurent aujourd’hui (après l’avoir beaucoup critiqué de son vivant). 

« Bébel » c’était d’abord, c’était surtout, un acteur populaire. Entendez par là, compris par le vulgum pecus, par les « gens de peu » comme disait Giscard, par les « sans dents » comme disait Hollande, par les « gens qui ne sont rien » selon Macron. Ce populo que les « zélites » détestent.

« Bébel », c’est l’illustration qu’une immigration choisie peut se révéler « une chance pour la France » : né à Neuilly-sur-Seine, il était le fils de Paul Belmondo (1898-1982), sculpteur d’origine piémontaise et sicilienne, né à Alger. Fils d’immigré, élevé dans la grande bourgeoisie, il deviendra la caricature du titi parisien, du Franchouillard, du mâle blanc gouailleur honni par les « Bobos ».

Au plan scolaire, Il a été un cancre, ce qui me le rend sympathique. Inscrit dans les meilleures écoles de la bourgeoisie parisienne : l’École alsacienne (1), (d’où il est rapidement viré), les lycées Louis-le-Grand, Henri-IV et Montaigne. « Bébel » n’avait aucune attirance pour les études et fut un élève indiscipliné. J’aime mieux ce profil que celui des « crânes d’oeuf » formaté à l’ENA.

En revanche il aimait le cyclisme, le football, puis la boxe, qu’il va longtemps pratiquer en amateur, et brièvement en professionnel. Lino Ventura, autre grand acteur, pratiquait la lutte et le Catch. Mais « Bébel » reste un bourgeois lucide, de cette passion pour la boxe il dira :

« À 15 ans, je n’avais qu’une idée : faire de la boxe. Mais, pour boxer, il faut avoir faim et avoir la haine. Ce n’était pas mon cas ».

Ensuite, malgré un avis défavorable du sociétaire de la Comédie-Française, André Brunot, il suit les cours de Raymond Girard et débute au théâtre en 1950 en interprétant « La Belle au Bois Dormant ». Pendant six mois, Raymond Girard va l’aider à préparer le concours du « Conservatoire national supérieur d’art dramatique », où il est recalé, mais admis en tant qu’auditeur libre en 1951.

En janvier 1952, il repasse l’examen d’entrée mais… échoue encore. Il est enfin admis en octobre 1952. Pierre Dux (2), dont il est l’élève, déclare : « Avec la tête qu’il a, il ne pourra jamais prendre une femme dans ses bras ; ça ne serait pas crédible ». Et il lui prédit un abonnement aux seconds rôles. Sa promotion au Conservatoire comptait des « pointures » qui deviendront ses amis : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Pierre Vernier et Michel Beaune.

Mais ses professeurs ne tiennent pas son talent en haute estime. En 1956, lors du concours de sortie du Conservatoire, il interprète une scène d’« Amour et Piano » de Georges Feydeau : le public l’acclame, mais le jury, présidé par Marcel Achard, lui fait payer sa désinvolture et lui décerne un simple accessit, ce qui lui interdit l’entrée à la Comédie Française. Ses camarades le portent en triomphe. Lui, il adresse un bras d’honneur aux jurés. Ça ne manque pas de panache !

En 1953, il fait ses vrais débuts sur les planches dans deux pièces : « Médée » de Jean Anouilh et « Zamore » de Georges Neveux.

Il se réjouit de jouer Anouilh, mais la tragédie s’avère un échec total. Il s’en amuse et déclare « Médée est le premier bide de Jean Anouilh, et je joue dedans ! »

Passons rapidement sur les galères de ses débuts, c’est le propre de beaucoup d’artistes.

En 1958, il est rappelé sous les drapeaux pour servir en Algérie, ce qui l’oblige à abandonner les représentations d’ « Oscar » (3). Une fois démobilisé, il revient en métropole et repart en quête de rôles. L’année suivante, il décroche son premier rôle important dans « À double tour », de Claude Chabrol. Puis il enchaîne avec un autre film de la Nouvelle Vague, « À bout de souffle », de Jean-Luc Godard, et « Classe tous risques », de Claude Sautet. Il y partage la vedette avec Lino Ventura.

1960 sera l’année de sa révélation au public : « À bout de souffle » sort en mars et remporte un triomphe. Au cours des années 1960, il tourne 34 films dont je vous épargnerai la liste. Belmondo devient une figure de premier plan du cinéma français, un acteur aux multiples facettes, capable de tenir des rôles variés, même s’il en fait toujours un peu trop : le style Bébel est né !

Les succès s’enchaînent, allant du film d’aventures (« Cent mille dollars au soleil », d’Henri Verneuil) au film dramatique (« Week-end à Zuydcoote », du même). Il retrouve Philippe de Broca pour « Les Tribulations d’un Chinois en Chine ». Sur le tournage, il tombe amoureux de sa partenaire, la belle Ursula Andress. N’en déplaise à Pierre Dux, notre « Bébel » aura tenu dans ses bras les plus belles femmes de son temps (plus quelques actrices insipides – au sein triste et à la fesse molle – qui firent un passage-éclair dans le cinéma des années 70 à 80 : Les soixante-huitards n’aimaient pas la femme-objet et voulaient nous imposer la radasse androgyne).

Durant les années 1970, il tourne à un rythme soutenu et enchaîne les succès : « Les Mariés de l’an II », « Le Casse », « Docteur Popaul », « La Scoumoune », « Le Magnifique ».

C’est aussi le début de ses amours avec la belle italienne Laura Antonelli.

En 1971, l’acteur fonde sa propre maison de production, « Cerito Films », dans le but de gérer plus efficacement sa carrière : le dilettante se révèle un redoutable homme d’affaires.

Mais les temps changent : avec l’arrivée des socialistes au pouvoir, et la montée du diktat des minorités, les critiques ne l’épargnent pas. Ses films continuent pourtant à remplir les salles.

Entre 1978 et 1983, sa carrière connaît son apogée. Chacun de ses films s’avère un succès. Sa gouaille de titi parisien et ses cascades n’y sont pas étrangers.

Il enchaîne trois films réalisés par Lautner : « Flic ou Voyou », qui dépasse le million d’entrées sur Paris-périphérie, « Le Guignolo » et « Le Professionnel ». Ce dernier film dépasse les cinq millions d’entrées en France. En 1982, il dépasse ce score avec « L’As des as », de Gérard Oury, qui triomphe malgré des critiques assassines. Il déclarera plus tard, « Pour l’intelligentsia parisienne, j’étais un cascadeur, pas un acteur ». A cette époque, il se console dans les bras de la belle Brésilienne, Carlos Sotto Mayor, fille d’un banquier. En 1989, pourtant, la profession se décide enfin à lui attribuer le César du meilleur acteur pour son rôle dans « Itinéraire d’un enfant gâté ».

En grand seigneur, il refuse cette distinction. Chapeau Monsieur Belmondo !

Il a tourné sous la direction des plus grands : Alain Resnais, Louis Malle, Philippe de Broca, Henri Verneuil, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, François Truffaut, Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, Claude Lelouch, Jean-Paul Rappeneau, Georges Lautner, Gérard Oury ou encore Alexandre Arcady, Vittorio De Sica ou Peter Brook.

Plusieurs de ses films sont devenus des classiques, comme « À bout de souffle » (1960), « Léon Morin, prêtre » (1961), « Un singe en hiver » (1962), « L’Homme de Rio » (1964), « Cent Mille Dollars au soleil » (1964), « Borsalino » (1970), « Le Professionnel » (1981) ou « Hold-up » (1985).

Pour moi (et ceci n’engage que moi) son meilleur film restera « Un singe en hiver » d’Henri Verneuil (d’après le roman d’Antoine Blondin). Il y partage l’affiche avec Jean Gabin et ces deux géants sont servis par des dialogues magnifiques de Michel Audiard.

Audiard considérait Belmondo comme « sa plus belle réussite ».

Il faudrait des pages pour parler de Belmondo, mais il me faut conclure.

En fait, les raisons pour lesquelles j’aime bien « Bébel » sont simples : il était terriblement français. Il aimait la police et la Légion Etrangère (4). Les flics joués par « Bébel » faisaient régner l’ordre à coup de Colt Python 357 Magnum (5). Dans ses films, les truands meurent avant d’aller encombrer les prétoires et les prisons.

« Bébel » défendait, de façon chevaleresque, la loi, la veuve et l’orphelin. Ses films ont une morale qui se moque des plaidoyers victimaires. Il aimait les galipettes, sur les toits, sous un hélicoptère ou …dans un lit, car ce séducteur aimait les jolies femmes.

Il était détesté et très critiqué par l’intelligentsia de gauche, par les intellectuels progressistes et par les « zélites » autoproclamées. Et il y a fort à parier que quelques-uns de ces faux derches chialeront comme des madeleines à ses obsèques.

Moi je lèverai mon verre à la fin d’une époque ; celle des vrais hommes.

Notes :

1)-Ecole pour gosses de riches qui a formé toute la gentry socialiste dont « Haîne » Sainclair entre autres. La nomenklatura de gauche réserve le collège unique aux autres.

2)- Qui fut pourtant un grand acteur.

3)- Pièce qui deviendra un film-culte de Louis de Funès.

4)- Laquelle lui décerna un képi blanc d’honneur.

5)- Parfois aussi à coup de Colt Cobra, moins impressionnant.

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