Houria[1]

A Montpellier, à la Cimade le mardi 5 avril

    Il a fallu la publicité faite par les identitaires et l’Agrif à propos d’un terme méprisant employé par Houria Bouteldja pour qu’elle sorte de l’anonymat. En effet, Houria Bouteldja avait publiquement traité les autochtones de ce pays qui la nourrit de “’sous-chiens”. Néanmoins, elle a été relaxée le 14/01/14 du délit d’injures, le tribunal n’y trouvant qu’une « motivation ethnologique et non animalière »  Le P.I.R (Parti des Indigènes de la République) dont elle était co-fondatrice se réjouissait de ce refus de prise en compte de la notion de « racisme anti-blanc » (Hanan Ben Rhouma).

    Qui est donc cette bi-nationale ? Une « française de papiers », née à Constantine (Algérie) en 1973 de parents algériens. Avec des études de langues, en France, elle découvre le discours nihiliste des revendications de populations décolonisées chères à Frantz Fanon (1) qui l’inspirera. Elle s’agite alors dans la création du Mouvement des Indigènes, diverses « marches », le Comité des femmes « MAFED » et dénonce les « crimes et violences policières »… « racisme d’Etat »… « le racisme structurel de l’état français » (2015-Réponse à Fouad Bahri), ainsi que « la négrophobie », la « romophobie » et l’  « islamophobie ». Son discours méconnaît ou détourne l’Histoire et le sens des mots : Indigène est pris pour allogène ou colonisé et l’Algérie pré-1830 est fantasmée comme un âge d’or, alors qu’elle n’existait pas en tant que nation et qu’y sévissaient paludisme et moustiques, turcs et leurs coutumes esclavagistes… jusqu’à l’arrivée de colons français, espagnols et autres européens, pauvres, venus mettre en valeur et assainir des terres en friche. Sur France 2, le 18/03/16 une partisane du MAFED précise que la dominance des blancs date de la conquête des Amériques. C’est oublier que l’esclavage existait bien avant l’arrivée des blancs.

    On voit HB, le 3 Mars2015 à Oslo, prononcer un discours communautariste cherchant à monter les groupes humains les uns contre les autres, politiser l’anti-racisme et ce faisant  le « racialiser » (Fred Albi 03-05-15 site du NPA). Ce discours communautariste de départ tente de devenir universaliste avec la défense des palestiniens, des peuples dits « opprimés » et avec le soutien et la présence d’Angela Davis (Parti Communiste USA), de Tarik Ramadam, co-signataire de l’appel des indigènes (2) dont elle suit l’argumentaire. Le 26/06/14 un match de foot lui permet de faire une lecture raciale de l’événement et diviser la population : « Scènes de liesse partout en France, explosion de joie à Barbès et des dizaines de drapeaux algériens : une nation dans la nation ».

    Les bases du discours de HB sont contenues dans le dernier ouvrage qu’elle présentera au public à Montpellier le 5 avril : « Les Blancs, les Juifs et nous » (La Fabrique). Les « blancs » serait à prendre non en tant qu’individus, mais globalement, comme les dominants par rapport aux dominés qu’ont été les colonisés. Son combat, s’étaye sur ce type de relation dominants-dominés et n’envisage pas ce que serait une société où les dominés deviendraient dominants et les colonisés, colons à leur tour. HB et ses indigènes sont pris dans un discours schizophrène sans issue. Appeler tous les damnés de la terre à s’emparer de l’Europe ou de l’occident matériellement supérieur sinon dominant ne sauve ni les dominés ni les dominants.

    Ce discours emprisonne d’autant qu’il hiérarchise toutes les luttes de libérations, sexuelle, féministe, ouvrière et autres et les soumet à son diktat. Parfois proche du NPA, voire des libertaires, HB s’en distingue par son mépris des autres formes de combat et par ses provocations outrancières. A ce propos, il convient de prendre connaissance de la critique du P.I.R par Philippe Corcuff sur le site Oumma.com du 03/07/15 et réflexions libertaires Grand Angle. Corcuff, signataire de l’appel des indigènes déplore l’isolement volontaire du PIR du fait de la priorité accordée au concept de décolonisation qui « interdit les convergences possibles » . Les outils du P.I.R se résument à un site sur Internet, la médiatisation de HB et l’intérêt que porte une mode américaine à l’étude du post colonialisme (Berkeley). Comme HB, les P.I.R font montre d’une arrogance para-coloniale, vis à vis des quartiers populaires, cela les confine dans une confidentialité de gaucho-bobo très parisienne (Abdélalli Hazzat –«  inexistence politique du PIR dans les banlieues françaises »).

    Pourtant, l’ambition de Bouteldja est immense. Dans un entretien d’avril 2015, elle situe avec les indigènes par rapport aux mouvements d’émancipation : « nous sommes contre la convergence, car, derrière la convergence, il y a un présupposé universaliste… les sujets que nous abordons divisent la gauche, ce qui est un de nos objectifs : recomposer le champ politique à partir de la question raciale et anti-capitaliste ». La classe politique qui veut supprimer le terme de race du vocabulaire aura bien du mal à extirper ce concept. ?

    Par rapport au féminisme, HB se montre anti-féministe : «  le féminisme, tout comme les luttes LGBT, tout comme l’anti-capitalisme sont euro-centriques et …doivent être décolonisées». Son féminisme «décolonial» est communautaire et implique une totale régression puisque protecteur d’un système patriarcal, voire esclavagiste. Dans l’émission du 18 mars 2016 de Frédéric Taddéi (ce soir ou jamais) HB met en avant l’exemple de femmes violées qui doivent faire montre de « solidarité avec les hommes dominés » car « la formule politique … n’est pas d’affirmer l’entre-soi des femmes, mais celui du tout-ensemble indigènes ». C’est ainsi qu’HB accepte d’être à la fois pute et soumise et dénonce le mouvement de Fadéla Amara. Reprenant sa propre formule adressée à Pascal Hilout, disons qu’ elle se prête volontiers au rôle de « bougnoule de service »  puisque cela fait près d’une douzaine de fois qu’elle est invitée à l’émission de Taddéi (émission France 2 du service public), tout comme elle accepte un salaire pour un poste à l’Institut du Monde Arabe (directeur Jack Lang) bien que le manifeste des indigènes ait, dit-elle, marqué une « rupture économique par le refus de l’argent de l’État » (Vacarme.org-avril 2015).

    Concernant l’homophobie de HB, Thomas Guénolé l’a particulièrement dénoncée concernant l’émission précitée. HB parle « d’impérialisme gay ». Pour elle, (Agora Vox 12/11/09) les blancs ont tenté « de faire de l’homosexualité une identité universelle » (???) . L’ONU et les ONG défendent des droits sexuels « et institutionnalise (nt) l’homosexualité telle qu’elle est définie en occident », ce qui soulève l’ire de Caroline Fourest pour laquelle « la domination masculine est évidemment la mère de toutes les dominations ». HB précise, ce qui donne la nausée à sa consœur médiatique, dans son dernier livre : à propos des homos en banlieues, « s’ils assument leur homosexualité comme une identité fière et ouverte, ils importent le colonialisme et le mode de vie occidental blanc » et, « comme chacun sait, la Tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme ». La virilité aurait donc à voir avec l’homosexualité, voilà qui demande des explications anatomiques.

    L’ antisémitisme est également  l’apanage du discours d’HB: le concept de blanc dans son acception socio-raciale de domination ne peut que glisser vers du racialisme, témoin, la dénonciation d’un « philosémitisme d’Etat ». Dans une «  lettre à Eric Zemmour l’Israélite » , HB rejette toute assimilation : « sacrifice identitaire auquel tu as dû te soumettre ». Lorsqu’il déplore la délinquance dans les banlieues, Zemmour serait en « croisade » . HB refuse la culture du pays d’accueil et revendique la provocation par « nos foulards, nos barbes ostentatoires, nos mosquées, nos viandes hallal » (et pourquoi pas le viol des femmes, les mutilations sexuelles, les prières de rues ? ndlr) . Dans cette lettre à Zemmour, le Coran est brandi comme une menace dont les parents illettrés n’ont pas pu saisir la violence : « nous on sait lire, et je ne te dis pas les dégâts que ça peut occasionner ».

    Il faut savoir qu’HB ne combat jamais pour des valeurs mais reste dans le refus. Elle reste enfermée dans une communauté, cernée par la race, la religion, les coutumes. Elle lance à Zemmour : « tu es arabe, ou berbère, mais c’est pareil » (C’est ignorer que les arabes ont colonisé l’Afrique du nord peuplée de berbères de souche européenne). D’autant qu’elle-même est  de type ethnique kabyle… Sur les couples mixtes : « la rencontre entre 2 cultures, c’est beau, c’est pourri ». Toutefois, les mariages mixtes qui imposent la conversion du dominant créent « un rapport de force pour endiguer la blanchité ».  Pour HB, les Arabes, Berbères et Juifs, vivaient en harmonie en Algérie jusqu’au décret Crémieux en 1870 qui a fait des juifs, des citoyens français, donc des dominants…à abattre.

    Aliénation et schizophrénie : Bouteldja se sert de la religion comme moyen d’abrutissement des femmes. Pour elle, ce n’est qu’un marqueur d’enfermement social dans une communauté gérée par des provocations visant à détruire d’autres groupes considérés comme dominants. C’est ainsi qu’on la voit dans les médias avec un semblant de coiffure qui laisse apparaitre très souvent une abondante chevelure. Or, les pratiques religieuses « sunnites » (sa religion dit-elle) cachent le poil féminin.

    C’est cette schizophrénie qu’a dénoncée Gilles Chavreul (Zama France 08/02/16), délégué inter-ministériel à la lutte contre le racisme et l’anti-sémitisme sur I Télé devant Askolovitch quand il déplore que des « idées radicales qui sont aussi des idées d’enfermement » aient pu se développer dans les quartiers. Il y voit une « offensive anti-républicaine menée par Tarik Ramadam, le Parti des Indigènes et un certain nombre de collectifs anti-démocratiques, racistes et antisémites », un « anti-racisme perverti ». « Merah c’est moi ! » Revendique Houria Bouteldja en prônant un trouble permanent à l’ordre public et apologie du terrorisme (aucune poursuite judiciaire à notre connaissance). Méprisant et instrumentalisant ses congénères, avec son prétendu mouvement féministe, MAFED, elle persuade les femmes des quartiers  difficiles  de la volonté criminelle des forces de l’ordre envers les mâles de leur communauté. On ne s’étonnera donc pas que de jeunes imbéciles jouant aux « gendarmes et aux voleurs » aillent griller dans un transformateur ou finir dans une course-poursuite. Qui peut croire de nos jours à un quelconque risque pour un jeune délinquant issu de la « diversité » à être présenté à un juge ?

    En effet, que peut on attendre de ces ratiocinations faussement discursives, de ce nihilisme sans issue, de cette haine contre tout et tous, sinon la domination des dominants par les dominés dans un cycle sans cesse renouvelé. Or, si Leila Alaoui (3), bien que combattante elle aussi de l’émancipation, est tombée sous les coups d’islamistes encore plus radicaux que les P.I.R , c’est parce qu’il n’y a pas que des blancs qui tombent à Paris, Bruxelles, Ougadougou et ailleurs quand la haine devient une fin en soi(2). Mais peut être, HB et les siens rêvent-ils de finir en martyr pour trouver enfin des virilités et des virginités inépuisables. Houria Bouteldja croit elle seulement à l’existence de cet « après » ?

Maria (Femmes en Colère)

 

(1) Frantz Fanon, est né en1925 à Fort-de-France (Martinique) et mort, sous le nom d’Ibrahim Omar Fanon, le 6 décembre 1961 dans un hôpital militaire de la banlieue de Washington aux  USA, puis enterré en Algérie. Psychiatre et essayiste fortement impliqué dans l’indépendance de l’Algérie et dans un combat international dressant une solidarité entre « frères » opprimés, Il est l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste. Toute sa vie, il chercha  à analyser les conséquences sado-masochistes entre colons et colonisés.

(2) « L’appel des Indigènes […] propose de partir sur des bases saines. C’est là que c’est un cadeau qu’on vous fait. Prenez-le : le discours ne vous plaît pas… mais prenez-le quand même ! Ce n’est pas grave, il faut que vous le preniez tel quel ! Ne discutez pas ! Là, on ne cherche plus à vous plaire ; vous le prenez tel quel et on se bat ensemble, sur nos bases à nous ; et si vous ne le prenez pas, demain, la société tout entière devra assumer pleinement le racisme anti-blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront ça. Celui qui n’aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N’importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres. Parce que, lorsqu’il n’y a plus de politique, il n’y a plus de détail, il n’y a plus que la haine. Et qui paiera pour tous ? Ce sera n’importe lequel, n’importe laquelle d’entre vous […] ».

(3) Leila Alaoui Franco-marocaine de 33 ans, reporter-photographe victime du terrorisme islamiste le 15/01/16 en Afrique
Faites connaitre notre site, partagez !