Chronique de Paysan Savoyard

 

Le mouvement des gilets jaunes a mis en pleine lumière l’état du pays, profondément et inéluctablement divisé en trois blocs, qui se haïssent et se méprisent.

 

La France des Français moyens de souche

Les Gilets jaunes sont les Français moyens victimes ces dernières décennies de la triple évolution négative suivante. Ils ont pâti de la délocalisation de l’industrie, qui a fait basculer la moitié des régions françaises dans le chômage de masse. Ils ont été « périphérisés », évincés du centre des grandes métropoles par le niveau des prix et repoussés des banlieues par l’immigration. Ils subissent enfin la concentration du matraquage socio-fiscal sur la classe des salariés, tandis que la France des banlieues paie peu et reçoit beaucoup et que la fiscalité pesant sur la classe dominante ne cesse de diminuer par le biais de différents mécanismes, tels que l’optimisation fiscale.

Ces Français moyens de la France périphérique sont conduits à utiliser la voiture, qui s’impose en milieu non urbain et à disposer le plus souvent de deux véhicules par ménage. Dans ce contexte, le mouvement est né de la protestation contre la limitation de vitesse à 80 et l’augmentation du prix du gasoil. C’est pourquoi également ce mouvement s’est concentré sur les ronds-points et s’est livré à la destruction de nombreux radars.

Les Gilets jaunes ne représentent pas tous les Français moyens, certes.

Au sein de la classe moyenne, les fonctionnaires et agents des entreprises publiques ont vu leur situation se dégrader aussi, notamment par le poids des prélèvements. Mais ils conservent le bénéfice de la sécurité de l’emploi et de divers avantages sociaux et ils n’ont pas adhéré au mouvement des Gilets jaunes.

Ajoutons que la France des Gilets jaunes est souvent celle qui vote Front national.

La France des dominants

La France de la classe dirigeante et de ceux qui la soutiennent était à l’origine des mesures contre lesquelles les Gilets jaunes se sont insurgés. Elle a reculé partiellement sur la limitation de vitesse, en laissant les départements libres de la remettre en cause. Elle a reculé temporairement sur l’augmentation de la taxe prévue, tout en annonçant que, dans une perspective écologique, la taxation des véhicules polluants s’accentuerait à terme. La propagande anti voiture a d’ailleurs repris de plus belle, alors que les personnes habitant en milieu non urbain ne peuvent se passer de voiture.

Au-delà du débat sur l’écologie, l’épisode a mis en évidence l’ampleur du mépris et de la détestation que la classe dirigeante et ceux qui la soutiennent éprouvent pour la France moyenne. La phrase de M. Griveaux se moquant de cette France « qui fume des clopes et roule au diesel » est emblématique. Elle fait écho à plusieurs déclarations de M. Macron, se moquant des « gaulois réfractaires au changement » (29 août 2018) ou des gens « qui ne sont rien » tandis que d’autres réussissent (29 juin 2017) ou « ont envie de devenir milliardaires » (6 janvier 2015).

Cette France qui a manifesté sans retenue son hostilité aux Gilets jaunes est la France bourgeoise, qui vit dans les métropoles, la bourgeoisie de droite et celle de gauche- les fameux bobos – désormais rassemblées autour de M. Macron.

Pour discréditer le mouvement des Gilets jaunes, la classe dirigeante a laissé agir les casseurs d’extrême-gauche, lors des manifestations dans les grandes villes. Ces blacks-blocks et antifas constituent des groupuscules, dont les membres sont individuellement parfaitement connus et identifiés par les pouvoirs publics : ils sont pourtant laissés libres d’agir depuis maintenant une vingtaine d’années, jouant de fait le rôle de milices du Système.

Notons également que l’action des casseurs d’extrême-gauche a déclenché la réaction violente des forces de l’ordre, qui s’est exercée non contre les casseurs eux-mêmes, entraînés à ne pas se faire prendre, mais contre les Gilets jaunes moyens : une dizaine d’entre eux ont perdu un œil suite à des tirs de balles de défense des forces de l’ordre. Les Gilets jaunes ont pu ainsi comparer la réaction très vigoureuse de la police avec l’extrême retenue dont elle fait preuve, sur ordre, depuis 40 ans vis-à-vis des émeutiers des quartiers. Cette violence policière a creusé un peu plus le fossé qui existe entre la police et les Français moyens, ce qui sert on ne peut mieux les intérêts du Système. 

Pour le pouvoir cependant l’action des casseurs a été ambivalente. Elle a présenté l’intérêt de discréditer un peu plus encore le mouvement des Gilets jaunes aux yeux des milieux bourgeois. Elle a eu cependant l’inconvénient d’accentuer la pression exercée par le mouvement des Gilets jaunes lui-même, qui a contraint le pouvoir à accepter certaines concessions quant au pouvoir d’achat, notamment pour ce qui concerne la CSG des pensions de retraite. La portée de ces concessions doit toutefois être relativisée : les retraités, principaux bénéficiaires des concessions, ne sont pas le plus souvent des Gilets jaunes mais dans leur grande majorité des électeurs de M. Macron.

Notons également qu’au-delà de l’action des casseurs, l’extrême-gauche a réussi à récupérer en partie le mouvement, en lui faisant endosser des revendications écolo, anti ISF et en faveur du RIP, alors que les revendications initiales des Gilets jaunes tenaient au niveau de vie et à la façon dont les automobilistes sont traités.

La France des immigrés

La troisième France, la France immigrée, est, elle, restée à l’écart du mouvement des Gilets jaunes. Les ressortissants des quartiers se sont seulement mobilisés pour piller les magasins des Champs-Élysées, en profitant des émeutes déclenchées par les casseurs d’extrême-gauche.

Pour le reste, les immigrés se sont complètement tenus en dehors du mouvement, manifestant le fait qu’ils ne partagent en rien les préoccupations et les intérêts de la France moyenne de souche.

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Les Gilets jaunes l’ont confirmé : les trois camps sont bien en place. La crise des Gilets jaunes a accentué l’union des bourgeois autour de M. Macron, ainsi qu’en témoigne le score de celui-ci aux dernières élections européennes. Renforcés par les arrivées massives et continues de nouveaux congénères, les immigrés restent entre eux et continuent leurs affaires : communautarisation, islamisation, violence, trafics, naissances à gogo….

Quant aux Gilets jaunes, autrement dit les Français moyens de souche non fonctionnaires et non retraités, ils ont dû rentrer chez eux, après avoir obtenu des miettes. Une défaite de plus… Certainement pas la dernière…

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