Le billet de Jean Lacroix
Nous savions que Jésus fut en son temps : outragé, brisé et martyrisé. Désormais, nous le voyons insulté et souillé.
Très mal inspiré, mais résolu à offusquer le Français, un histrion d’une radio publique financée par nos impôts, entonna sur les ondes une médiocre mélodie aux paroles insultantes pour notre Seigneur. Il le traita d’un acronyme grossier composé de deux consonnes, la première bilabiale, la seconde apico dentale. Ces deux lettres désignent les déviants que Marcel Proust qualifie d’Invertis dans la Recherche. Il dépeint d’ailleurs de façon pittoresque, dans Sodome et Gomorrhe, leurs usages scatologiques.
Les procès récurrents faits à l’Eglise, la sécularisation de l’Occident chrétien, la perte commune de spiritualité et les prises de positions de certains prélats en faveur de l’immigration, incitent peu, il est vrai, au respect du Sacré qu’il se devrait. L’environnement général dans lequel s’exerce notre foi favorise la dérision de certains agnostiques.
« Mon Père pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » dit Jésus au pied de la croix, avant qu’on ne joue ses habits aux dés (Luc 23.34). Appelé à comparaître devant le tribunal du Créateur, notre chanteur déchantera le jour venu : Justice transcendante. Même dans notre vide spirituel, aucun âne bâté athée, n’ignore les racines chrétiennes de la France et le caractère sacré des Croix et des Christs qui en découle. Ainsi, contrairement aux soudards romains du Calvaire, le chantre de France Inter savait ce qu’il faisait en trahissant à dessein sa mémoire culturelle.
Mais la Justice divine pourrait bien se révéler immanente. En effet, tout porte à croire que notre insulteur mélomane ne mesurait pas la portée de ses paroles dans une spiritualité à succès dans nos banlieues arabes. Modelé par la doxa dominante, il s’honore sans doute de respecter les mahométans ; à ses yeux on vilipende injustement leur culte, dit de paix et d’amour. Mais visiblement, il en méconnaît les grandes figures. En particulier « Isa ibn Maryam » : notre Jésus fils de Marie. Le Coran, qui paradoxalement évoque peu Mahomet, cite notre Christ à douze reprises. Le Livre revisite la Nativité en la situant sous un palmier (Sourate 19 versets 16 à 36) et professe en outre que la Crucifixion ne fut qu’un simulacre (Sourate 4 versets157 à 160), Dieu ne pouvant infliger à son avant-dernier Prophète, un supplice aussi sacrilège. Isa est l’objet d’une très grande vénération. En outre, Allah, clément miséricordieux, lui attribut l’Esprit Saint (Sourate 2 verset 81). On ne saurait l’insulter impunément.
Il n’est donc pas à exclure que cette injure à l’adresse de l’avant-dernier Prophète, déplaise fortement à un musulman rigoureux. Mu alors par les innombrables injonctions coraniques à occire mécréants et blasphémateurs, il passera à l’acte. Comme pour Antigone jadis, la loi de Dieu surpassera celle des hommes : il châtiera l’impie troubadour libertin qui, dira-t-il au Ciel pour sa défense, ne savait pas ce qu’il chantait.
Nous ne blâmerions pas, s’il advenait, ce geste vengeur. Pour employer une expression marxiste, nous trouverions même en ce justicier, un allié objectif ; nous condamnerions même, les populistes qui ne manqueraient pas de stigmatiser et de faire l’amalgame. Nous louerions pour une fois, l’utopique dialogue interreligieux, même si « Inter », comme la radio, figure dans ce néologisme.
Un hadith donne à Jésus le statut de Masih (Messie) et prévoit son retour une fois les Temps accomplis. Cette fonction eschatologique s’oppose aux outrages scatologiques de l’ignoble chanson.
Notes :
(1) La scatologie (du grec skôr : « excrément », et logos : « parole ») désigne des écrits ou des propos se rapportant aux excréments.
Par extension, le terme scatologique est parfois utilisé pour désigner :
- des propos et des écrits grossiers ;
- une plaisanterie basée sur le « pipi caca ».
(2) L’eschatologie est le discours sur la fin du monde ou la fin des temps. Il relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers événements de l’histoire du monde ou l’ultime destinée du genre humain, couramment appelée la « fin du monde ».
