Le billet d’Eric de Verdelhan

« Franco était d’une hostilité maladive à la démocratie, au libéralisme, au sécularisme, au marxisme et tout spécialement à la franc-maçonnerie » (Robert Paxton).

 

Qu’est-ce qui différencie la gauche de la droite ? Beaucoup de choses mais, entre autres, la haine et la rancune tenace. L’homme de droite, souvent imprégné du message chrétien, pratique facilement le pardon, même s’il n’oublie rien.

La gauche – aigrie et haineuse – est comme la mule du pape, elle rumine sa vengeance, quitte à attendre longtemps, très longtemps. Nous en avons encore un bel exemple avec l’exhumation du corps du général Franco, à la demande des socialos-cocos et des juges rouges espagnols.

Après la fin de la guerre d’Espagne, le « Caudillo » avait fait construire, près de Madrid, un mausolée dédié aux morts des deux camps, la « Valle de los Caïdos » et il avait émis le souhait d’être enterré dans ce lieu, symbole de la réconciliation du peuple espagnol.

Presqu’un demi-siècle après sa mort, on veut le déterrer. C’est abject !!!

On pense, immanquablement, à la profanation des tombes royales de la basilique de Saint Denis (1) approuvée par la Convention en août 1793. Les exhumations prirent fin en janvier 1794. Quarante-sept tombeaux – excusez du peu ! – de la basilique furent ainsi profanés.

La proposition, infâme, décidant du sort des tombeaux royaux de Saint-Denis a été faite durant la Terreur, lors de la séance du 31 juillet 1793, par Barère, dit Barère de Vieuzac. Un fou furieux comme l’époque en comptait beaucoup. Marat, autre fou sanguinaire, dira de lui : « Barère est l’un des hommes les plus dangereux, un politique fin et rusé, habitué à nager entre deux eaux et à faire échouer toutes les mesures révolutionnaires… ».

Mais revenons à l’exhumation de la dépouille du général Franco. Chez nous, il est presque impossible de s’exprimer objectivement sur Franco : les historiens français écrivent presque tous à charge, quant aux espagnols, ils étaient, pour la plupart, hagiographes, souvent dithyrambiques, jusqu’en 1975, date de la mort du « Caudillo », et très sévères ensuite.

Et pourtant, quoiqu’on pense des années de dictature en Espagne, nous, Français, devrions être… reconnaissants envers Franco et ce, à divers titres.

a)- N’oublions pas que cet officier courageux, qui aura été le plus jeune capitaine, puis le plus jeune commandant, puis le plus jeune colonel de l’armée espagnole a créé – à l’image de notre Légion Etrangère – la première « Bandera ». Après le désastre d’Anoual en 1921, il est appelé à Melilla pour reconquérir le terrain face aux troupes d’Abd-el-Krim.

Il aura été un précieux allié de la France durant la guerre du Rif (2).

b)- Dans un de mes livres (3) j’écrivais ceci : « ….Franco est conscient que son peuple n’en peut plus. Il rencontre Adolf Hitler à Hendaye le 23 octobre 1940. La légende raconte qu’il fit exprès d’arriver en retard pour impressionner le Führer. Étrange confrontation entre un Hitler au regard « quasi diabolique », (d’après Serrano Suner) et Franco, qui n’est plus l’officier svelte, au visage recuit par le soleil d’Afrique. C’est un petit homme rondouillard, mais qui sait, parfaitement ce qu’il veut. Il pose des conditions inacceptables : outre l’ensemble du Maroc et Gibraltar, il revendique l’Oranie et les territoires d’Afrique Occidentale… Et il ajoute à sa demande un engagement écrit et des livraisons conséquentes de blé, d’armement, de pétrole… Franco a de l’affection et de l’admiration pour le vainqueur de Verdun, qui fut ambassadeur de France en Espagne en 1939… Il amènera Salazar à ses vues et le Portugal, comme l’Espagne, restera un pays neutre… ».

En restant neutre, en empêchant même le survol de son territoire par l’aviation allemande, Franco a sauvé nos territoires africains et notre armée d’Afrique. Celle-là même qu’on retrouvera à Monte Cassino et lors du débarquement en Provence le 15 août 1944.

Que se serait-il passé si les troupes franquistes étaient entrées en guerre aux côtés de l’Allemagne nazie ? La deuxième guerre mondiale a fait 60 millions de morts. Rendons justice à Franco de ne pas avoir contribué à alourdir la facture ! Et ce, d’autant que ses troupes avaient une autre valeur guerrière que celles de Mussolini…

c)- Enfin, il est un autre épisode de la vie du Général Franco qui mérite d’être connu. Il concerne des Français (d’Algérie). Oran, deuxième ville d’Algérie, était alors habitée par une importante colonie de « Pieds noirs » d’origine espagnole. Au lendemain des Accords d’Evian, le 19 mars 1962, Oran a connu une vague de violences (et d’enlèvements) qui n’était, hélas, qu’un avant-goût des massacres du 5 juillet suivant ; massacres dont je parle dans un de mes livres (4).

Les 29 et 30 juin 1962, devant les menaces de tueries, Franco vint au secours des Oranais en affrétant deux bateaux, le « Victoria » et le « Virgen de Africa ». Pour pouvoir accoster à Oran, il fallut parlementer avec les autorités françaises réticentes. Franco choisit de donner à la France un ultimatum, frisant l’incident diplomatique. Le 30 juin, à 10h du matin, malgré l’opposition de De Gaulle, Franco donna l’ordre à ses capitaines d’embarquer les pauvres gens qui attendaient depuis des jours, sous un soleil de plomb, un embarquement.

Franco avertit De Gaulle qu’il était prêt, si besoin, à un affrontement militaire pour sauver ces pauvres « Pieds noirs » livrés, sans défense, à la barbarie du FLN. Puis il ordonna à son aviation et sa marine de guerre de faire route vers Oran. De Gaulle céda et le samedi 30 juin, à 13 h, les deux navires espagnols accostaient et embarquaient 2200 passagers dépourvus de tout.

Lors de l’embarquement, les capitaines espagnols s’opposèrent à l’intrusion d’une compagnie de CRS sur leur bateau (pourtant propriété de l’Espagne) dans le but de lister tous les passagers et d’arrêter si possible des membres de l’OAS. Finalement à 15h30, les quais d’Oran se vidèrent et les bateaux espagnols, en surcharge, prirent la mer à destination d’Alicante. A l’approche de la côte espagnole, une liesse générale s’empara des rapatriés qui crièrent « Viva Espagna ! » et « Viva Franco ! ». A la suite de cet épisode, de nombreux « Pieds noirs » choisiront de rester en Espagne.

Dois-je rappeler aussi que, durant la guerre d’Espagne, les attaques commises par les Républicains contre le clergé ont causé un émoi particulier dans ce pays fortement christianisé. Pour l’historien Guy Hermet (5), le massacre des prêtres espagnols représente « la plus grande hécatombe anticléricale avec celles de la France révolutionnaire puis du Mexique d’après 1911 ». Des groupes anarchistes s’en prennent à des prêtres et à des églises dès les premiers mois de la guerre civile.

L’historien britannique Antony Beevor (6) cite le chiffre de 13 évêques, 41 814 prêtres, 2 365 membres d’ordres divers et 283 religieuses, pour la plupart tués au cours de l’été 1936.

Des exactions sont commises en Aragon, en Catalogne et à Valence, où des églises sont incendiées et vandalisées. Des prêtres sont brûlés vifs dans leurs églises, et l’on signale des dizaines de cas de castration et d’éviscération. Les violences contre le clergé ont lieu à peu près partout.

Rapporté aux effectifs du clergé espagnol, le nombre de victimes représente 13 % des prêtres diocésains, 23 % des religieux et 3 à 4 % des religieuses. Ces pourcentages, qui comptabilisent l’ensemble du territoire espagnol, sont largement dépassés s’agissant de la seule zone « loyaliste » : les assassinats de prêtres concernent 87,8 % de ceux du diocèse de Barbastro et 63,5 % de ceux du diocèse de Lérida. D’autres diocèses perdent 30 à 50 % de leurs prêtres, parfois plus.

977 « martyrs de la guerre d’Espagne » ont été officiellement reconnus par le Vatican, et concernés par des procédures de béatification.

Mais la « terreur rouge » n’a pas concerné que des prêtres. Dans plusieurs grandes villes, où Socialistes et Communistes dominent, les partis et syndicats de gauche réquisitionnent des bâtiments et créent des « commissions d’enquêtes », connues sous le nom de « checas » (en référence à la tchéka soviétique) : des Franquistes, des partisans de l’insurrection nationaliste, sont traînés devant des « tribunaux populaires », quand ils ne sont pas abattus sommairement.

« Mieux vaut condamner cent innocents que d’absoudre un seul coupable », déclarait Dolorès Ibarruri, la « pasionaria » communiste espagnole. Des Monarchistes, des personnalités de droite, des officiers demeurés en zone républicaine sont tués sans jugement ou après des simulacres de procès : 1 500 officiers sont abattus sans jugement sur les arrières du front.

Dans la nuit du 22 au 23 août, une foule de miliciens prend d’assaut la prison Moledo : une quarantaine de prisonniers politiques, des notables de droite et d’anciens ministres, sont massacrés lors de « sacas de presos ».

Début novembre, à l’approche de la conquête de Madrid par les Franquistes, et tandis que le Communiste Santiago Carrillo est conseiller à la sécurité intérieure de la junte de défense madrilène, plusieurs milliers de détenus politiques sont fusillés lors du massacre de Paracuellos.

Cet épisode sordide mérite qu’on s’y attarde : le 7 novembre 1936, la guerre est aux portes de Madrid. Santiago Carrillo va planifier l’impensable : la liquidation en masse, sur une durée de deux mois, de tous les « suspects » emprisonnés à Madrid. Plusieurs dizaines de milliers d’Espagnols vont être arrachés à leurs cellules et dépouillés de leurs objets personnels : des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des prêtres, des intellectuels… Les prisons de Modelo, de Ventas, de Porlier, vont ainsi être « évacuées » selon la même procédure officielle.

On va lier les poignets des prisonniers avec du fil de fer. Les détenus, hommes, femmes et enfants, vont ensuite être embarqués dans les célèbres bus à impériale de Madrid. Destination : le village de Paracuellos. D’importantes fosses ont été préalablement creusées. Par groupe de 30, les détenus sont poussés au bord des fosses puis mitraillés par des volontaires. Au fond de la fosse, un milicien les achève d’un coup de révolver dans la nuque. Lorsqu’une fosse est pleine (environ 1500 corps), elle est recouverte de chaux. On parle de 11 000 corps de civils dans ces charniers…

D’autres villages vont connaître le même destin que Paracuellos : Bobadilla, Alarcon…etc…

Franco a sauvé le catholicisme en Espagne, et il a rétabli la monarchie, avec des méthodes certes brutales, mais plutôt moins que celle du camp républicain.

Le clergé progressiste espagnol ne s’indigne pas de l’exhumation du « Caudillo », pas plus, d’ailleurs que Juan-Carlos, ce roi qui ne règne plus mais qui vit encore. Mais il est vrai que Juan-Carlos, que l’on dit franc-maçon, a renié depuis longtemps le franquisme.

Pour ma part, je n’ai aucune attache espagnole, mais j’essaie d’avoir une certaine objectivité (ou, au moins, une honnêteté intellectuelle), aussi, pour conclure, je voudrais dire mon mépris pour ces Français souvent aisés – ancêtres de nos « bobos » – qui, du temps de Franco, rentraient bronzés de leurs vacances en Espagne et, à peine arrivés en France, décrivaient avec moult détails l’«enfer franquiste ». En 1975, année de la mort du « Caudillo », les mêmes applaudissaient la « libération » du Vietnam et du Cambodge. Puis, quelques années plus tard, pleurnichaient sur les « Boat people ».

J’aimerais bien qu’ils exigent l’exhumation de Staline, Mao-Zédong, Pol-Pot et de quelques autres salopards du même acabit.

  

Notes :

1)- Rebaptisée « Franciade » car cette époque folle avait AUSSI supprimé les noms de Saints !

2)- Si le débarquement à Alhucemas a été un succès, on le doit à Franco.

3)- « Un homme libre… » : Le Réac ; 2013.

4)- « Oran le 5 juillet 1962 (et quelques autres massacres oubliés) » : Edilivre ; 2017.

5)- « La Guerre d’Espagne », de Guy Hermet ; Seuil.

6)- « La Guerre d’Espagne », d’Antony Beevor ; Paris, Calmann-Lévy, 2006. Et « Antony Beevor, La Guerre d’Espagne », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 22 juin 2009.

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