La chronique “enseignement” d’Erick Cavaglia   

        La très attendue étude PISA (Program for International Student Assessment ou Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) a été publiée le 6 décembre. Cette enquête, établie en 2000, destinée à évaluer et comparer le niveau scolaire des élèves de 15 ans des pays membres de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique comprenant 34 États et de nombreux États partenaires), est devenue une référence pour jauger les systèmes éducatifs et leur évolution.

        Diligentée par les institutions libérales qui commandent les destinées des sociétés industrialisées développées, cette analyse peut susciter bien des réserves quant à sa fiabilité et sa représentativité. On pourra retenir le fait qu’elle compare des situations très contrastées tant d’un point de vue économique et social que culturel; ainsi Singapour, le meilleur élève de la classe, est un micro-état de 5,5 millions d’habitants.

        De même, les élèves français âgés de quinze ans peuvent suivre des parcours scolaires fort différents (3ème, Seconde générale, Seconde technologique ou professionnelle). Les attitudes et les mentalités face à l’apprentissage varient considérablement entre le Japon où le taux de suicides chez les jeunes est occasionné par les angoisses liées aux études, et la perte d’intérêt pour celles-ci d’une grande partie des élèves occidentaux et de leurs parents.

        D’une manière générale, les systèmes scolaires asiatiques qui apparaissent en tête de classement demeurent plus sélectifs, et les élèvent recourent plus souvent à des heures de soutien privées. Enfin l’étude PISA est diligentée par des experts en pédagogie, c’est-à-dire des technocrates de l’OCDE et de l’UE, qui imposent leurs critères sans concertation avec les principaux intéressés que sont les enseignants et les élèves. Par exemple, lors des évaluations, l’accent est mis sur l’acquisition de compétences au détriment des connaissances disciplinaires et la culture générale.

        Ces précautions une fois rappelées, ce qui ressort du dernier rapport est le classement très médiocre de notre pays: 26ème sur 70 en ce qui concerne l’apprentissage scientifique et 19ème pour la compréhension de l’écrit. Des résultats particulièrement décevants pour la 5ème (en réalité 8ème) puissance économique mondiale.

       En guise de consolation, l’étude précise que nous stagnons depuis 2006. Cela pourrait être plus grave ! Ces mauvais scores nous renvoient une fois de plus à la déliquescence programmée de notre système éducatif (instruction publique conviendrait mieux) que nos dirigeants politiques s’évertuent à nier, enfermés qu’ils sont dans le déni de réalité.

        Depuis la fin des années 70, les performances du système apparaissent contre-productives si l’on met dans la balance le nombre d’élèves quittant l’école sans diplôme et ceux qui décrochent en cours de route avec les sommes astronomiques injectées dans l’éducation dite nationale. Cela se traduit également par le manque d’intérêt relatif des jeunes Français pour les carrières scientifiques par rapport aux autres pays industrialisés.

        L’enquête révèle ce que toute personne confrontée au système scolaire peut observer: il devient de plus en plus inégalitaire, servant de marchepied aux enfants de l’oligarchie pour pérenniser la caste au pouvoir, offrant un enseignement au rabais aux autres. Les pays les plus performants du classement sont aussi ceux qui sont parvenus à réduire ces inégalités sociales en milieu scolaire (Canada, Estonie, Corée, Japon).

        Les populations immigrées s’en sortent moins bien chez nous qu’ailleurs. Cela peut surprendre lorsqu’on connait toutes les attentions gouvernementales dont elles bénéficient!Elles en finissent par devenir le référent en matière de niveau qu’elles tirent allègrement vers le bas, extrémité par laquelle se pratique le nivèlement généralisé actuel. Les ravages du diktat du pédagogisme au détriment de la transmission des savoirs sont régulièrement dénoncés par les enseignants, en vain.

        Autre information: la France a des enseignants dévalorisés par rapport aux autres pays développés. A Singapour, ils sont autant payés que des ingénieurs, en Allemagne et en Angleterre les salaires s’élèvent pratiquement au double de ce qui leur est versé en France!Comment s’étonner dans ces conditions que les étudiants les plus brillants se détournent du métier et que nous ayons un tel déficit de professeurs de mathématiques qu’il faille les faire venir de l’étranger.

        Les nombreux parents occidentaux, pour leur part, passent leur temps à fustiger l’institution devenue la plus grande halte-garderie du monde, mais ils sont souvent plus préoccupés à satisfaire les derniers caprices de leur progéniture plutôt que de susciter le gout de l’effort intellectuel.

        Autant de facteurs identifiés qui, s’ils ne trouvent de remèdes rapides, finiront par reléguer notre pays au rang de pays en voie de  développement comme l’atteste la dégringolade de nos universités dans le classement mondial.
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