management

Le billet de Guido La Meslée

        « Les jeunes français doivent avoir envie de devenir milliardaires ». Par cette formule, Emmanuel Macron exprime une véritable fascination pour les valeurs issues du monde de l’entreprise et ce, malgré sa culture classique et son apparente compréhension de la spécificité du politique.

        Avec cette petite phrase, c’est en réalité toute la présidence Macron, ce qu’elle représente et signifie comme rupture, qui est définie. Gouvernement des classes dominantes, gouvernement du fossé qui se creuse dans les classes populaires qui sont en sécession au sein de la République.

        Jamais cette rupture n’a été aussi grande. Même Adolphe Thiers, le grand persécuteur de la Commune, avait le soutien d’une partie du monde paysan. Macron, lui, n’a ni le monde rural, ni le monde ouvrier, ni le monde des petits employés. Ceux qui, selon les termes du Président, « ne sont rien » n’ont, aujourd’hui, aucun représentant capable de peser politiquement sur le cours des choses.

        Ils sont à la merci, par exemple, d’une Ministre du Travail, ancienne directrice des ressources humaines d’une multinationale de l’agroalimentaire, qui déclarait récemment: « Le Code du Travail n’est fait que pour embêter 95 % des entreprises », d’un Premier Ministre qui est l’ancien lobbyiste d’un géant français de l’énergie, d’un Secrétaire d’État à l’économie qui est l’ancien directeur des affaires publiques d’un leader mondial de l’immobilier commercial. Quelle place reste-il pour la politique dans un tel contexte ? Comment ne pas s’inquiéter d’une soumission totale ou partielle du monde politique au monde économique, là où c’est du contraire dont nous avons besoin ?

        En 1916, Carl Schmitt se désolait de « l’émergence  d’une société du commerce, de la technique et de l’organisation. En effet, l’entreprise semble être ce qui la caractérise : l’entreprise en tant que moyen extrêmement efficace en vue d’une fin lamentable ou absurde, priorité universelle du moyen sur la fin ». Dans cette société, écrit Carl Schmitt, « à la moindre défaillance, une analyse aussi sagace que rapide, ou une organisation appropriée, à tôt fait de remédier à ce dysfonctionnement ».

        Le parallèle avec la société rêvée des macronistes est saisissant. Les nouveaux députés “En Marche” ont-eux mêmes été recrutés par le biais d’un processus de recrutement identique à celui d’une entreprise : envoi d’un CV et d’une lettre de motivation, travail sur des cas une fois le premier « round » de recrutement passé; et la séance de formation aux us et coutumes de l’Assemblée nationale s’est également inspirée des séminaires de coaching des entreprises, sessions de « média training » (entraînement à la parole publique, très courant en entreprise) comprises.

        Le monde d’Emmanuel Macron, tout comme celui de l’entreprise, est divisé en deux catégories: Ceux qui sont efficaces et ceux qui ne le sont pas, ceux qui bénéficient de promotions et ceux qui sont laissés sur le côté, ceux qui gagnent et ceux qui perdent.

        Il y a la « gestion des ressources humaines » et la mise en place, par le management, d’une organisation faussement égalitaire et empathique qui, en réalité, introduit une couche supplémentaire d’inégalité et de hiérarchie à l’intérieur d’une société déjà minée par les injustices sociales.

        Le monde de l’entreprise n’est pas un monde d’épanouissement et de réussite, mais très souvent un monde de souffrance, de violence psychologique, au sein duquel la compétition des uns et des autres est organisée de telle sorte que le système non seulement se perpétue, mais se renforce.

        Dans ce monde, on parle de nouvelles frontières technologiques, d’innovation, de disruption, d’inclusion ou encore d’industrie du futur. On y communie dans une même foi dans la culture et les valeurs d’entreprise, dans l’individualisme, dans l’ouverture au monde, dans la technologie et la connexion permanente. Les modèles de cette bourgeoisie ne sont plus Jean Jaurès ou le Général de Gaulle, mais les patrons de Uber et de Facebook. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) pour nouvel horizon.

        Ses théoriciens sont des « coaches » en leadership comme Simon Sinek. Cette bourgeoisie n’à que faire de ces vieilles lunes que sont le sentiment patriotique ou la justice sociale. Les représentations de cette nouvelle classe dominante sont tout entières définies par les codes de l’entreprise et du management, codes qui sous couvert de tolérance et de modernité, sont profondément hiérarchiques et inégalitaires.

        Les Oligarchies comme Maîtres du monde.
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