Cesare Battisti

REGINALDO CASTRO/AFP

 

Le billet d’Elisabeth Amigue

 

Un juge de la Cour suprême brésilienne a ordonné jeudi l’arrestation « en vue d’une extradition » de l’ancien militant d’extrême gauche, l’italien Cesare Battisti, réclamé par la Justice de son pays après une condamnation par contumace en Italie pour quatre homicides.

 

Énième rebondissement donc dans l’affaire Battisti, le président brésilien Michel Tenner (encore en poste pour quelques jours) a signé le vendredi 14 décembre l’acte d’extradition de l’ancien militant italien d’extrême gauche. La veille, un juge de la Cour suprême avait ordonné l’arrestation de l’Italien de 63 ans, mais ce dernier avait abandonné son domicile.

Cesare Battisti, qui est donc recherché par les autorités locales, est réclamé par la justice italienne après une condamnation par contumace pour quatre homicides. Un mandat de détention préventive a été émis jeudi soir par le juge Luiz Fux, pour éviter « une quelconque tentative de fuite » face à une éventuelle extradition. « J’intime l’ordre, a écrit le juge dans une ordonnance, de placer en détention en vue d’une extradition le ressortissant italien Cesare Battisti ».

Paradoxalement, c’est ce même magistrat qui avait pris il y a un an une décision favorable à Cesare Battisti, empêchant toute extradition, avant que la Cour suprême ne statue sur son cas en séance plénière. Mais depuis, la situation politique du Brésil a changé, avec l’élection fin octobre à la présidence du candidat populiste Jair Bolsonaro, lequel prendra ses fonctions le 1er janvier. Ce dernier a réitéré à plusieurs reprises son intention de livrer à l’Italie celui qu’il qualifie de « terroriste ».

Cesare Battisti, qui a aujourd’hui 63 ans, a été condamné en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970. Il faut noter qu’il a été toujours constant dans sa défense, puisqu’il prétend contre toute évidence qu’il est totalement innocent des faits qui lui ont été reprochés.

Après s’être évadé de prison en 1981, il avait fui d’abord au Mexique, puis en France à partir de 1990, le président socialiste de l’époque, François Mitterrand, s’était en effet engagé à n’extrader aucun militant d’extrême gauche qui aurait renoncé à la lutte armée.

Mais son successeur Jacques Chirac n’étant pas aussi bien disposé, l’Italien avait rejoint le Brésil en 2004. Au terme d’un séjour en prison et d’un long processus judiciaire pour l’extrader, le président de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva (celui-là même qui purge aujourd’hui une peine de 12 ans d’emprisonnement, prononcée et alourdie en appel en ce début d’année 2018), avait refusé en 2010 de livrer le fugitif à l’Italie. Battisti y vivait libre depuis 2011.

La décision judiciaire de jeudi va dans le sens des promesses électorales du nouveau président Jair Bolsonaro, qui souhaite une extradition. « Nous montrerons au monde notre engagement dans la lutte contre le terrorisme », avait-il dit en octobre, critiquant un personnage « adoré par la gauche brésilienne ». Cette promesse avait été saluée par le ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini.

Déjà, en octobre 2017, sentant que sa situation était fragilisée, Battisti cherchait à quitter le pays où il avait obtenu l’asile ; l’ex-terroriste d’extrême gauche était interpellé à la frontière bolivienne par les douanes brésiliennes, transportant une quantité « significative » de devises étrangères. Immédiatement, l’Italie annonçait son intention de demander l’extradition de son ressortissant en fuite.

L’ancien membre du groupe des Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC) avait été condamné par contumace en Italie pour des crimes commis dans les années 1970. En détention, en France en 2004, il aurait reçu, en catimini, à la Prison de la santé la visite de François Hollande (Presse du 04/10/17).

 

Battisti débusqué par le Bloc Identitaire en 2004

 

Richard Roudier, co-fondateur du Bloc Identitaire se souvient de cet épisode : « en 2004 le gauchiste Cesare Battisti était traqué par les Identitaires. Ainsi le 29 août, dans un article intitulé « l’avant cavale », le Journal du Dimanche écrivait : « Selon des proches, Battisti craignait la pression du groupuscule d’extrême-droite Bloc Identitaire qui a collé des affiches au pied de son immeuble (à Paris) ; Il aurait reçu des menaces, craignait d’être harcelé dans la rue… » ;

Il le craignait, parce que cela venait de lui arriver, par un de ces coups de chance qui récompense parfois l’abnégation du militant.

En effet, Battisti venait d’être « logé » par l’identitaire Odile Bonnivard et son équipe parisienne lors d’un tractage devant une bouche de métro du quartier que l’on savait être, sans plus de précision, celui de l’italien… en passant devant les militants, un couple avait détourné la tête. A l’inspiration, Odile avait simplement questionné l’homme : « tu es Cesare Battisti ! C’est bien toi ? »

Fuite du terroriste, chouchou des bobos1, dans la bouche de métro, sa cavale recommençait…

Précisons au passage que la traque de Battisti allait jusqu’en Occitanie où, à Frontignan par exemple, les Identitaires, de ce qui allait devenir la Ligue du Midi, découragèrent sa participation traditionnelle au Festival du Roman Noir 2… afin que la vie de Battisti soit, elle aussi, un « roman noir » et un festival de fuites…

« Comptez sur nous ! », a encore lancé il y a quelques jours le nouveau président élu du Brésil à l’adresse du ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini. Cette déclaration ne devrait pas rassurer le fugitif dont les soutiens politiques de gauche et d’extrême gauche tombent les uns après les autres…

 

 

Notes :

1 – Lors de son arrestation en France, se forme alors un comité de soutien, constitué d’écrivains comme Fred Vargas, d’artistes dont Guy Bedos et Georges Moustaki et de personnalités politiques et publiques tels que Bertrand Delanoë ou l’Abbé Pierre.

2 – Cesare Battisti est l’auteur d’une quinzaine de romans principalement policiers, dont certains ont pour toile de fond, -tel que L’Onda Buena-, la vie des réfugiés italiens à Paris. Son récit autobiographique Ma Cavale a été préfacé par Bernard-Henri Lévy et postfacé par Fred Vargas.

Faites connaitre notre site, partagez !