Le billet de Jean Lacroix
Jadis les Hébreux attendaient le Messie. « Secundum Scripturas », les Prophètes Le leur avaient annoncé. Désormais nous attendons le fameux pic ; moderne oracle de Delphes, le « Comité scientifique » nous le promet. Or, nous connaissons par expérience la propension de cette instance savante à se tromper. Puisque pour la santé publique, notre salut, elle fait erreurs ou voltefaces nous ne la qualifierons pas, comme sous la Révolution ou à Alger, de Comité de salut public ?
Pour les Montpelliérains, le pic possède trois significations. C’est d’abord le Pic Saint Loup : la montagne sacrée du Clapas. A l’issue de la Création, selon Fréderic Mistral (lou Mestre (1)), Dieu se pencha satisfait de son œuvre, sur le golfe du Lion. Il s’appuya sur trois de ses doigts. Du majeur surgit le Mont Ventoux, du pouce le Canigou et de l’index le pic Saint Loup. Ces trois éminences nous font prendre conscience de l’Invisible. Voici pourquoi, depuis des temps immémoriaux, l’Homme répond à d’irrépressibles appels d’en Haut en y rendant des cultes. Mus par le même ressort, aux premiers jours de mai, mes camarades Parachutistes et Légionnaires vouent chaque année son sommet magique, au mythique sacrifice de Diên Biên Phù.
Evoquer « le pic » déconcerte les habitants de Montpellier. Ils convoquent alors deux frères, issus du peuple de la ville. Les généraux Louis et Joachim (2) Hippolyte Lepic. Ils reçurent leurs étoiles de l’Empereur qui de surcroît, les distingua Barons d’Empire. L’arc de Triomphe porte leur nom. Après Marengo et Austerlitz le premier s’illustra en chargeant héroïquement à Eylau. Admirable cavalier lui aussi, le deuxième fut entre autres, deux fois blessé au sabre ; Murat lui-même, lui donna ses trois barrettes à Wurtzbourg.
Lepic cette fratrie pour la Patrie en danger répondit présente à l’appel du Comité de Salut Public.
Ces généraux montpelliérains nous évoquent à regret Waterloo, où la défaite hélas nous confina, au sens étymologique, dans nos frontières d’avant 1789 : ça vire au logis.
Relevons que le sémillant virologue Didier Raoult se rendit également célèbre par ses travaux sur le charnier de Vilnius. Il démontra aux historiens pantois, que durant la sinistre retraite de Russie, lorsque « pour la première fois l’Aigle baissait la tête » une épidémie de typhus fit dans la Grande Armée, bien plus de ravages que le froid, le canon ou les bales.
Enfin dans la « morne plaine », pendant que la Vieille Garde entrait dans la mitraille anglaise, imaginons le corona virus. Epuisé un Royal Scottish ou un Highlander aurait pu dire « Sorry but I’m afraid : je crains que mes anticorps ne m’usent. »
Nos frères latins d’Italie attendent eux aussi le pic. Au moins bénéficièrent- ils à la Renaissance de celui de la Mirandole. Il possédait lui, tout le savoir de son époque.
On nous dit que le virus entraîne un manque de curare. Mon âge voit un pléonasme dans ce constat navrant. En effet, à plus de 70 berges, le cul est plutôt rarissime.
Pourvu que le pic tombe à pic !
Notes :
(1) Avec la graphie mistralienne
(2) Prononcer Joachin che, à la française et non Joackim ck, comme une mode étrangère nous l’impose
