
Le billet de Robert Langlois :
à la mémoire de feu mon oncle Urbain DESPIAU, consacré meilleur éleveur de foies gras du Gers de son temps, et à celle de tous les disparus de ma famille qui auront eu la chance de ne pas voir cette misère.
2017, 1 millions de canards abattus d’ici au 20 janvier :
1 million de palmipèdes gras sont en ce moment abattus dans 150 communes des départements du Gers, des Landes, des Pyrénées Atlantiques et des Hautes-Pyrénées.Commencé ce jeudi, l’abattage ‘’préventif’’ durera jusqu’au 20 janvier. Seuls sont concernés les palmipèdes élevés à l’air libre et prêts-à-gaver (âgés de 3 à 13 semaines). Ceux élevés en bâtiments industriels fermés ainsi que les poules et autres gallinacés ne sont pas visés par cette mesure. Tout comme les élevages assurant l’intégralité du cycle de production, de la naissance des canetons à la transformation des produits qui sont également épargnés. (chair à pâtée, foie gras, confits et autres produits mis en conserve).
Décryptage :
Remarque : le virus H5N8 influenza de 2017 n’est pas transmissible à l’homme
Pourtant, en Europe, seule la France a décidé de procéder à l’abattage ‘’préventif’’ de tous les palmipèdes élevés en plein air et eux seuls ; y compris les sujets sains. Aucun abattage ailleurs en Europe. La Hongrie et la Bulgarie produisent pourtant 2 500 et 2 700 tonnes de foies gras par an. La Hongrie possède désormais le quasi monopole du foie d’oie qui est le plus noble, celui qui se vend le plus cher, mais qui ne peut plus être produit en France pour des questions de coût de main d’œuvre, de normes et autres entraves administratives.
L’essentiel de la production de Volex, l’un des plus gros fabricants bulgares de foie gras, partira vers la France. Les grossistes français du produit star des fêtes de fin d’année se sont tournés depuis longtemps vers les éleveurs de canards de ces deux pays d’Europe centrale pour alimenter le marché en foie gras à bas coût. Par conséquent, surtout pas d’abattage massif ni en Hongrie ni en Bulgarie ; pays où on peut continuer à produire sans aucune restriction, à moindre coût, malgré la présence de nombreux foyers d’infection.
Autre curiosité : faute de moyens en Hongrie et en Bulgarie, les palmipèdes ont toujours été gavés en cages collectives ce qui nécessite moins d’investissement mais demande beaucoup plus de main d’œuvre. A l’inverse en France, pour réduire le poids de la main d’œuvre, les producteurs ont investi dans des cages individuelles rendant le gavage plus facile et moins demandeur de main d’œuvre. Aubaine pour les Hongrois et les Bulgares: un règlement européen sur le bien-être animal a interdit depuis fin 2015 les cages individuelles. C’est la chance du « pauvre », sourit-on chez Volex l’industriel Bulgare. Après avoir dû investir dans des cages de gavage individuelles, les éleveurs Français n’ont plus eu qu’à les porter à la décharge. Après avoir dû investir en pure perte, les voilà maintenant contraints de travailler dans les mêmes conditions de main d’œuvre que les Hongrois et les Bulgares, mais pas au même coût horaire bien sûr.
2016 : 5 mois d’interdiction d’élever des canards :
Déjà en 2016 la filière avait été très durement touchée par l’interdiction d’élever et de gaver des palmipèdes pendant près de cinq mois. La filière foie gras du Sud-Ouest avait connu une crise sans précédent. En France, 18 départements avaient été touchés. Remarque : le virus H5N9 de 2016 n’était pas non plus transmissible à l’homme.
En 2016, l’option avait été celle du ‘’vide sanitaire’’ et non pas comme cette année celle de l’abattage puis du vide sanitaire. Le ‘’vide sanitaire’’ est l’arrêt d’exploitation pendant 5 mois, il a entraîné la disparition d’un grand nombre d’exploitations familiales. Le ‘’vide sanitaire’’ de 2016 avait amputé la production annuelle française de 30% soit environ 12 millions de canards. Selon le CIFOG (organisme regroupant les acteurs de la filière), le manque à gagner pour la filière dans son ensemble a avoisiné les 350 millions d’euros sur l’année. Cette perte a été subie en très grande majorité par les exploitations familiales ne disposant pas des installations nécessaires au confinement du cheptel. La majorité de ceux qui élevaient en plein air ont été condamnés à disparaître en 2016. En 2017, on finit désormais de liquider ceux qui ont survécu à l’épuration de 2016.
Aucun chiffre n’a été communiqué sur le nombre d’exploitation fermières qui ont disparu en 2016 suite à cette crise. Le chiffre est manifestement tenu secret par le gouvernement aussi bien que par les organisations syndicales et professionnelles. Néanmoins, dans les campagnes les fermetures d’exploitations ont été nombreuses avec les drames humains qu’elles ont entrainés. Le nombre des suicides n’est pas connu. l’état de sidération actuel des paysans touchés par l’abattage massif n’est pas étranger à l’état de stress qu’ils ont déjà subi en 2016. Sévèrement touchés en 2016, ils n’ont plus aucun ressort pour se défendre, ils sont lessivés et sans défense.
Le risque sanitaire concentré sur les élevages industriels :
Je résume ici la position de Docteur Jean-Louis THILLIER, (médecin, consultant indépendant), exprimée dans un article paru dans le N°143 de JANVIER 2016 de la revue Agriculture et Environnement. Voici en gros ce qu’il nous dit et que tout observateur attentif de la nature trouvera frappé du coin du bon sens : Il est prouvé qu’un virus aviaire faiblement pathogène devient rapidement mortel lorsqu’il atteint des zones de production avicole propices à sa multiplication, c’est-à-dire lorsqu’il infecte des élevages industriels.
Trois éléments expliquent pourquoi les formes hautement pathogènes du virus influenza aviaire apparaissent seulement dans les élevages industriels.
Premier élément, le drift. Il existe un responsable de l’augmentation de la virulence d’un virus qui est appelé « dérive antigénique » ou « drift ». Pour qu’il se produise, il faut que la reproduction du virus se fasse dans un univers confiné (dans le même lieu) tel un élevage industriel pour avoir un nombre important de cycles viraux afin d’accumuler les «erreurs» et additionner toutes les mutations favorables pour obtenir un virus « tueur ». De plus, la très grande promiscuité des animaux dans ce type d’élevage favorise grandement la transmission du virus entre individus qui y sont très nombreux.
Deuxième élément, le mode d’élevage très stressant des élevages industriels. Outre la poignée de grain qu’on lui donnait, pour s’alimenter, une volaille de basse cour devait se débrouiller. En parcourant de grands espaces, elle trouvait d’abord la verdure, de multiples insectes, des vers de terre, des limaces et escargots, des petits serpents et têtards qui complétaient son menu ; bref, une très grande diversité alimentaire et une quête incessante qui la fortifiait. Par contre, en élevage industriel, l’alimentation ne présente aucune diversité ce qui augmente les conditions de stress. Pareillement, le chauffage et la lumière artificielle, le stress de naissance en batterie, avec le sexage, le transfert d’un élevage à l’autre, la présence massive d’antibiotiques ; tous ces éléments sont des facteurs qui réduisent la résistance de la volaille élevée en batterie.
Troisième élément, l’homogénéisation génétique. Les volailles de batterie sont sélectionnées pour produire de la viande sur un cycle de production réduit au minimum: productivité, rendement et profit obligent. Les élevages industriels utilisent donc des volailles issues de reproducteurs sélectionnés ayant subi une érosion génétique et ayant une quasi-uniformité génétique. Rappelons que les volailles d’élevages sont, à l’échelle mondiale, majoritairement issues d’une poignée de souches génétiques (quelques fournisseurs de reproducteurs se partagent le marché industriel mondial). Cette forte homogénéisation génétique rend les volailles plus fragiles.
Les animaux élevés en batterie, dans la promiscuité, avec une très forte concentration, des défenses réduites, une génétique uniforme sont beaucoup moins résistants que des volailles traditionnelles ayant vécu une vie ‘’normale’’. Les canards élevés dans des bâtiments confinés sont beaucoup plus redevables au virus que ceux élevés en plein air. On s’en doutait, mais dit par un scientifique indépendant c’est encore plus vrai. Tous les aviculteurs le savent, il n’y a pas un paysan sérieux qui puisse dire le contraire.
Bref, ce sont les élevages en batterie dans des bâtiments confinés qui sont les plus vulnérables aux épizootie et c’est toujours de là qu’elles partent. Pourtant, à l’inverse de toute logique, ce sont les animaux élevés en plein air et donc plus résistants que l’on abat aujourd’hui en France.
Le CIFOG à la manœuvre avec le gouvernement pour ruiner les producteurs traditionnels :
On écoutera avec attention les explication hallucinantes de Marie-pierre PÉ, présidente du CIFOG lors de sa récente interview à l’émission RTL MIDI.Tout à fait en conformité avec la doctrine de l’État, elle est la pour passer les anesthésiques et valider auprès de l’opinion publique. Remarquer l’échange avec la journaliste Christelle REBIÈRE à partir de la minute 3 et la réaction éberluée du journaliste Vincent PARIZOT qui n’en croit pas ses oreilles.
Vincent PARIZOT : cette viande est dangereuse à la consommation ?
Marie Pierre PÉ : NON, ELLE NE L’EST PAS, c’est le processus, c’est la réglementation sanitaire. C’est que dès lors qu’on fait un abattage sanitaire, les sous-produits ne peuvent pas aller dans des circuits de valorisation qui pourraient être l’alimentation animale par exemple.
Remarque : le virus H5N8 influenza de 2017 n’est pas transmissible à l’homme.
Le reste est du même bois: on découvre qu’après l’abattage du cheptel il faudra tout désinfecter, évacuer les lisiers, tout décontaminer et qu’il y aura de nouveau une période de ‘’vide sanitaire’’ d’au moins 2 à 3 mois. C’est à dire une interdiction de remettre l’élevage en production pour une période indéterminée. En réalité très probablement 5 mois comme en 2016.
– l’Association Inter-régionale des Artisans Conserveurs du grand Sud-Ouest.
Bref, un organisme officiel dominé par les industriels et les gros de la filière. On comprend tout à fait dans ces conditions qu’il soit allié au gouvernement pour faire disparaître ce qu’il reste d’éleveurs traditionnels dans le Sud-Ouest. Car tout cela est raisonné et voulu, tout doit aller aux gros qui sont les seuls appelés à survivre … pour combien de temps ?
Les chambres d’agriculture des départements concernés aux abonnés absents :
À notre connaissance aucune action ni réaction de la part de ces organismes dont c’est pourtant le rôle institutionnel que de défendre les intérêts de la paysannerie. Les syndicats paysans absents, récupération politicienne par le député Philippe MARTIN. On a pu voir en fin de semaine dernière la triste manifestation d’une poignée d’éleveurs devant la préfecture du Gers à AUCH. Triste combat, ces malheureux ne sont même pas représentés par les syndicats agricoles nationaux. Aucune banderole, aucune organisation structurée, rien. Personne pour les défendre. C’est à pleurer.
On ne peut que constater la faillite du syndicalisme agricole totalement absent. On ne peut que constater l’état de soumission de ces malheureux, en état de sidération totale, incapables de se rebeller, bien gentils, bien polis, demandant le chapeau à la main qu’on les indemnise alors qu’on est en train de les faire crever. On remarquera la misérable récupération politicienne par le député du Gers Philippe MARTIN, juste présent là pour assurer le service minimum. Pathétique personnage qui fut ministre de l’écologie de juillet 2013 à mars 2014. Politicard, ancien Préfet du Gers, maintenant député du Gers. Toutefois, Philippe MARTIN s’est réservé le droit de porter plainte contre X pour atteinte à l’image de son département … Ses électeurs ne sont pas les paysans, il n’y en a plus ; mais les assistés qu’on a perfusés et laissé proliférer dans ce pauvre département en ruine.
La confédération paysanne hors sol :
Il faut lire le très triste communiqué de ce syndicat paysan, complètement dans le discours main-stream, juste bon à demander des indemnités, incapable de placer cet épisode dans le contexte de la mondialisation et de la destruction de la paysannerie traditionnelle.
La coordination rurale du Lot et Garonne et la Chambre d’agriculture du Lot et Garonne seules sur le terrain judiciaire :
Patrick Franken, président de la Coordination Rurale, et Serge Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d’agriculture, ont déposé plainte contre X pour escroquerie et tromperie sur la marchandise ainsi que pour manquement à l’obligation de prudence et de sécurité. Un acte de négligence lors d’un transport serait à l’origine de cas détectés notamment en Lot-et-Garonne, jusque là déclaré indemne. Bravo à eux. Où sont les autres ?
Un acte de négligence à l’origine de la catastrophe :
Il semble bien que malgré ses dénégations, la coopérative VIVADOUR soit en cause. Il semble bien que tout soit parti d’un transport de canards “prêts à gaver” partis de l’élevage d’un coopérateur de VIVADOUR (éleveurs de canetons ) situé à ALMEYRAC dans le Tarn. Ainsi, Le 30 novembre, une production sous suspicion a été amenée par camion dans trois élevages du Gers, un du Lot-et-Garonne et un des Hautes-Pyrénées. Cette production a été faite à 500 mètres d’un élevage qui depuis le 27 novembre connaissait une mortalité ravageante. Comment donc, le simple principe de précaution n’a pas pu conduire à maintenir sur place cette production ? Tout se serait passé sous le contrôle et les ordres de la coopérative VIVADOUR leadeur de la filière dans le Sud-Ouest.
Simple et de bon goût, rien à dire… la procédure, toute la procédure, rien que la procédure…
Curieusement, le Conseil d’Administration de VIVADOUR, réuni le 2 janvier 2017 a élu Jean-Marc GASSIOT-BITALIS à la Présidence du Groupe Coopératif VIVADOUR en remplacement de Christophe TERRAIN. Étonnant, non ? On n’imaginera bien sûr aucune connexion entre la ruine en cours des dernières exploitations fermières du Sud-Ouest et le malheureux concours de circonstances du transport de canetons infectés par la coopérative VIVADOUR. On n’ira pas non plus se demander si une quelconque circonstance exceptionnelle aurait pu justifier le brusque remplacement du président de VIVADOUR au début de cette année.
On n’ira pas non plus se demander pourquoi seuls les élevages de plein air (ceux des petits) sont concernés par l’abattage de masse ni pourquoi même les sujets sains sont abattus.On ne cherchera pas non plus à comprendre pourquoi on abat 1 million de canards et que l’on prévoit de nouveau plusieurs mois de ‘’vide sanitaire’’, alors que le virus n’est pas transmissible à l’homme ; ni pourquoi on avait amputé la production française de 12 millions de têtes en 2016.
On ne se demandera pas non plus pourquoi, les élevages en batteries confinées (ceux des gros) sont épargnés alors qu’ils sont les plus redevables aux épizooties et que c’est de là qu’elles partent et que celle-ci en est partie. On ne se posera pas non plus la question de savoir pourquoi la France est la seule à détruire 1 millions de canards alors que de nombreux foyers d’infections sont déclarés en Hongrie et Bulgarie où la production se poursuit en toute quiétude et que ces produits seront au final importés en France.
On n’ira pas non plus chercher à savoir pourquoi les autres volailles poules et autres gallinacés sont épargnées partout en Europe alors que les foyers d’infection sont partout. On ne se demandera pas non plus pourquoi les syndicats agricoles et la plupart des chambres d’agricultures concernées sont aux abonnés absents.
On ne se posera aucune question sur le rôle du CIFOG qui trouve plus facile d’appliquer la réglementation plutôt que de la faire évoluer. On n’ira surtout pas imaginer que le CIFOG ait été pour quoi que ce soit dans l’élaboration de la règlementation actuelle qui est faite exclusivement en faveur des gros acteurs de la filière. Non, on ne se le demandera pas car il n’y a aucune raison de le penser. On n’ira chercher aucun rapprochement entre la dévitalisation de la filière porcine en Bretagne et la ruine du petit élevage avicole dans le Sud Ouest. Il n’y en a pas vous dit-on !!!
On n’ira pas non plus chercher une quelconque relation entre cette affaire et celle de la viande de cheval en provenance de Roumanie retrouvée dans les produits de la firme SPANGHERO gérée par la coopérative agro-alimentaire LUR-BERI. Il n’y en a aucune.
On ne se demandera pas non plus pourquoi on ne savait plus où mettre la viande de cheval quand la Roumanie a décidé en 2008 d’interdire la circulation hippomobile et qu’on a brutalement abattu tous les chevaux de ce pays en quelques mois.
On n’ira pas non plus jusqu’à imaginer que l’interdiction de la circulation hippomobile en Roumanie ait eu pour seul but de fournir du ‘’minerai’’ en quantité industrielle aux acteurs de la filière agro-alimentaire en Europe. Non, on n’y pensera même pas… Ça n’a rien à voir, rien du tout.
