Le billet “santé” de José ALTEMIR

 

       Au travers des questions de santé est évoquée la notion fondamentale de solidarité à l’origine du principe de redistribution. Telle se définit la logique de l’organisation sociale, le modèle politique et administratif. Si redistribution systématique il y a, si la solidarité est légitime cela signifie expressément que ceux qui ont (ou ont plus), ont une dette à l’endroit de ceux qui n’ont pas (ou ont moins). Si un tel principe est retenu, ce qui est le cas depuis quelques décennies (1)  toute limite à la re-distribution (la limite nationale, les frontières etc) devient aléatoire et discutable.

        La question de la santé considérée désormais comme un droit de l’homme (avec le droit au travail, à l’enfant…) est donc une question clef et clivante (comme on dit aujourd’hui) du débat politique. Aussi la voit-on dans les meetings et les médias, sur les réseaux sociaux s’immiscer dans la course à l’Élysée. Perçue ordinairement comme trop technique et trop obscure, cette question a toujours été escamotée… jusqu’à ce que le programme de François Fillon jugé trop radical jette le trouble et nourrisse un débat inédit qui rejaillira sur toutes les questions sociales (RSA, Allocations diverses…).

        Le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, s’est écrié “Merci Fillon, Merci Touraine ”devant la polémique sur le ‘’reste à charge‘’ (la somme incombant au patient-assuré). Cette même mutualité vient de lancer un site participatif PlacedelaSante.fr pour ‘’décrypter les programmes’’ des candidats à l’Elysée. Thierry Pech, directeur général du Think Tank (socialiste) Terra Nova se réjouit du débat et avance comme une certitude que ‘’les français ne veulent pas qu’on renverse la table’’.

        La Fondation Jean Jaurès en la personne de Gilles Finchelstein explique que ‘’les thématiques d’identité ont souvent recouvert les questions sociales et de santé… mais que ces dernières n’avaient pas disparu’’. Odoxa dans un sondage affirme que pour 55% des français les propositions en matière de santé seraient ‘’susceptibles d’avoir un impact sur leur choix au moment du vote’’. Le 12 décembre, le syndicat de l’industrie pharmaceutique a présenté sa plateforme politique (dénoncée par les gauchistes de Médecins du Monde comme il se doit pour son caractère libéral), la Fédération hospitalière de France s’affichera fin janvier et tous les syndicats médicaux et associations de patients sont sur les dents.

        Du programme de F. Fillon nous avons déjà parlé et il est probable qu’il ne sera guère modifié malgré les nuances (politiques) apportées par son porte-parole le Professeur Stoppa-Lyonnet aux Echos, évoquant une remise sur le métier des mesures. Les adversaires y voient la pâte d’Henri de Castries, l’ancien PDG d’Axa mais veulent ignorer les contributions de l’UFML (Union Française pour une Médecine Libre – dont le président a récemment encore été reçu par Fillon) et le soutien de SML (Syndicat des Médecins Libéraux), deux des plus importants syndicats médicaux désormais. Il convient de rappeler que l’une des mesures du candidat, la suppression de 500 000 fonctionnaires, a directement à voir avec les questions de santé : fermeture des petites structures non opérationnelles, retour aux 39h…, allègement des structures medico-sociales (ce volet étant encore non défini du fait de la dévolution aux départements de nombre de ces attributions).

        Parmi ses adversaires, ignorons pour l’instant les pantins socialistes qui dans l’ensemble restent fidèles aux mesures de MST (Touraine) qui entrent en vigueur au 1er janvier 2016 (tiers payant généralisé etc.). Trois programmes méritent d’être évoqués :

        – Emmanuel Macron dont le père est PU-PH (Médecin hospitalier), la mère médecin-conseil à la SS, un frère radiologue et une sœur néphrologue, se propose de conjuguer le ‘’maintien d’un haut niveau de solidarité pour les dépenses de santé’’ et des ‘’économies franches’’ tout en “respectant le capital humain’’. En somme il propose de développer une politique de prévention incitative et de combattre les inégalités de santé. Du bla-bla sans consistance et, en l’état, sans visibilité programmatique aucune.

        – Jean-Luc Melanchon propose le ‘’tout sécu” au nom de la France insoumise. Contre la supposée ‘’guerre sociale’’ préparée par Fillon, il prône l’universalisation de la Sécu où chacun donne selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Nous, on voudrait que cela soit pour tout. Traduction : ‘’remboursement à 100% des soins de santé prescrits dont les appareils dentaires, optiques et auditifs’’, multiplication des centres de santé pratiquant le tiers-payant, abolition des dépassements d’honoraires et création d’un corps de généralistes fonctionnaires rémunérés pendant leurs études…. C’est-à-dire : exit la responsabilité individuelle et bienvenue en Corée du Nord.

        – Marine Le Pen et son collectif ‘’Usagers de la santé” jugent ‘’catastrophique’’ le programme de Fillon car il ‘’privatise la santé’’ en confiant une large part des risques aux mutuelles. Elle propose un renforcement de l’intervention de l’état (et donc le refus de toute suppression de postes de fonctionnaires) et s’oppose à toute austérité budgétaire. Elle propose certes la suppression de l’Aide Médicale d’État (AME)….mais son remplacement par une aide appliquée en cas d’urgence vitale ou de risque sanitaire. Et elle propose créer un cinquième risque attaché à la notion de dépendance (sic !). Le programme officiel n’étant pas encore rendu public, seul l’aspect étatique du programme ressort en l’état.

        En tout état de cause ainsi que nous le disions au début de cet article, deux lignes se définissent. L’une en appelle à la responsabilité individuelle de chacun, l’autre à l’assistanat étatique contrôlé. Au-delà des apparences, pour nous identitaires qui n’avons pour les politiques et leurs agents médiatiques que méfiance et suspicion, une réflexion s’impose. La volonté du capital financier mondialiste est l’asservissement des hommes, des peuples et l’uniformisation d’un monde réduit à des consommateurs anonymes de marchandises indifférenciées. Au-delà se profile la mise en œuvre de la thèse développée (entre autres) par Zbiniew Brzezinski sur les Inutiles : ceux qui produisent (utiles) et ceux qui reçoivent (inutiles), d’ailleurs interchangeables à l’occasion.

        Se battre contre l’assistanat, résister à la soumission est un moment du combat pour l’homme identitaire et contre le meilleur des mondes.

        De quelque drapeau (tricolore ou rouge sang) qu’il se revête et quelque bonne volonté qui le pare l’assistanat est notre ennemi et la responsabilité notre alliée (2)

1 : On peut légitimement considérer que le principe d’égalité promu par la révolution de 1789 initialise le processus dont nous évoquerons plus loin l’aboutissement.              

2 : Il y aura lieu par ailleurs de se pencher sur la notion de revenu universel concomitante de celle d’ « inutile » très débattue dans certains milieux et qui postule l’octroi dès la naissance d’une somme enrichie par les gains du travail éventuel. Babeuf fût le premier à l’évoquer, Friedman l’un des plus récents, du père du communisme au papy du libéralisme décomplexé, il n’y avait que deux siècles.       

 

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