Le billet de Marc Page
Depuis quelques jours on assiste à un déferlement d’interventions médiatiques. Le déconfinement général approchant, les « décideurs » déploient un plan de communication propre à nous convaincre de l’avenir fleuri qui nous attend, et en même temps nous mettent en garde contre un optimisme excessif.
Dimanche 19 avril, journée du gouvernement :
un dimanche à 17H30, notre premier ministre entouré d’un aréopage de « sachants » nous abreuve de « power point » du niveau de l’oral de fin d’année d’une école de commerce de seconde zone. Souriez braves gens, tout va bien, nous veillons sur vous ; non seulement le 11 mai on vous libère de vos cages mais nous prendrons soin de vous. Grâce au tracking, vous serez suivis pas à pas.
Certes nous avons 20.000 morts mais 20 de moins qu’hier. Quel exploit. On se prend de pitié pour ce malheureux qui, depuis 6 semaines, court après des masques, des tests, des solutions savonneuses et qui ne sait plus quel mensonge inventer pour couvrir l’impéritie de son président et de son gouvernement.
Lundi 20 avril journée de l’industrie,
de la santé, point stratégique de l’inquiétude. Dans la même journée, matin, midi et soir, pas moins de 3 passages radio/TV pour le DG de SANOFI. Chaque fois le même message. Les usines de SANOFI tournent à plein régime, ses médicaments sont bien fabriqués sur notre territoire (sauf que les principes actifs viennent de Chine et d’Inde). Et surtout, toute la production sera relocalisée en Europe (et pas spécialement en France).
Par ailleurs il finance une start-up californienne (?) qui met au point un test de dépistage adaptable sur nos smartphones (??). De vrais avions renifleurs (les plus anciens parmi nous comprendront). Extase du journaliste. Au fait un détail, ce test ne sera prêt que dans plusieurs mois. Combien de morts d’ici là ?
Mardi 21 avril, c’est le tour de l’Union européenne :
Enfin on a des chiffres. Sur RMC, le chroniqueur habituel, J-J Bourdin, reçoit THIERRY BRETON, commissaire européen, pour parler de l’Europe de l’après confinement. A côté des questions débiles du journaliste (pourra t on partir en vacances en Espagne cet été ?), les analyses du commissaire étaient très intéressantes.
Et ceux qui croient qu’un monde nouveau s’ouvre à nous devraient déchanter. Cette pandémie a certes tué un grand nombre de personnes principalement dans les pays les plus arriérés économiquement de l’Europe (France notamment), mais provoque un séisme économique inégalé dont l’ampleur dépassera de beaucoup, les dégâts sanitaires engendrés par la pandémie.
L’Union européenne a sa stratégie pour surmonter la crise économique qui va avoir lieu. Le commissaire nous l’expose :
1/ Choc financier :
l’économie mondiale est à l’agonie. Plus de production, plus de consommation, 60 millions de chômeurs attendus en U.E. Tous les pays de la planète sont atteints.
Chaque pays devra consacrer 10% de son PIB à la reconstruction de son économie. Au niveau européen, il évalue le besoin de financement global à 1.600 milliards d’euros.
Comment va t on financer ces sommes ? Par l’emprunt parait-il. Où sont les prêteurs ? Tous les pays sont ruinés. Euros bonds, mutualisation des dettes ? Qui va convaincre l’Allemagne, les Pays Bas…? On aura donc recours à la planche à billets comme au bon vieux temps et avec les effets pervers habituels. Et puis les contribuables sont là, généreux, solidaires, reconnaissants. 0n les ponctionnera : impôts, prélèvements sur les dépôts bancaires, ISF restauré…la palette est variée.
Faisons confiance à Bercy pour imaginer de nouvelles taxes ou en restaurer des anciennes (vignette auto, impôts sur les portes et fenêtres, et pourquoi pas la gabelle…)
2/ Stratégie économique :
le but est de relocaliser en Europe les outils de production industrielle. La stratégie repose sur une sectorisation des activités, ce qu’il appelle des écosystèmes : écosystème automobile, écosystème santé, écosystème tourisme et hôtellerie. Pour chacun d’eux, il identifie le potentiel industriel existant en Europe et estime la nature et les besoins d’investissements complémentaires. Il confirme que l’hôtellerie/tourisme est un écosystème moribond qui nécessite un plan Marshall.
Ce qui signifie que, loin d’envisager des développements par pays, ce qui les rendrait chacun relativement autonome, l’U.E., fidèle à sa philosophie, planifie un développement au niveau européen. On est donc loin du rêve souverainiste, de la résurrection des nations et du retour aux frontières nationales. On assistera bien à un renforcement de l’Union européenne qui verra ses champs d’action élargis, un élargissement de ses compétences, un renforcement de l’intégration et un nouveau transfert de souveraineté des nations vers le fédéralisme européen.
3/ Politique :
Cette semaine se tient un sommet européen qui va examiner la situation tant sanitaire qu’économique. Parmi les questions qui seront abordées, T. Breton a livré ses options :
– le tracking : pas question, c’est un NON fondamental. C’est contraire aux valeurs de l’Europe et tout juste bon pour des pays asiatiques à la démocratie chancelante. Plutôt mourir dans un EPHAD.
– le populisme : l’abomination de la désolation, c’est pire que le Codiv-19. D’ailleurs il faut remettre au pas la Hongrie, ce chancre de l’Europe.
– la dette africaine : il faut aider financièrement les pays les plus nécessiteux. Peut-être la France pourra en bénéficier puisqu’elle fait désormais partie du tiers-monde.
– les frontières : Intérieures, elles doivent s’ouvrir au plus vite. Extérieures elles resteront fermées encore quelques temps mais ouvriront bientôt (le journaliste soupire, il pourra passer ses vacances en Espagne, Ouf).
– l’immigration : les frontières européennes restent ouvertes aux « réfugiés ». La répartition des migrants dans les différents pays de l’UE se poursuit, la France va en recevoir quelques centaines dans les prochaines semaines, et la Hongrie vient d’être condamnée pour avoir refusé cet accueil
Que retenir de ce déluge d’interventions
L’Union européenne ressortira renforcée de cette catastrophe.
Pour la France, notre président est tout à fait en phase avec cette stratégie et pousse à plus d’Europe. Certes il appelle les citoyens « à faire Nation » (comme les enfants « font pot-pot »), mais en privilégiant le développement de l’Europe mercantile dans son économie et progressiste dans sa philosophie.
Quelles perspectives ?
Nous sommes submergés par une classe politico/médiatiques inébranlable et indétrônable pour l’instant.
Le mieux serait la dissolution de l’assemblée nationale. Ce qui aurait le mérite de nous donner accès aux médias et la possibilité de renforcer notre présence au parlement.
A défaut, un changement de gouvernement. On parle en ce moment de cette possibilité avec l’arrivée de VALLS, DSK, BARNIER l’ineffable et autres rossinantes ayant fait, dans des mandats précédents, la preuve de leur soumission à l’idéologie dominante. Un tel attelage rendrait possible, sinon probable, l’échec de Macron à la prochaine présidentielle.
