Procès AZF : après 15 ans de procédures, on recommence tout à PARIS

Le billet de Robert Langlois

        Il y a 15 ans, le 21 septembre 2001, à 10h17, l’usine AZF de Toulouse explosait. L’une des plus grandes catastrophes industrielles de tous les temps venait de frapper la ville entraînant la mort de 31 personnes, faisant 2 500 blessés et de lourds dégâts matériels donnant lieu à 80 000 dossiers d’indemnisation. Chaque Toulousain se souvient exactement de l’endroit où il était à cette heure précise, personne n’oubliera jamais. AZF est désormais inscrite à jamais dans l’identité toulousaine. Cette catastrophe a créé un lien charnel très fort entre nous tous et fait désormais partie de notre identité.

Black out sur la ville, l’hypothèse de l’attentat immédiatement écartée

        En dépit d’indices troublants, la piste islamiste n’a été suivie que quelques jours. Les recherches menées par une équipe de la police judiciaire de Toulouse et par les Renseignements généraux ont été interrompues sur ordre de leur hiérarchie dix jours après les faits. La perquisition effectuée au domicile du principal suspect – un ouvrier intérimaire retrouvé mort près du cratère de l’explosion dans une tenue qui évoque certains kamikazes islamistes – ne fut menée qu’après que l’appartement eut été vidé de tous les effets personnels ayant appartenu au défunt. Ses communications téléphoniques n’ont pas été étudiées en détail. Les policiers n’ont pas obtenu l’autorisation d’auditionner le médecin légiste, Anne-Marie Duguet, laquelle, lors de l’autopsie effectuée à la morgue de l’hôpital Purpan, avait attiré leur attention sur la tenue extravagante de cet homme (cinq slips et caleçons superposés) et sur l’étrange propreté de son corps. « Cet homme s’était préparé à avoir une relation avec Dieu » avait-elle confié à un enquêteur de la PJ.

        Des revendications, au nom du « Djihad Islamique » ont été envoyées à la gendarmerie, à la police ainsi qu’à la presse et à la télévision locale. Ces revendications sont été considérées comme trop peu sérieuses par l’autorité judiciaire. D’emblée l’État a fermé cette porte. Trop vite et trop fort pour qu’il ne subsiste pas un très gros doute.

Un enterrement judiciaire de première catégorie

        Expertises, contre expertises, batailles d’experts, conclusions contradictoires, experts mettant publiquement en doute la compétence d’autres experts, experts pris en défaut à la barre, rien ne nous aura été épargné. Tout ce barnum n’a pas permis de faire émerger la véritétechnique sur cette affaire. Les conclusions retenues ne satisfont personne et il y a tout lieu de considérer que la version de l’accident industriel ne soit qu’un habillage convenu afin d’engager la seule responsabilité de Total qui a les moyens de payer. En pratique, la responsabilité de premier rang de l’État ne pourrait s’envisager que dans le cas d’un attentat ; hypothèse qui a été immédiatement évacuée pour d’évidentes raisons politiques.

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